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Une chanson qui divise le public. Depuis quelques semaines, une reprise façon "afro-soul" du tube "Papaoutai" de Stromae fait un tabac dans le monde entier. Ultra virale sur les réseaux sociaux (1,2 million de vidéos sur TikTok, 615.000 sur Instagram), la chanson compte 65 millions d'écoutes en streaming sur Spotify et 28 millions de vues sur YouTube, tout en atteignant les premières places des classements viraux. Seul problème ? La chanson a été créée par une intelligence artificielle. En effet, derrière cette vraie-fausse reprise, on retrouve notamment Unjaps, un label "nouvelle génération" basé en Suède et justement spécialisé dans les reprises de tubes générées par IA. Un procédé qui divise, notamment au niveau des questions de liberté créatrice et surtout des droits de la chanson de Stromae, même si ce dernier est crédité sur la relecture signée Unjaps, Chill77 et mikeeysmind.
Les radios vont-elles diffuser une chanson par IA ?
« Les auteurs-compositeurs de la chanson originale, tous membres de la Sacem, sont bien crédités dans cette version. Et elle ne modifie ni les paroles ni la mélodie de l'originale. Nous la considérons donc comme une cover. Le titre est protégeable et les droits d'auteur vont pouvoir être versés » précise Cécile Rap-Veber, directrice générale de la Sacem : « Nous restons très attentifs pour identifier les oeuvres originales, même intégrées dans un contenu IA. Il va y avoir de plus en plus de cas ». Si la question légale semble réglée, quid du côté artistique ? « Il y a un autre aspect qui est celui des droits voisins, c'est-à-dire les droits de l'interprète et du producteur, mais ça, il faut demander à qui de droit » estime Olivier Maeterlinck, porte-parole de la SABAM, l'équivalent belge de la SACEM. Sauf que Stromae, discret depuis la fin brutale de sa tournée mondiale en 2023, n'a toujours pas pris la parole sur le sujet.
Ce qui n'empêche pas le morceau, que seul Deezer précise clairement comme de l'IA, de cartonner. Et aujourd'hui de prendre une nouvelle tournure encore plus incongrue : cette reprise de "Papaoutai" vient d'être envoyée aux radios françaises. C'est-à-dire que NRJ, Fun Radio ou encore Skyrock pourront délibérément et légalement diffuser une musique créée entièrement par une intelligence artificielle. De quoi poser de nouvelles interrogations à l'heure où ce sujet épineux divise l'industrie du divertissement. Mais vont-ils seulement franchir le pas ? Pour l'heure, selon les données du site Yacast recensant les diffusions radio des chansons en France, aucune station n'a diffusé le morceau.
"Des artistes fantômes"
Toutefois, nos confrères du quotidien 24 Heures expliquent que les radios du groupe suisse SRF refusent de diffuser le morceau. « Le succès de cette reprise démontre que la musique générée par IA trouve sa place dans les playlists des auditeurs. Cela dit, je préfère raconter les succès et les histoires de créateurs humains plutôt que celles des artistes fantômes » martèle Stephanie Brändle, animatrice du hit-parade sur SRF3. En Belgique, ce "Papaoutai" afro-soul a été un temps diffusé avec un message de contextualisation mais il n'est désormais « plus intégré à [la] rotation », comme le révèle la porte-parole du NRJ belge, Laure di Francesco.
En Suède, un cas similaire s'est produit lorsqu'une chanson folklorique a été retirée des ondes lorsque son origine artificielle a été découverte. On se souvient aussi des millions d'écoutes générées sur Spotify par l'album du groupe fictif The Velvet Sundown, tandis qu'une chanson d'un faux artiste country a atteint la première place des classements américains.