Abaca
Les champs de canne à sucre de Porto Rico
Pour sa performance historique au Super Bowl, Bad Bunny a reconstitué sur la pelouse du Levi's Stadium de Santa Clara un gigantesque champ de canne à sucre. Né à Porto-Rico, une île des Caraïbes appartenant aux Etats-Unis, le chanteur hispanophone le plus streamé de tous les temps a souhaité, à travers une performance très engagée, célébrer « sa patrie » et son histoire, imprégnée par le spectre de la domination. Pendant qu'il chante "Tití Me Preguntó", des agriculteurs s'affairent à cultiver la canne à sucre vêtus de la pava, un chapeau de paille devenu symbole. « L'histoire de l'esclavage lié au sucre est profondément ancrée dans les États du Sud, les Caraïbes et certaines régions d'Amérique du Sud. Sa prestation était brillante, stimulante et réfléchie » relève la psychologue Allison Wiltz sur X.
La scénographie du concert inclue également des poteaux électriques en surtension qui projettent des gerbes d'étincelles. Porto Rico est connue pour être touchée par des pannes de courant fréquentes générées par un système électrique défectueux. Une problématique que Bad Bunny évoque dans le documentaire "El Apagón" ("La panne d'électricité") datant de 2022. Il s'agit d'ailleurs du titre de la chanson interprétée un peu plus loin par Ricky Martin, une autre figure de la culture portoricaine.
Qui est le petit garçon du Grammy Award ?
La question alimente ce matin les rumeurs les plus folles sur les réseaux sociaux. Le petit garçon qui regarde le discours de Bad Bunny aux Grammy Awards et à qui le héros du jour vient remettre l'un de ses trophées serait-il Liam Conejo Ramos, l'enfant de 5 ans dont la détention par des agents de l'ICE à Minnesota a suscité l'émoi du monde entier ? La réponse est... non, mais cette séquence revêt tout de même une symbolique touchante. Le figurant en question porte un short beige et un polo rayé, comme le petit Benito sur une photo d'archive avant qu'il ne devienne la superstar du reggaeton que l'on connaît. Le chanteur fait donc le lien entre passé, présent et futur avec ce geste. D'ailleurs, c'est avec son nom complet, Benito Antonio Martínez Ocasio, que Bad Bunny s'est présenté aux téléspectateurs. Avez-vous repéré le nom brodé au dos de sa veste Zara blanche, conçu par les stylistes Storm Pablo et Marvin Douglas Linares ? Dans le mille, c'est Ocasio !
benito entregándole un Grammy a sí mismo de niño🥹 pic.twitter.com/cwvZa7uHRd
— clara: BENITOBOWLDAY (@malamiakbrn) February 9, 2026
Le fantôme de Charles Aznavour
Après sa danse sur le toit d'une maison où l'on aperçoit Jessica Alba, Karol G, Pedro Pascal et Cardi B - que des stars d'origine latine - en train de s'amuser et danser, Bad Bunny passe devant un orchestre, le Sarasota Orchestra, mené par le musicien nicaraguayen Giancarlo Guerrero, qui se met à jouer une mélodie bien connue. Il s'agit de l'introduction du classique de la chanson française "Hier encore", signée Charles Aznavour ! Menant avec brio une carrière internationale, le regretté chanteur franco-arménien était connu et plébiscité dans le monde entier. Si bien qu'en 2023, l'artiste portoricain décidait de lui rendre hommage sur son tube "Monaco", extrait de l'album "Nadie Sabe Lo Que Va a Pasar Mañana". Un morceau aux 755 millions d'écoutes sur Spotify qui a servi de fer de lance à l'arrivée de l'invitée surprise du show : Lady Gaga !
Le salsa de Lady Gaga
Ni Cardi B, ni J Balvin, ni Maluma... Pourquoi Bad Bunny a-t-il fait venir pour sa performance au Super Bowl une popstar telle que Lady Gaga, qui se produisait elle-même lors de la mi-temps de la finale du championnat de foot US il y a 9 ans ? Tout est affaire de symbole. L'interprète de "DtMF" est le premier artiste entièrement hispanophone à se produire au Super Bowl, et ça, Donald Trump et le clan MAGA ne l'ont pas supporté, au point d'orchestrer un contre Super Bowl avec Kid Rock le même soir. Plutôt que de céder aux pressions et chanter en anglais, Bad Bunny a laissé le soin à la diva d'entonner "Die With a Smile"... mais en version salsa ! C'est donc Lady Gaga, figure de la réussite américaine mais aussi descendante d'immigrés italiens, qui s'immerge ici dans la culture latine, portant même des talons rouges et une rose bleue flamenca pour l'occasion, et non l'inverse. Un joli pied de nez aux conservateurs.
Bad Bunny ends his halftime performance with flags, fireworks and a message. pic.twitter.com/65IniPaXbX
— Ari Alexander (@AriA1exander) February 9, 2026
La parade des drapeaux
Durant sa performance, Bad Bunny s'adresse directement aux téléspectateurs derrière l'écran en espagnol. « Je m'appelle Benito Antonio Martínez Ocasio, et si je suis ici aujourd'hui au 60ème Super Bowl, c'est parce que je n'ai jamais cessé de croire en moi. Vous devriez aussi croire en vous. Vous valez bien plus que vous ne le pensez. Croyez-moi » lance celui qui se produira cet été à Paris La Défense Arena et au Vélodrome, avant de brièvement parler anglais vers la fin du show pour clamer « God bless America ».
Comme aux Jeux Olympiques, c'est un défilé de drapeaux qui conclut la performance de Bad Bunny. Alors que les mots « La seule chose plus forte que la haine, c'est l'amour » s'affichent sur les écrans géants, le chanteur de 31 ans cite un à un les territoires d'Amérique du Nord, centrale et du Sud, dans leur appellation hispanophone : l'Argentine, le Pérou, le Mexique, le Venezuela, la Colombie... Avant de terminer par les Etats-Unis et le Canada, et sa propre terre de Porto-Rico. Bad Bunny se saisit alors d'un ballon qu'il brandit vers la caméra en disant : « Ensemble, nous sommes l'Amérique ». On peut difficilement faire plus limpide comme message à l'heure où les Etats-Unis se déchirent sur la question de l'immigration. Bravo, Benito !