Anna Kurth / AFP
C'est une précision qui a fait tiquer les spécialistes. Dans son bilan musical de 2025, le SNEP révèle qu'Orelsan et Taylor Swift ont signé les deux meilleurs démarrages de l'année en France "hors bundle". Car cette tactique marketing a suscité une véritable polémique dans l'industrie ces derniers mois. En cause ? Jul et Aya Nakamura qui ont obligé le public à acheter leur nouvel album afin de pouvoir obtenir une place pour leurs concerts au Stade de France et à Marseille. Si l'interprète de "Pookie" aurait limité cette méthode à 30% des billets, le rappeur marseillais aurait quant à lui réservé ce stratagème sur 80% des places vendues. De quoi lui assurer deux démarrages records puisque ses disques "TP sur TP" et "D&P à vie" se sont écoulés à 134.000 et 123.000 exemplaires en une semaine. Mais beaucoup ont dénoncé le fait de "forcer" le public à acheter des albums pour assister à des concerts.
Un bundle accepté à trois conditions...
A l'heure des bilans annuels, le SNEP prend les devants et dévoile une nouvelle réglementation dans la comptabilisation des ventes d'albums, notamment via ces "bundles". Dans ses règles mises à jour sur son site, et effectives depuis ce 26 décembre, le syndicat précise que ces ventes liées à ces "offres groupées" ne pourront être prises en compte qu'à trois conditions : « que le produit et le billet soient systématiquement offerts à la vente individuellement » ; « que, lors de son achat, le client puisse choisir librement le nombre de produits qu'il souhaite recevoir - dans la limite de 3 mêmes produits comptabilisés par commande - et indépendamment du nombre de billets achetés, le client en est informé de manière claire » ; « que le prix total du produit et du billet soit supérieur au prix du billet ».
En clair, imposer obligatoirement un pack CD + place de concert au public est désormais interdit. De plus, celui-ci ne doit pas provoquer de surcoût financier par rapport au prix de la place et le spectateur doit être clairement informé du processus. Car Jul, qui proposait jusqu'à 5 exemplaires CD par commande, ou Aya Nakamura ne sont pas les seuls : SCH, Dadju, le duo Ninho et Niska, Gazo ou encore la star congolaise Fally Ipupa ont également utilisé cette méthode lucrative, mais à un moindre niveau. Dans le cas du frère de Gims, certains fans ont reçu « jusqu'à quatre CD pour quatre places car l'artiste ne leur a jamais dit qu'ils achetaient aussi un album » selon Le Figaro.
Le cas Gims
Gims semble aussi dans le viseur. Car si son album "Le Nord se souvient : l'Odyssée" est la meilleure vente de l'année (575.000 exemplaires), beaucoup ont pointé du doigt sa méthode. Le disque, au départ un EP de neuf titres à sa sortie en décembre 2024, a vu sa tracklist être sans cesse modifiée au fil des mois pour atteindre 18 chansons. Le rappeur a changé l'ordre des pistes, enlevé les morceaux les moins populaires et ajouté ses récents singles à succès comme "Ciel", "Ninao" ou "Parisienne" afin de booster ses ventes. Si sa sortie en version physique il y a un mois semble sceller définitivement son sort, cette modification semble avoir tapé dans l'oeil du SNEP, qui a annonce un autre changement de taille.

Désormais, les clients ne peuvent acheter que trois exemplaires identiques maximum par commande, contre cinq auparavant, et le prix minimum d'un CD est désormais fixé à 7 euros. Mais surtout, la tracklist d'un album ne pourra plus être modifiée à l'infini : « Le nombre total de titres comptabilisés au sein d'un même projet est désormais limité, tout comme le nombre de tracklistings digitaux différents ». D'autres règles sont mises à jour concernent les rééditions. Ainsi, entre la version originale d'un album et sa réédition, il ne peut donc pas y avoir plus du double de chansons ajoutées, sans quoi le disque ne pourra pas être entièrement pris en compte dans les classements : « Le nombre total de titres comptabilisés dans l'ensemble des produits d'un projet ne peut excéder deux fois le nombre de titres du produit initial. Les titres ajoutés au projet après l'atteinte de ce plafond ne sont pas comptabilisés ». À titre d'exemple, le "Versus" de Vitaa et Slimane ne serait pas totalement comptabilisé aujourd'hui puisqu'il est passé de 19 à 40 pistes avec ses multiples rééditions. De quoi essayer de mettre de l'ordre au milieu de ces techniques de marketing controversées.