Instagram
À peine un mois d'existence et une popularité fulgurante, avec 1,18 million d'auditeurs mensuels amassés sur Spotify. Le cas The Velvet Sundown suscite un effet de curiosité depuis la parution le 5 juin de l'album "Floating on Echoes". Plus que sa musique pop-rock californienne inspiré par des groupes emblématiques des années 60 comme les Beach Boys, les Beatles, les Eagles ou les Animals, ce sont les visuels du quatuor qui ont commencé à faire naître les soupçons des internautes. Et si le projet musical, enrichi le 19 juin par un deuxième disque nommé "Dust and Silence", était entièrement généré... par intelligence artificielle ?
Plusieurs indices renforcent la théorie qui se propage sur Reddit, comme l'étrange fausseté des photographies partagées sur le compte Instagram du groupe ou la voix du chanteur Gabe Farrow, annoncé comme « un joueur de mellotron ». Jusqu'à ce que Deezer, la plateforme d'écoute française, ne jette un pavé dans la mare en affichant une mise en garde « Contenu généré par IA » à la suite d'une détection frauduleuse. « Certains morceaux de cet album peuvent avoir été créés à l'aide de l'intelligence artificielle » peuvent lire les utilisateurs avertis sur la page de The Velvet Sundown.
"Ce n'est pas un leurre, c'est un miroir"
Face à l'emballement médiatique, The Velvet Sundown s'est alors mis à publier du contenu de plus en plus factice, en recréant par exemple la pochette culte des albums "Abbey Road" des Beatles ou "Queen II" de Queen via des photomontages. Jusqu'à enfin percer le mystère en changeant sa biographie sur Spotify. Il est désormais écrit que The Velvet Sundown est « un projet de musique synthétique guidé par une direction créative humaine, composé, exprimé et visualisé grâce à l'intelligence artificielle ». « Ce n'est pas un leurre, c'est un miroir. Une provocation artistique permanente conçue pour remettre en question les frontières de la paternité, de l'identité et de l'avenir de la musique à l'ère de l'IA » indique la tête pensante derrière ce projet, qui reste anonyme.
À LIRE - "C'est un cauchemar" : Céline Dion monte au créneau après l'apparition de fausses chansons
Ainsi, « tous les personnages, histoires, musiques, voix et paroles sont des créations originales générées grâce à l'intelligence artificielle, utilisée comme instruments de création » est-il précisé, alors que le groupe anticipe juridiquement les attaques : « Toute ressemblance avec des lieux, événements ou personnes réels, vivants ou décédés, est purement fortuite et involontaire ». « Ni tout à fait humain, ni tout à fait mécanique. The Velvet Sundown se situe quelque part entre les deux » conclut le profil.
Alors qu'un nouvel album intitulé "Paper Sun Rebellion" est annoncé pour ce 14 juillet, Spotify fait les frais de cette affaire embarrassante car la plateforme est accusée de complaisance. Aucune mention d'une utilisation de l'IA n'apparait, alors que The Velvet Sundown possède par ailleurs un compte certifié. Interrogé par l'AFP, le service suédois se défend de vouloir laisser les musiques générées par intelligence artificielle proliférer pour reverser moins de droits d'auteurs aux véritables artistes, comme le souligne le livre "Mood Machine: The Rise of Spotify and the Costs of The Perfect Playlist" de la journaliste indépendante américaine Liz Pelly. « Nous ne privilégions ou ne bénéficions pas financièrement de la musique créée par des outils d'IA. Tous les morceaux sont créés, détenus et mis en ligne par des tierces parties autorisées » se défend la plateforme.