Keiona en interview : "J'ai toujours voulu exister comme une diva"
Reine du drag français, Keiona embrasse une carrière de chanteuse avec le single "Watch Me". Pour Purecharts, la star "féminine fatale" dévoile les figures qui l'ont inspirée et le message derrière ce titre fierce.

Tom Kleinberg
Propos recueillis par Yohann Ruelle.

On connaît Keiona la reine du drag, Keiona la danseuse et maintenant, place à Keiona la chanteuse !
La musique c'est une passion que j'ai depuis très jeune en fait. Aujourd'hui, je peux dire que je fais un retour aux sources.

C'est le drag qui t'a amenée à la musique ?
Pas du tout ! J'ai toujours voulu faire de la musique. L'art du drag, tout ce qui est cheveux, make-up et perruques, c'est venu après ! J'ai juste fait converger les deux avec le meilleur timing que j'ai maintenant, au niveau visibilité. La musique, c'est vraiment depuis très jeune.

Tu avais des posters de qui dans ta chambre ?
(Elle rigole) Ohlala...

Petite, j'avais un poster des Destiny's Child dans ma chambre
Tu peux tout me dire !
J'en avais, oui. J'avais un poster d'Aaliyah, j'avais Christina Aguilera, j'avais Beyoncé aussi, enfin, les Destiny's Child plutôt. J'étais très intriguée par ces icônes pop-R&B que j'écoutais beaucoup. Brandy en l'occurrence, des chanteuses avec des voix de velours. Ce sont des personnes qui m'ont donné envie de faire de la musique. Pas forcément de faire la même chose qu'elles, mais plutôt dans ce qu'elles représentaient et comment elles étaient vues et perçues. On était déjà dans un univers de diva. Je voulais déjà exister de façon très diva !

Ce sont ces figures-là qui t'ont permis de te dire "C'est possible" quand tu t'es lancée dans le drag ?
C'était tout un cheminement parce que oui, il y avait cette envie d'exister et de créer un personnage féminin. Moi, j'ai pu le créer dans la Ballroom. C'est pour ça que je l'ai inventé ! J'ai inventé Keiona pour participer à des balls. Avec tous les différents thèmes qu'on a dans cet art, Keiona a pu tester plein de choses différentes très vite. Je peux dire que j'ai déjà quasiment testé toutes les couleurs de cheveux. (Rires) C'est beaucoup d'entretien ! Je trouvais qu'il y avait un un épanouissement différent sur scène, quand je performe et dans la façon de réagir des gens quand j'étais en Keiona. C'est ce qui m'a donné surtout envie d'aller vers le maquillage, les wigs et donc le drag. J'ai ressenti une puissance que je n'avais sentie auparavant en tant que Kevin.

Mon single ? Une ode à la bad bitch
Parlons de ton single "Watch Me". Si tu pouvais le résumer en trois mots, ce serait lesquels ?
Je ne change jamais. C'est ce que je chante dans la chanson : "Phénomène, féminine, fatale" ! Mais en vrai si je dois vraiment parler du single, je dirais que c'est une ode à la bad bitch. Même si c'est plus que trois mots.

Comment elle est née cette chanson ?
La chanson, elle est née il y a quelques mois déjà. On a mis du temps à trouver ce qu'on voulait faire, même si le message était déjà là. On a mis du temps à trouver le son pour la façon dont on voulait que ça sonne. J'ai travaillé avec Sutus sur le morceau et Liam, mon directeur image. Il n'est pas du tout musicien mais il a apporté sa touche en me conseillant parce qu'il me connaît très bien. Il sait énormément de choses sur moi et des fois, on a besoin d'avoir ce miroir humain, des gens qui nous connaissent pour nous dire : "Si tu dis ça comme ça, si tu le fais comme ça, si ça sonne comme ça, ça peut être mieux pour toi". Parce qu'il y a des choses qu'on peut pas voir soi-même, on a des angles morts. C'était donc un travail collectif qui s'est étalé sur presque 4-5 mois. Moi, je suis assez contente du résultat !

Après "Danse avec les stars", une émission de divertissement familiale sur TF1, tu aurais pu surfer sur cette vague en proposant de la pop mainstream, plus axée grand public. Pourtant, tu as fait un choix différent. Pourquoi ?
Pour moi, aller dans cette émission sur TF1, c'était un challenge et en même temps c'était nécessaire. Il fallait que je sois vue là, que j'existe là aussi, pour montrer qu'on peut être partout, avec tout le monde, et montrer que j'avais autant de talent que les autres. Voire plus ! (Rires) Le choix de toucher le genre de musique que je fais est vraiment très personnel. La musique, c'est ce que je veux faire sur le long terme donc je dois être authentique et fidèle à moi-même, y compris dans mes choix musicaux. Je dois pouvoir écouter et réécouter mon morceau et me dire : "OK, j'ai vraiment fait ce que je voulais faire". Que certaines personnes aiment ou que des gens n'aiment pas, moi mon choix il est sincère et honnête. J'aurais pu effectivement oui, faire des chansons qui vont forcément marcher et être aimées par un plus grand nombre. Mais il faut voir au-delà. Je préfère largement avoir 1.500 personnes qui vont me suivre fidèlement et m'encourager dans tout ce que je fais que disons 4 millions de personnes qui vont être là pendant 3 mois.

