Anna Kurth / AFP
Une promesse d'accès anticipé, un symbole de fidélité ou « un hold-up organisé » comme le titre Le Figaro ? Le quotidien publie une enquête autour de la mise en vente des concerts de Jul à Paris et Marseille. Pour espérer obtenir un des 310.000 billets disponibles, une prévente a été organisée ce mercredi midi. Mais il fallait obligatoirement acheter un exemplaire CD de son prochain album "TP sur TP", qui sortira le 5 décembre, pour pouvoir accéder aux places. Un procédé que le rappeur marseillais a déjà utilisé en début d'année et qui lui a valu un record : en une semaine, il a écoulé 123.000 exemplaires de son disque "D&P à vie", signant le meilleur démarrage de l'année et de sa carrière.
80% des places vendues obligatoirement avec un album
Sauf que cette fois-ci, Jul met les bouchées doubles. Selon Le Figaro, « 80% de la jauge totale des places » disponibles sont liées à l'achat de son CD. Aya Nakamura, qui a utilisé le même stratagème pour ses trois concerts au Stade de France, n'aurait réservé que 30% des tickets à ce jumelage commercial. Sans compter l'explosion du prix des places pour Jul, qui a augmenté de 40% par rapport à ses shows donnés au printemps dans les mêmes stades. D'autant plus que le rappeur permet de n'acheter que deux places de concerts par commande, mais « jusqu'à 5 albums CD » de "TP par TP".
Une manière de s'assurer un démarrage canon dans les charts et de booster les scores de son disque, à l'époque où les ventes d'albums, et notamment physiques, sont en chute libre. Si le procédé est de plus en plus utilisé, c'est le milieu du rap qui est pointé du doigt pour cette pratique adoptée récemment par Jul et Aya Nakamura donc, mais aussi SCH, Gazo ou encore Ninho et Niska pour leur album commun "GOAT".
"Des astuces qui utilisent les failles du système"
Mais la technique ne date pas d'hier : déjà en 2004, Prince offrait gratuitement son nouvel album "Musicology" avec chaque place de sa tournée. Une opération qui s'est soldée par un immense succès : la star américaine s'est retrouvée troisième des charts puisque ces disques offerts étaient comptabilisés dans les classements. En tout, "Musicology" s'est écoulé à plus de 2 millions d'exemplaires aux Etats-Unis, dont 1,2 million grâce aux ventes de billets de sa tournée. Seulement, la RIAA, équivalent américain du SNEP (Syndicat national de l'édition phonographique), a vite mis le holà lorsque de plus en plus d'artistes ont commencé à reproduire la méthode.
Sauf qu'aujourd'hui, la combine prend un nouveau tournant dont la légalité semble de plus en plus questionnée. Le Figaro cite notamment l'exemple de Dadju : « [Les fans] ont reçu jusqu'à quatre CD pour quatre places car l'artiste ne leur a jamais dit qu'ils achetaient aussi un album ». De quoi inquiéter voire même énerver les hautes institutions. Face à « ces astuces qui utilisent les failles du système », le SNEP annonce qu'il va « revoir [ses] règles pour adapter les classements aux évolutions de la consommation ».
« Le bundle est une vraie question » indique Alexandre Lasch, directeur général du SNEP, qui annonce un changement radical dès janvier 2026 : « Nous mettrons en place de nouvelles règles destinées à encadrer cette pratique mais d'autres aussi dans le domaine digital ». Comme le rappellent nos confrères du Figaro : « Pour l'instant, vendre un billet avec un album est légal en France à condition que la durée de l'opération soit éphémère. D'où le recours à une prévente limitée dans le temps. Il faut aussi afficher le prix de l'album distinctement de celui du concert ».