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samedi 02 décembre 2023 12:30

Mika en interview : "Parler de sexe dans mes chansons, c'est très libérateur"

Par Julien GONCALVES | Rédacteur en chef
Alors qu'il sort son nouvel album "Que ta tête fleurisse toujours", Mika se confie à Purecharts sur son rapport à la langue française, comment transformer la douleur, ses chansons coquines, sa vision du couple ou son retour dans "The Voice". Interview !
Crédits photo : DR
Propos recueillis par Julien Gonçalves.

Ton nouvel album vient de sortir et il est intégralement en français. C'est une première ! Pourquoi avoir eu envie de le faire à ce moment-là de ta carrière ?
Je pense que ça fait quelques années que je voulais vraiment des nouveautés. Une première BO de film, des projets symphoniques... Beaucoup de choses dans ma vie personnelle et créative, qui m'ont donné ce sentiment de renouvellement. Et c'est super important ! L'album en français fait aussi partie de ça. Ça faisait longtemps que je voulais chanter en français et écrire toute une collection de titres en français mais je n'avais pas vraiment l'idée de comment le faire. Et j'avais peur de confronter cette réalité, de devoir écrire les textes et que ça sorte de la même manière que quand je le fais en anglais. Le moment où j'ai compris que je pouvais rester moi-même, que la manière dont je parle aux Français se prêtait à écrire les paroles, là c'est devenu une sorte de refuge. J'ai pu écrire avec beaucoup de liberté et ça m'a plus énormément. J'ai dû me décomplexer avec la langue de Molière pour accepter le français de Mika. (Rires)

« La langue la plus amusante, c'est le français »
Oui, car les mots ne sonnent pas pareil en français qu'en anglais. Ça a été difficile de trouver les bons pour que ça rende bien ?
Dans ma vie, j'ai chanté en allemand, en anglais, en français, en italien et un petit peu en espagnol. Je trouve que la langue la plus belle à écouter c'est probablement l'italien mais c'est aussi la plus difficile à chanter car tout est ouvert. La langue la plus facile à chanter c'est l'anglais, ça se prête très bien surtout pour la pop et le rock, ça glisse. La langue la plus amusante, c'est le français, ça nous permet de dire des choses où le rythme est impliqué. C'est comme si on utilise la voix comme un instrument percutant. Et ça marche bien ! Je me suis vraiment amusé parce que je n'avais pas de complexes par rapport à la complexité de mes phrases. Les mots sont simples mais les thèmes et le message sont plus profonds, et ça, cette démarche, c'est fondamentalement pop et anglo-saxon. J'utilise le français pour revenir à cette approche très anglaise dans la pop.

L'album porte le titre "Que ta tête fleurisse toujours", en hommage à ta maman qui nous a quittés, mais l'album est très coloré. C'est pour conjurer le sort, la mort ?
J'adore l'idée de conjurer le sort, de métaboliser ou métamorphoser la mort. Il y a un livre iconique de mon enfance que j'adore avec une chenille qui bouffe toutes les feuilles et qui d'un coup devient un papillon. C'est un livre d'Eric Carle ! ("La chenille qui fait des trous", ndlr) J'aime bien l'idée qu'un album et des chansons puissent faire la même chose, même quand c'est quelque chose de douloureux comme une rupture ou la disparition de quelqu'un.

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Il y a aussi plusieurs chansons coquines sur l'album ! C'est une facette de ta personnalité que tu aimes bien mettre en avant dans ta musique ?
Le côté charnel ou coquin dans plusieurs des chansons, c'est super important. Même si moi quand je parle, je ne parle pas comme ça ! Mais quand je fais de la musique et que je suis sur scène... Ce n'est pas que je perds ma pudeur car je peux être très pudique mais c'est une sorte de nonchalance qui est très libératrice. Et aussi, c'est en français, et le français se prête à ça. Si je dis en anglais, comme dans "Apocalypse Calypso", "Une bulle, on baise", c'est juste horrible, alors que là ça reste beau. Je ne sais pas pourquoi ! Vous devez me le dire !