Derrière la "bad bitch energy" du morceau, il y a aussi un message sur le fait de s'affirmer pour soi ?
Exactement. Quand j'écris un morceau, il faut rimer, il faut que ce soit chantant, dansant, mais il y a plein de moments où on peut créer des double sens. En tant qu'artiste, on a ce pouvoir où on va écrire un truc qui va être trop cool mais à la 5ème écoute, tu vas être en mode "Ah ! Ah ok, d'accord, je vois". Et c'est un peu ça le délire de "Watch Me". À la première écoute on s'ambiance et plus on écoute, plus on se dit : "Ah mais elle a grave raison ! C'est trop vrai". Il faut réécouter plusieurs fois pour bien comprendre toutes les paroles, saisir les double sens dans les couplets, et même dans le refrain. Quand je dis « When I'm working I do it very well », je me place en exemple. C'est aussi une façon d'appeler les gens à venir se rallier à moi.

Les clubs sont un moyen d'expression, de communion
C'est une manière de réécrire ses propres règles ?
C'est ça, c'est ça. Il faut codifier un peu son lifestyle, aujourd'hui tout va très très vite. Tu te mets en bombe et tu fonces en fait ! C'est ce truc là. Beaucoup de gens me disent par exemple : "Quand je suis à la salle de sport et que j'écoute "Watch Me", ça me donne une pêche, ça me relance dans mes séries". Et moi, ça me fait hyper plaisir parce que si ce morceau peut créer de l'envie, de la motivation voire même de la discipline chez les gens, c'est top !

Tu nous invites donc sur le dancefloor. Que représentent pour toi les clubs et les discothèques, en tant que personne queer ?
C'est un moyen d'expression, c'est un lieu de rencontre pour beaucoup de gens de notre époque qui, par exemple, n'avaient pas d'endroits pour se retrouver. Pour plein de gens, ce n'était pas possible de le faire en public donc le dancefloor évidemment c'est un safe space, un espace d'expression, un espace de réunion et même de communion. Si mon morceau fait danser les gens, je suis pour !

Quel était le moodboard pour le clip de "Watch Me" ?
Les inspirations sont rétro-futuristes. On le voit au niveau du styling quand la vidéo commence, tous les scientifiques qui s'attellent à travailler sur le projet Keiona ont un style bien défini. En fait, on voit toute une era, ils sont très jeunes, très modernes mais en même temps on est sur quelque chose d'assez rétro, même dans la palette de couleurs, tout est assez neutre, il y a beaucoup de pastel avec quelques couleurs vives par-ci par-là. On touche au rétro-futuriste total ! C'est 100% la vision.

Je veux faire un Bercy en arrivant du plafond
Est-ce qu'il y a d'autres singles à venir ?
Hmm... La suite là dans l'immédiat, oui il y a un prochain single qui arrive très bientôt. J'ai tenu à clipper "Watch Me" parce que cette équipe a vraiment donné un rendu incroyable à la vidéo. Merci à eux ! Ils ont fait en sorte que ça aille au-delà de la vision, ça fourmillait d'idées à rajouter. Moi derrière, ça me donne envie de continuer ! Donc effectivement il y a un prochain single qui arrive, et pour la suite... on verra ! (Rires) Pour l'instant, je suis vraiment focus sur la musique. J'ai l'opportunité de travailler avec des gens super au studio et hors du studio, donc je suis à fond dans cette aventure.

On pourrait voir Keiona chanter une ballade ?
Personnellement pour l'instant... Je ne vois pas dans ce style. C'est très beau les ballades, la variété et tout ça. Mais je pense que j'ai un avantage que d'autres artistes n'ont pas, en tout cas en France, c'est la présence scénique et les talents de danseuse que j'ais. Donc on aura, je pense, des morceaux qui vont souvent bouger.

Ton goal ultime en tant que performeuse et chanteuse, ce serait quoi ?
Oh my god ! On peut rêver ? Moi j'essaie quand même de rêver grand. Donc je vais dire... Je ne connais pas la capacité des salles, mais j'ai envie de faire une grande salle. Pourquoi pas un Zénith ? Allez, pourquoi pas un Bercy ? Ce serait canon. Moi j'ai la vision déjà : les lumières s'éteignent, j'arrive du plafond... (Rires) Quand on rêve grand, il faut se tenir prêt, on sait jamais hein !

Par Yohann RUELLE | Journaliste
Branché en permanence sur ses playlists, il sait aussi bien parler du dernier album de Kim Petras que du set de techno underground berlinois qu'il a regardé hier soir sur TikTok. Sa collection de peluches et figurines témoigne de son amour pour les grandes icônes de la pop culture.