Numéro un aux États-Unis, cette chanson a-t-elle été créée par une IA ?
La recrudescence de morceaux créées par IA inquiète le secteur musical. Un artiste country, Breaking Rust et actuellement numéro un des classements aux Etats-Unis, est d'ailleurs accusé d'avoir été créé intégralement par une intelligence artificielle. On fait le point, preuves à l'appui !

Capture d'écran YouTube
C'est un sujet épineux qui ne semble avoir, pour le moment, aucune solution. Le nombre de titres confectionnés par une intelligence artificielle atteint des sommets préoccupants. Alors que le faux groupe The Velvet Soundown, créé par une IA, cumule plusieurs millions d'écoutes, le patron de Deezer révèle une statistique impressionnante : 40.000 morceaux « générés à 100% » par IA sont livrés chaque jour à la plateforme de streaming française. Ce qui représente plus d'une chanson sur trois !

« On est passé en neuf mois de 10.000 à 40.000 ! Ce n'est pas étonnant car c'est très simple de créer un titre avec l'IA, il suffit de taper trois mots sur une application spécialisée » s'inquiète son directeur général Alexis Lanternier, qui parle d'une « préoccupation majeure » : « L'IA vole l'argent des auteurs. Les fraudeurs créent des centaines de milliers de titres sur plusieurs comptes, qui ont une influence sur les algorithmes et donc sur les écoutes et l'argent reversé, qui est calculé au prorata du nombre d'écoutes. Sans parler du fait qu'ils ne rémunèrent pas les artistes dont ils pillent la musique ».

Déjà 3 millions d'écoutes !

En est-il de même avec "Walk My Walk" ? En effet, la chanson signée Breaking Rust est actuellement numéro un des téléchargements country aux États-Unis selon les données de Billboard. Elle compte 2,5 millions de vues sur YouTube et 3,5 millions d'écoutes sur Spotify. Breaking Rust, lui, cumule déjà 2,2 millions d'auditeurs mensuels sur la plateforme et le titre "Livin' on Borrowed Time" dépasse même les 4,55 millions de streams. Sauf que "Walk My Walk", et tout le projet Breaking Rust dans son ensemble, est accusé d'avoir été totalement généré par une intelligence artificielle.

Tout d'abord puisque les illustrations ou photos autour de l'artiste semblent clairement créées par une IA, mais surtout parce que la voix de Breaking Rust n'est liée à « aucun nom de chanteur ». De plus, le morceau country est seulement crédité au nom de l'auteur Aubierre Rivaldo Taylor, dont la seule référence trouvable sur internet est liée à un projet d'IA nommé Def Beats AI. Sur Spotify, aucune biographie du chanteur n'est disponible. Et selon plusieurs logiciels utilisés pour identifier si une musique a été créée artificiellement, "Walk My Walk" correspond aux critères entre 60 et 90%. Contactés par l'AFP, les créateurs de la page Instagram de Breaking Rust n'ont pas donné suite aux sollicitations.

"C'est assez évident qu'il s'agit d'une IA"

Pour Jason Palamara, cela ne fait aucun doute : "Walk My Walk", 24ème sur iTunes en France - est une fausse chanson. Interrogé par Newsweek, le professeur adjoint de technologie musicale de l'Université de l'Indiana estime qu'il est « assez évident qu'il s'agit d'un produit fait par une IA » : « La piste audio sur chaque chanson paraît vraiment compressée et a toujours cet étrange scintillement digital, qui est particulièrement évident dans les parties chantées. Une fois qu'on l'a entendu, on ne peut plus l'ignorer. Le fait que cela se produise dans le milieu country montre que même ce genre musical est susceptible d'être contrefait et dénué de toute sincérité ». Sur Deezer, l'album de Breaking Rust est signalé comme étant du « contenu généré par IA » : « Cet album contient des morceaux qui peuvent avoir été créés par intelligence artificielle. »

Le cas de Breaking Rust n'est donc pas une première dans le monde musical. Après le groupe The Velvet Sundown, la fausse chanteuse Xania Monet, produite par la plateforme Suno, est devenue la première artiste virtuelle à intégrer les classements américains Billboard. En France, Jul a été accusé d'avoir également utilisé l'IA pour créer son titre "Toi et moi", très Kendji Girac dans l'esprit. Un producteur a notamment pointé du doigt la faible qualité sonore et le manque de silences, que l'IA essaierait systématiquement de combler par du bruit, afin de justifier cette accusation.

Par Théau BERTHELOT | Journaliste
Passionné par la musique autant que le cinéma, la littérature et le journalisme, il est incollable sur la scène rock indépendante et se prend de passion pour les dessous de l'industrie musicale et de l'organisation des concerts et festivals, où vous ne manquerez pas de le croiser.