Peut-être que ça n'a pas le même sens quand on le dit...
C'est exactement la même signification, c'est juste que c'est plus nuancé, plus complexe. Pourquoi les Français peuvent dire dans une chanson pop qui peut passer à la radio "on baise" et en anglais, ça fait naze ou vulgaire ? Voilà le plaisir de chanter dans une langue différente ! Moi je peux le faire et c'est super important.

« Chaque grande histoire est faite de ruptures »
Tu l'avais déjà fait avec "Boum boum boum" ou "Ice Cream"...
Ah non, pas de la même manière ! "Boum boum boum", c'est plus nuancé, "Ice Cream" c'est totalement des métaphores. Là, c'est direct, c'est frontal, mais ça reste élégant. C'est curieux...

Il y a une chanson très jolie sur l'album c'est "Moi, Andy et Paris". J'étais étonné car elle évoque ton compagnon mais c'est une chanson de rupture !
Oui...

Mais vous êtes toujours ensemble, je crois, non ?!
C'est dommage que ta voix ne s'entende pas dans cette interview parce qu'elle me fait rire. (Rires)

Je prends des pincettes ! Pourquoi avoir fait ce choix au lieu d'une pure chanson d'amour ?
Nous, ça fait 18 ans qu'on est ensemble, mais je crois que chaque grande histoire d'amour si vous voulez, ou long-terme, est formée de beaucoup de ruptures. Quand on réussit à faire un pont avec une grande rupture, ça devient une force, comme si c'était des muscles. Le plus on arrive à en former, le plus on pourra peut-être y résister. Heureusement, ça garde la vie intéressante... On a tous besoin de piquant. Il ne faut pas juste vivre sur du pain blanc et de la Vache qui rit. (Rires)



J'ai lu que ton compagnon était quelqu'un qui n'aimait pas la lumière et qui trouvait que ton métier prenait trop de place. Tu as pensé à tout arrêter par amour ou pour faire passer ta vie privée en priorité ?
Tout arrêter, je ne sais pas ce que c'est. J'ai commencé très jeune, et je ne parle même pas de mon premier album car j'existais avant "Relax, Take It Easy" !

Oui, j'ai appris dans le podcast "Canapé six places" que tu as eu ton premier boulot à 8 ans !
Premier job payé à huit ans exactement ! (Rires) Mon système de valeur pour moi-même, et c'est horrible de le dire, c'est aussi connecté au fait que j'aime mon travail et que je veux le faire. C'est pas que j'aime tout ce que je fais de la même manière... Il y a des trucs dont je suis fier et d'autres que j'aimerais bien effacer mais ça fait partie du processus. Tout arrêter pour une vie privée ce serait impossible car la vie privée souffrirait. Je serai complètement intolérable. Il faut trouver un équilibre, et peut-être que je ne l'ai pas trouvé pour l'instant. Peut-être que c'est un challenge pour le futur...

« La musique m'a donné la possibilité d'être engagé »
Cette chanson est intéressante aussi car tu es l'un des rares artistes masculins queer à chanter son amour pour un garçon. C'est important pour toi, pour la représentation ?
Il y avait cette tendance, il y a quelques années... Je me souviens, je voulais écrire pour un groupe français, je suis allé les voir. Je leur ai dit : "J'aimerais bien écrire sur ça et ça, ce serait très beau d'entendre ça dans vos bouches". Ils m'ont dit : "Mais il y a un message ?". J'ai dit : "Ce n'est pas un engagement, mais c'est un message oui". A l'anglo-saxonne quoi, il faut savoir pourquoi on écrit et après on peut écrire pour quelqu'un. Et le groupe m'a répondu : "Non mais les messages c'est pour la Poste, c'est pour les facteurs !". Je me suis dit : "Mais pourquoi il y a cette tendance à ne pas s'engager ?"

