Montage Purecharts / DR
Aya Nakamura | "Destinée"
40%. Star des JO de Paris, artiste francophone la plus streamée de la planète, égérie de luxe... Aya Nakamura est incontestablement sur le toit du monde. Pourtant, son 5ème album "Destinée" est celle d'une femme blessée. « J’ai les sentiments anesthésiés, plein de souvenirs à effacer » lance-t-elle sur le titre d'ouverture, en écho à sa rupture avec son ancien producteur qui sert de fil d'Ariane. Sur "Destinée", Aya ne passe pas par les sept étapes du deuil mais saute directement à celle de la colère. « J'suis sensible et rancunière » assure la diva, en mission pour régler ses comptes sur "Dis-moi" ou "Kouma" et faire tourner toutes les têtes sur "No Stress", "Summum", "Désarmer", "Kata"... L'ennui, c'est que la production des morceaux s'avère homogène : on a la persistante impression d'entendre de multiples déclinaisons de "Baby", alors que "DNK" (2023), sa précédente machine à tubes, imposait sa propre identité. Avec une telle aura charismatique, on espérait peut-être plus d'audace. Si le feat avec la star américaine Kali Uchis sur "Baby Boy" est anecdotique, "Dis-moi" avec Shenseea et "Tralala" avec JayO montrent que la chanteuse sait élargir ses horizons avec brio. Les excellentes surprises ? Elles se nomment "Bueno", petite bombe shatta qui va ramener la France entière sur un dancefloor brûlant, et "Blues", superbe chanson jazz-R&B où la voix d'Aya a rarement été aussi joliment mise en valeur. YR
À zapper : "Baby Boy", rendez-vous manqué avec Kali Uchis
Disiz | "On s'en rappellera pas"
Vague à l'âme. Celui qui pétait les plombs il y a 25 ans semble être aujourd'hui apaisé. Car Disiz a, ces derniers temps, abandonné les punchlines rap pour une pop onirique et atmosphérique. Ainsi, trois ans après le superbe "L'amour", porté par les géniaux "Casino" et "Rencontre" avec Damso, le chanteur/rappeur continue dans cette lignée avec "On s'en rappellera pas", un album qui porte mal son nom. Car ce 14ème LP est un véritable tour de force de la part de l'Amiénois, distillant ça et là ses états d'âmes mélancoliques ou peines de coeur sur une pop électronique somptueuse. Preuve de ce virage assumé depuis quelques disques, les riffs de guitare et rhythmiques synthétiques prennent le pas sur les beats urbains. Si "Melodrama", son duo avec le phénomène Théodora, est déjà un énorme tube (numéro 1 depuis cinq semaines), le disque recèle de moments forts. Comme la pépite planante "Try Try Try" (avec Kid Cudi, s'il vous plaît !), les percutants "Baudelourd" et "Amsterdam", "fin" où il retrouve sa verve rap, mais surtout "Surfeur", duo contemplatif avec Laurent Voulzy. S'il pèche parfois par quelques phrases ratées (« Soleil de plomb, fond dans la mer comme du cheddar », « Tout a une fin comme les yaourts ») et qu'il traîne un peu en longueur à cause des interludes, "On s'en rappellera pas" reste un projet captivant, flamboyant et brumeux. TB
À zapper : "Casting sentimental", "Paroboy" et les interludes trop longues
Alice on the Roof | "Alice"
Au pays des merveilles. Il y a bientôt dix ans, Alice on the Roof nous bluffait avec son premier album "Higher". Révélée dans "The Voice" en Belgique, la chanteuse est injustement méconnue en France, mais elle compte bien inverser la tendance avec "Alice", son tout premier disque en français. Pour charmer le public, la petite prodige sort l'artillerie lourde en s'entourant d'Albin de la Simone, Sage (Clara Luciani), Kid Sophie (bassiste du groupe Hyphen Hyphen) ou Paco Del Rosso (Damso) à la réalisation, tout en invitant Adrien Gallo, Vincha, Clou, Noé Preszow, Puggy, Catherine Ringer et même Zazie sur ses 12 chansons pop. Un projet intime introduit par le magnifique single "Comme je t'ai aimé", l'une des plus belles chansons de l'année. Un titre d'introduction qui invite l'auditeur à pousser la porte de son univers pop, à la fois magique et sensible qui rappelle parfois Camille ou Pomme. Avec ses mots simples mais touchants, sur des mélodies pop qui fluctuent en fonction de ses tempêtes intérieures, Alice chante l'estime de soi, l'adolescence et les troubles alimentaires, le deuil, le lien maternel, la maladie ou les réseaux sociaux avec une élégance et une émotion sans pareils. JG
À zapper : "Ma chérie", jolie mais un peu en décalage, "Emilie"