Stephane Mouchmouche / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
C'est une affaire qui remonte à 25 ans mais qui revient sur le devant de la table. En mai, le festival Jardin du Michel, situé à Bulligny en Meurthe-et-Moselle, accueillera de nombreux artistes dont Sniper. Sauf que la venue du groupe de rap emblématique des années 2000 fait polémique. En cause ? D'anciennes paroles de la formation hip-hop tirées de la chanson "La France", datant de 2001 : « On n*que la France sous une tendance de musique populaire ». Des propos qui, deux ans après leur publication, ont suscité l'ire de Nicolas Sarkozy. Alors ministre de l'intérieur, il avait décrit les rappeurs Tunisiano, Aketo et Blacko comme des « voyous qui déshonorent la France » et jugé leurs textes « racistes et antisémites ». Accusé d'avoir « incité à blesser et tuer les fonctionnaires de police et représentants de l'Etat », le groupe derrière le tube "Gravé dans la roche" risquait alors cinq ans de prison. Mais la plainte déposée à l'époque avait été rejetée.
"Subventionner ceux qui crachent sur la France..."
Un quart de siècle plus tard, l'affaire fait donc encore couler de l'encre puisque la venue de Sniper au festival Jardin du Michel suscite l'ire de la classe politique. Le conseil régional du Grand Est, à majorité LR, a décidé de suspendre provisoirement la subvention allouée au festival à hauteur de 90.000 euros. Les élus des Républicains annoncent avoir saisi le ministère de l'Intérieur « afin de l'interroger sur le caractère potentiel d'incitation à la haine raciale, d'antisémitisme et de trouble à l'ordre public de certaines paroles ». « L'argent public ne peut pas financer des propos contraires aux valeurs de la République » peut-on lire dans le communiqué de la Majorité Régionale du Grand Est.
Cette gronde s'ajoute à celle du RN, menée depuis plusieurs jours par Laurent Jacobelli. « Vous avez décidé de ne plus financer les dossiers de ceux qui appellent à la haine, vous avez enfin ouvert les yeux, tant mieux ! » s'est réjoui le conseiller régional et député de la 8ème circonscription de Moselle. Il avait déjà dénoncé la venue du rappeur Médine, lui aussi polémique, dans ce même festival en 2023 : « Subventionner ceux qui crachent sur la France, tiennent des propos antisémites et s'en prennent aux forces de l'ordre : une fois, cela pouvait encore être présenté comme une erreur ; deux fois, c'est un choix politique assumé ». Pour l'heure, Sniper est toujours à l'affiche du festival Le Jardin du Michel, qui se tiendra du 22 au 24 mai prochain avec également Ofenbach, Magic System, Adèle Castillon, Yamê ou Luiza.
Cette controverse a des airs de déjà-vu. Cet été, la présence du groupe de rap Kneecap à Rock en Seine a elle aussi fait scandale. À cause de ses positions pro-Palestiniennes et des accusations de soutien envers le Hamas, la région Île-de-France a retiré ses subventions au festival francilien à hauteur de 500.000 euros. Malgré tout, le trio nord-irlandais a pu se produire sur scène devant une foule immense.