C'est fou !
Maintenant, heureusement, ça a complètement changé. Dans la pop, il y a énormément d'engagement. Je n'écris pas une chanson comme "Moi, Andy et Paris" en pensant que c'est pour la représentation. Je ne bloque pas ce qui sort de ma tête ou de ma bouche parce que j'ai envie de le dire, ou par peur que ça va être mal pris ou que quelqu'un ne va pas être d'accord avec la perspective... Il ne faut pas. L'idée c'est d'avoir un engagement constant, mais qui reste poétique et artistique. C'est très puissant, et c'est aussi puissant pour l'artiste. J'étais pas comme ça quand j'étais plus jeune, mais la musique m'a donné la possibilité de l'être. Il y a plein de manières différentes de se libérer, de se sentir engagé. Il faut trouver votre propre manière. Moi j'ai trouvé la mienne.



La chanson "Doucement" a l'air de faire écho au harcèlement scolaire...
Pourquoi ? C'est intéressant...

C'est l'histoire de quelqu'un en souffrance, qui n'a "pas beaucoup d'amis dans son téléphone" par exemple...
En fait, ça parle du sentiment d'être isolé et de ne pas avoir de valeur pour soi-même. Ça peut être le résultat de beaucoup de choses. Du harcèlement en général, scolaire aussi, ou d'une version adulte de la même chose. Ça dit surtout que si tu ralentis, tu peux voir plus loin. Si tu vas trop vite, tu ne peux pas prendre en considération la distance, la vue longue qui te donnera de la perspective sur ce qui est en train de se passer dans ta vie. Je pense que c'est super important. Quand on se sent dévalorisé ou isolé, c'est comme si la vie était là. (Il colle sa main sur son visage) On voit rien, on voit juste devant nous. En anglais, on dit "pouvoir faire la différence entre l'arbre devant soi et la forêt".

« C'est très important de parler du harcèlement scolaire »
Tu étais récemment avec Brigitte Macron ou Gabriel Attal dans un lycée récemment pour parler du harcèlement scolaire. Ça t'a fait du bien personnellement de partager ton vécu ?
J'ai parlé devant ces enfants, et ils étaient beaucoup plus impressionnants que le ministre de l'Education ou Madame Brigitte Macron. (Rires) C'est eux qui me faisaient peur dans ce contexte. J'étais dans un lycée, ils étaient 350, de 11 à 17 ans. Je ne savais pas ce que j'allais dire, je n'avais rien écrit, d'un coup je commence à parler et je sens ce besoin d'être complètement transparent par rapport à ce que j'ai vécu. Je pense que c'est très important de le faire. Rester vrai, juste dire : "Voilà, moi ça s'est passé comme ça et c'était vraiment mauvais et je vous explique à quel point. Mais il y avait une solution, même si je ne le savais pas. Avec un peu de recul, je vous explique. Et peut-être vous pourrez vous approprier une partie de cette histoire dans votre propre défi".

C'est important d'avoir des références.
Il faut être à l'écoute, il faut que les enfants soient écoutés. Il ne faut pas qu'on le dise et que tout le monde s'en fiche. C'est trop souvent le cas. De l'autre côté, il faut provoquer une sorte de communauté, une vraie communauté, entre les murs de l'école et autour. Dans une communauté, c'est plus facile d'y créer des liens et de faire le pont entre des gens très différents, et provoquer plus d'empathie. On ne peut pas donner des cours d'empathie mais on peut faire beaucoup plus pour renforcer et encourager le sentiment d'une communauté.

Dernière question, tu es de retour dans "The Voice". Tu arrives encore à être surpris ?
Je suis revenu et je suis content d'avoir eu un break. C'est une émission que j'aime beaucoup, surtout la version en France, car elle est très différente des autres. Entre les deux frères à ma gauche, et Vianney et Zazie... Même Zazie, elle est différente. Ça parle très vite et très fort. (Rires) Ça va très vite, c'est une énergie complètement différente. J'étais étonné à quel point la mécanique peut rester la même mais à l'intérieur tout peut changer, l'énergie peut changer. Ça m'a plu énormément. Je me suis beaucoup amusé sur les auditions. Et cette ambiance, elle est fondamentalement importante. S'il n'y a pas cette ambiance, vous n'aimerez pas l'émission, c'est sûr.

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