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Il prépare sa rentrée entre réédition de son album et lancement de sa tournée. Mais pour Amir, impossible de ne pas penser à ce qu'il a vécu cet été. Le concert du chanteur franco-israélien au sein du festival des Francofolies de Spa a été émaillé de polémiques : plusieurs artistes, dont Yoa et le rappeur Dali, ont annulé leur venue à l'événement pour protester contre Amir et ses prises de position pro-Israël ou ses liens présumés avec Tsahal, l'armée israélienne. Malgré tout, l'artiste est monté sur scène, délivrant un discours de paix et d'unité. Déjà quelques semaines plus tôt, certains spectateurs avaient brandi des drapeaux palestiniens à un autre concert.
"Ça m'a rappelé des heures sombres"
Un été compliqué pour Amir qui, aujourd'hui, assure que la rentrée de ses trois enfants lui permet d'être ramené à « une réalité merveilleuse, innocente, une espèce d'échappatoire ». Car il l'avoue sans fard au Parisien, l'appel au boycott autour de son concert belge l'a « atteint ». Mais il a fait le choix de ne pas réagir : « Le boycott artistique est un acte lâche, insensé, qui va à l'encontre du pluralisme, la définition même de l'art pour moi. D'autant plus aberrant que les arguments n'ont rien à voir avec ce que je fais en tant qu'artiste, mais avec ma personne, mon passé, mon histoire ». Pour lui, cette polémique lui a rappelé « des heures sombres » de l'histoire, citant notamment l'exemple du nageur Alfred Nakache, qu'il a joué au théâtre, « interdit de Championnat de France avant d'être déporté quelques semaines plus tard ».
"Des seaux de menaces et d'insultes"
Face au déferlement de messages souvent violents, Amir s'est surtout préoccupé de ses enfants. « Je commence à m'inquiéter pour eux, leur sécurité, puis la mienne, quand je vois l'envergure que ça prend » se désole le chanteur, bientôt à l'affiche de la série "La Belle et le Boulanger" : « On m'envoie toutes les deux minutes des messages d'un ministre qui réagit ou d'artistes solidaires de ce boycott, je me prends des seaux de menaces et d'insultes. Comment je fais pour en parler à mes enfants sans qu'ils ressentent ce qui se passe et en même temps sans leur mentir ? ». L'interprète de "Nous" dit alors avoir inventé « une histoire sur des gens qui n'aiment pas trop comment papa chante ». N'ayant jamais songé à annuler sa venue aux Francofolies (« J'ai vu ça comme de l'intimidation »), Amir avoue avoir vécu un avant-concert assez « tendu » face à la présence de « dizaines de militaires et de policiers ». Mais une fois monté sur scène, l'ancien candidat de "The Voice" a préféré partager un discours pacifiste au public venu l'acclamer.
Au détour de l'entretien, Amir revient sur les deux événements qui ont mis le feu aux poudres : sa participation à « un événement de la colonie illégale de Hébron en 2014 » et « une soirée de Tsahal organisée par Yoni Chetboun, figure du parti nationaliste d'extrême droite HaBayit HaYehudi ». Mais qu'en est-il vraiment ? « On est en 2014, le conflit n'est pas celui que l'on connaît aujourd'hui, c'est bien avant le 7 octobre. Je vis alors dans un pays où tout le monde fait son service militaire, garçons comme filles » indique-t-il, rappelant qu'à l'époque, « chanter en soutien à des jeunes gens est quelque chose qui se fait ». Il compare cela au fait de chanter pour des pompiers ou des gendarmes en France : « À ma connaissance, il ne s'agit pas d'un événement politique. Je ne sais pas qui est ce Yoni Chetboun, je ne m'intéresse pas à la politique. Pointer ces deux événements, que je ne cache pas, c'est ne pas comprendre ce que c'est que de vivre en Israël. C'est m'imputer une dimension politique que je n'ai jamais validée ».
Amir dénonce "un antisémitisme d'atmosphère" en France
S'il confirme qu'il ne voudrait plus participer à ce genre d'événement aujourd'hui (« Ça n'aiderait pas à la paix »), Amir estime qu'Israël « a le droit de se défendre face à une menace existentielle ». Et espère une paix prochaine : « Mon père allait faire ses courses à Gaza, au marché, le meilleur de la région… C'est impossible aujourd'hui, mais je reste persuadé que la paix est réalisable et désirée, nombreux rêvent de ce destin commun ». Il reconnaît néanmoins que « ce qui se passe à Gaza est atroce » et « très triste » : « J'ai énormément de peine pour les innocents qui meurent, les gens qui n'ont pas de quoi manger, de voir des populations civiles en souffrance ».
Mais pas de quoi justifier, selon lui, « un antisémitisme d'atmosphère » et une « ambiance délétère en France comme en Europe » : « On s'approprie un conflit lointain. Des messages pernicieux tournent sur les réseaux et nous divisent, mais si l'objectif réel était la fin du conflit, les deux bords réclameraient le retour des otages et la fin de la guerre ». Malgré tout, Amir réaffirme une nouvelle fois son message de paix : « La seule manière de lutter contre l'obscurité, c'est la lumière et non la violence ». Et espère mettre fin à cette vive polémique qui a assombri son été. Pour que son automne soit plus lumineux.