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mercredi 13 novembre 2013 16:42

"ARTPOP" : Lady Gaga agace, inspire, frustre et fascine sur son nouvel album

Par Charles DECANT | Rédacteur
"ARTPOP" est sans conteste l'un des albums les plus attendus de l'année. Troisième album de Lady Gaga emmené par les singles ''Applause'' et ''Do What You Want'', il voit la chanteuse collaborer avec une nouvelle équipe sur des titres souvent trop produits, tandis que RedOne, David Guetta et will.i.am font chacun une petite apparition.
Crédits photo : Pochette de ''ARTPOP''
« My artpop could mean anything », annonce fièrement Lady Gaga sur la plage principale de son troisième album, "ARTPOP". Une façon de se dédouaner face à ce projet qui semble dire tout et parfois son contraire, partir dans toutes les directions et surtout, parfois, trop loin. La créativité de Lady Gaga, sa prétention à faire plus que de la "simple" pop - la pop n'est pourtant jamais si simple - est l'une des plus grands forces de la chanteuse, et la rend plus intéressante et intrigante que ses petites camarades. Mais c'est aussi sa faiblesse. A trop vouloir en faire, Lady Gaga ne parvient que trop rarement à se canaliser. Comme sur "Born This Way", c'est son ambition qui gâche tout, même quand elle propose des choses géniales.


Une production surchargée


C'est aux petits nouveaux Nick Monson, Dino Zisis, Zedd et Madeon que la chanteuse a fait appel sur un album qui laisse au placard les influences rock de son prédécesseur pour retrouver le dancefloor. Mais, sans doute décidée à montrer qu'elle donne (toujours) le ton de ce qui est tendance en pop, la chanteuse tombe souvent dans l'excès. Nombreux sont les titres où les mélodies et les voix sont étouffées par des couches de synthés qu'on peine presque à distinguer. Dommage, parce que, plus d'une fois, Lady Gaga trouve une bribe de formule magique avant de perdre complètement le fil. « Do you wanna see the girl who lives behind the aura? », propose-t-elle par exemple sur "Aura", plage d'ouverture dont le pré-refrain est digne des meilleurs moments de "The Fame" et "Born This Way". Dommage que la production surchargée signée Zedd et Infected Mushroom, pas aidée par une construction sans queue ni tête, fasse frôler le comique au produit fini.

Même constat sur "Venus", où le refrain très accrocheur est plombé par des paroles où Gaga évoque Botticelli, les soutien-gorges en coquillages, et se permet une blague digne d'un collégien en évoquant Uranus (« Don't you know my ass is famous? »). Produite par la star elle-même, une première, le titre sonne au final comme une démo qui mériterait de nombreux ajustements. La chanteuse redresse la barre sur les titres suivants, plus simples, plus efficaces et plus cohérents. "G.U.Y." rappelle l'époque "The Fame Monster" et "Sexxx Dreams" permet à Lady Gaga de... s'amuser ! Dans un album où tout est si lourd au point d'être parfois fatigant, le changement d'atmosphère est plus que bienvenu.


Un album frustrant, à l'image de son interprète


Car quand elle lève le pied et n'essaie pas de sauver le monde, la pop et l'art à la fois, Lady Gaga est capable de frapper fort. "Do What U Want", deuxième single accidentel, est une réussite, et "Gypsy", sur lequel la chanteuse a eu la bonne idée de faire revenir RedOne, rappelle les meilleurs moments de "Born This Way" avec son refrain épique et sa production plus sage. Non pas qu'il faille être tout le temps sage. Quand elle s'emballe sur le déglingué "Swine", où elle évoque son dégoût pour un porc dans un corps d'homme, tous les synthés du monde semblent appropriés. Et "Artpop", plage principale de l'album, surprend et séduit par son côté calme, là où on attendait plus, voire trop. « Give it time, sometimes the simplest move is right » chante-t-elle, très à-propos, sur le titre.

will.i.am et David Guetta viennent donner une couleur funk étonnante sur "Fashion!", pas plus mémorable que son hymne à Donatella Versace sur "Donatella", où les paroles frôlent parfois le ridicule. Et tant qu'on parle de ridicule, "Jewels n' Drugs", où elle invite pas moins de trois rappeurs, n'est pas du tout à sa place. Pas franchement plus cohérente avec le projet, la ballade "Dope" est pourtant bien plus importante sur ce disque. Au piano, l'artiste chante sa dépendance au... public. « I need you more than dope », se lamente-t-elle ainsi, mettant en avant sa vulnérabilité à travers les fêlures de sa voix. De tout l'album, c'est sans doute la seule fois où Gaga donne vraiment à voir celle qui se cache derrière l'aura, derrière la burqa, préférant un jeu de mots risible sur un autre titre qui évoque la drogue, "Mary Jane Holland".

Et c'est seulement après tout ce méli-mélo de titres électro que débarque "Applause", premier single qui revient au tout début, "The Fame". Pas forcément immédiat et sans doute déroutant pour le grand public, le titre reste pourtant l'un des points forts d'un album où Lady Gaga en donne souvent trop, et à la fois trop peu. Frustrant, agaçant, entêtant, impressionnant, décevant, brillant, dérangeant et étonnant, "ARTPOP" est tout à la fois, comme peut l'être l'art, la pop, et Lady Gaga elle-même, finalement.

A trop vouloir en faire, Lady Gaga gâche elle-même ses (très) bonnes idées sur plusieurs titres de son troisième album. Mais même quand elle se plante, elle reste fascinante. Et quand elle trouve le bon équilibre, le résultat est à la hauteur des attentes.


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