"La vieille recette ne fonctionne plus" : 2 festivals sur 3 sont déficitaires en France
Alors que la saison estivale se poursuit, les chiffres ne sont pas au beau fixe. Selon une étude du Centre National de la Musique, deux tiers des festivals ont été déficitaires en 2024. Et la tendance ne semble pas prête de s'inverser.

Bestimage
En 2022, Musilac accusait un déficit de 1,2 million d'euros avec seulement 80.000 personnes présentes. Avant de remonter la pente à la surprise générale l'année suivante en accueillant Indochine, Arctic Monkeys, Shaka Ponk, Iggy Pop ou Phoenix devant 110.000 spectateurs. Cet été, et malgré une affiche alléchante comprenant Air, Clara Luciani, Jean-Louis Aubert ou Fontaines DC, le festival situé à Aix-les-Bains n'a rassemblé que 80.000 spectateurs en quatre jours. Soit 20.000 de moins qu'en 2024 et encore beaucoup d'argent perdu. Et Musilac n'est pas un événement isolé : depuis le début de l'été, bon nombre de festivals français ont terminé dans le rouge. Car la récente étude dévoilée par le Centre National de la Musique (CNM) est parlante : deux festivals sur trois sont en déficit. Et ce, même si 68% d'entre eux ont fini avec un taux de remplissage supérieur à 90% courant 2024. Soit une augmentation de 26% des festivals en mauvaise santé financière par rapport à 2023. À noter que selon le CNM, la capacité d'accueil moyenne d'un festival est de 29.400 personnes avec un taux de remplissage moyen de 77%.

"Il n'y a pas de place pour tout le monde"

Plusieurs raisons sont observées : tout d'abord, le prix des places. Le tarif d'un pass journalier a explosé de 48% en une décennie, passant ainsi de 27 à 40 euros en moyenne. Mais pour les plus gros rassemblements, l'addition est encore plus salée : comptez 75 euros pour Garorock, 79 euros pour Lollapalooza Paris ou Rock en Seine ainsi que 135 euros pour le Hellfest. Une explosion que les organisateurs justifient par le coût de plus en plus élevé de la production, du transport, de l'énergie mais aussi et surtout des cachets des artistes, qui dépassent régulièrement le million d'euros pour les grandes stars internationales. De son côté, la Fête de l'Humanité fait appel à la générosité du public à hauteur d'un million d'euros pour couvrir les frais d'organisation.

L'autre problématique mise en avant est la trop grande prolifération d'événements. En 2024, on comptait pas moins de 1.356 festivals aux quatre coins de l'Hexagone. Un chiffre en baisse de 5% marquée par l'annulation de nombreux événements. À l'image d'Electro Beach, un des plus importants rassemblements du genre. Le même constat est observé en Angleterre où une cinquantaine de festivals ont été annulés ou ont mis définitivement la clé sous la porte en 2024. « Il y a des festivals tous les 50 km. Le public et les artistes ne savent plus où donner de la tête » estime Rémi Perrier à la tête de Musilac, au Parisien. Angelo Gopee, directeur de Live Nation France (Main Square Festival, Lollapalooza Paris) prévient dans les colonnes du Monde : « Des festivals vont s'arrêter en France parce qu'il n'y a pas de place pour tout le monde. On ne peut pas en avoir un tous les 50 kilomètres ».

"Les artistes français tournent trop"

En conséquence, de nombreux événements ont vu leur fréquentation baisser cet été : 10.000 personnes de moins aux Déferlantes, à Lollapalooza Paris ou We Love Green, 18.000 au Main Square, 20.000 à Musilac voire même 30.000 spectateurs perdus à Garorck en un an. Pour expliquer cette baisse de fréquentation, certains directeurs de festivals évoquent un public plus exigeant, qui préfère désormais payer plus cher un concert d'un artiste en salle qu'une journée en festival. « Le mélange des genres, la vieille recette, ne fonctionne plus. Les vieux n'aiment pas le rap, les jeunes ne veulent voir que du rap ou de l'électro. Même la rareté, comme les dates de Will Smith et Camila Cabello, ne paie plus » déplore David Garcia, directeur artistique des Déferlantes. Une chute du nombre d'entrées imputée également aux programmations : beaucoup de spectateurs se disent déçus de revoir toujours les mêmes noms (cette année Clara Luciani ou Jean-Louis Aubert) à l'affiche des festivals. « Le problème, c'est que les artistes français tournent trop. Ils arrivent parfois chez nous après cinquante dates » poursuit Rémi Perrier.

Toutefois, selon l'étude du CNM, les entrées des festivals ont explosé de 61% en 10 ans (de 5,3 à 8,6 millions de places vendues) et représentent désormais 312 millions d'euros de recettes contre 124 millions en 2014. Quelques gros événements sont encore prévus courant août comme Le Cabaret Vert à Charleville-Mézières ou Rock en Seine à Paris. Mais dans les deux cas, il reste des places pour chaque journée...

Par Théau BERTHELOT | Journaliste
Passionné par la musique autant que le cinéma, la littérature et le journalisme, il est incollable sur la scène rock indépendante et se prend de passion pour les dessous de l'industrie musicale et de l'organisation des concerts et festivals, où vous ne manquerez pas de le croiser.