Rémi Besse / Noah Dillon / DR
Orelsan | "La fuite en avant"
La fête est vraiment finie. La surprise n'en était pas vraiment une mais toute sortie d'album d'Orelsan est un véritable événement sur la planète rap - et pas que. Deux albums dépassant le million d'exemplaires dans le monde, 12 Victoires de la Musique : Orelsan a réussi à bâtir un empire à la sueur de ses punchlines. Mais la distinction avec Aurélien, l'homme derrière l'artiste, est de plus en floue. « Tu l'as voulu tu l'as eu, maintenant assume », « Tes problèmes de stars, tout le monde s'en tape » , « Fallait pas tendre le micro pour te faire battre » lâche-t-il sur "Le Pacte", chanson introductive de son cinquième opus "La fuite en avant" dans lequel le rappeur continue d'exposer ses névroses, combien la célébrité lui pèse, et sa peur de ne pas être un bon père. Car oui, l'album a été réalisé pendant la grossesse de sa compagne et la plume d'Orelsan se fait en ce sens toujours aussi sensible, et sans concession sur lui-même. Si l'entame du disque se fait donc mélancolique, l'artiste de 43 ans retrouve très vite ses instincts de kickeur avec des prods musclées signées Skread ("Osaka", "Soleil levant" avec SDM, "SAMA"), des tacles bien sentis à Mbappé ou ses fans toxiques ("La petite voix") et son goût de la provoc'. Voilà qui promet des grands moments de scène sur sa tournée ! Ajoutez, comme dans son film "Yoroï'" des références à sa passion pour la culture asiatique ("Oulalala" en feat avec le groupe K-Pop FIFTY FIFTY), et l'on obtient ce qui est peut-être l'oeuvre qui synthétise le mieux sa carrière. YR
À zapper : "Oulalala" avec FIFTY FIFTY, délire hors sujet
Rosalia | "LUX"
Divine idylle. Des critiques dithyrambiques, des notes parfaites, un adoubement par Madonna herself. Écrire une critique du nouvel album de Rosalía, c'est gravir une montagne. Et risquer de se prendre une volée de bois vert digitale si on ose évoquer le moindre défaut. "LUX" donc, quatrième missive de la superstar catalane. Cette fois-ci, le virage à 180 degrés est totalement assumé. Oubliés les beats agressifs du lassant "Motomami", Rosalía voit son nouveau projet comme un véritable opéra, d'ailleurs découpé en quatre mouvements. En parler comme d'un album symphonique serait un raccourci paresseux. Certes, la chanteuse espagnole s'adjoint les services du London Symphony Orchestra, mais désamorce d'emblée les attentes avec des ruptures de tons brutales ou quelques incursions électroniques. Sur ces 15 histoires de « sexe, violence et jantes », comme le promet le titre introductif, Rosalía donne de la voix (et quelle voix !), navigue entre les époques, les humeurs, les saintes et les langues, 13 en tout dont l'ukrainien ou le mandarin. Cela peut sembler parfois prétentieux. Exigeant, c'est sûr. Spirituel, l'album n'est d'ailleurs pas fait pour enchaîner les tubes, il n'y en a aucun. Il se déjoue des codes traditionnels, et fait s'entrechoquer les genres et les voix, celles de Björk, Yves Tumor ou Patti Smith dont elle utilise un extrait d'interview. Mais rares sont les stars capables d'une telle proposition, libérée du carcan de la pop mainstream. "Jeanne", qu'elle chante en français, "La perla", sorte de valse à la sauce hispanique, ou "Sauvignon Blanc" sont beaux à en pleurer. À l'heure où Coldplay et Ed Sheeran multiplient les disques convenus, Rosalía ose, bouscule, détonne. Et redéfinit les codes de la pop. Dieu merci. TB
À zapper : "De Madruga" et "Porcelana", qui rappellent le moins bon de "Motomami"
DJ Snake | "Nomad"
Yakayolo. Six ans après "Carte Blanche", DJ Snake dégaine son troisième album "Nomad", pensé comme un voyage à travers le monde et donc à travers différentes cultures et sonorités. Une manière de mieux appréhender les multiples influences et facettes du producteur français, qui peuvent parfois dérouter sur long format. S'il n'évite pas quelques facilités commerciales comme avec "Paradise", qui sample "Another Day in Paradise" de Phil Collins, DJ Snake impose ici un peu plus son côté cinématographique et grandiloquent à travers des productions aussi soignées qu'épiques. Comme sur l'introduction "Nomad" qui installe tout de suite un univers ou "Final Fantasy", titre final tout simplement grandiose durant plus de 7 minutes. Au fil des 17 pistes, l'auditeur passe ainsi par plusieurs moods et ambiances, comme dans un roller coaster, avec autant de feats prestigieux - de Travis Scott à J Balvin en passant par Future, Damian Marley ou Stray Kids. Parfois opportuniste mais jamais paresseux (sauf peut-être sur "U Are My High", qui revisite sans saveur le mythique son de DEMON), le hitmaker propose un melting pot musical captivant entre reggaeton, électro, oriental, trap, kpop (l'évident "In the Dark") ou afro house, avec une jolie cohérence qui manquait jusqu'ici. Un ensemble solide qui devrait faire fureur dans les playlists et les clubs. JG
À zapper : "RELOADED", trop agressive, l'insipide "U Are My High"