Bestimage
Il y a 40 ans jour pour jour, le 14 janvier 1986, un terrible accident d'hélicoptère ôtait la vie à Daniel Balavoine et quatre autres personnes en marge du Paris-Dakar. Un véritable choc pour le pays tant le chanteur a su marquer son temps avec sa voix en or, ses magnifiques chansons comme "Mon fils ma bataille" et son propos social fort. Dans les colonnes de Sud-Ouest, Claire Balavoine, sa soeur aînée, se souvient de ce jour fatidique : « Ma mère m'appelle parce qu'elle trouve curieux d'entendre en boucle ses chansons à la radio. Il est 9h50, j'attends fébrilement le flash de 10 heures et, soudain, j'entends le journaliste annoncer la nouvelle, des sanglots dans la voix ». Pour elle, le drame s'est joué sur sa décision de monter à bord de l'appareil « dans les circonstances que l'on sait ». « Il avait très peur de l'avion et des airs, sauf que par crainte de passer pour une mauviette, il n'a pas osé dire non. Parce qu'à cause de cette connerie d'éducation à l'ancienne, un homme n'a pas le droit de dire qu'il a peur. Oh Daniel, qu'est-ce que tu nous as faits, enfoiré... » se lamente-t-elle, encore meurtrie.
"Il partait se réfugier incognito"
Dans cet entretien, celle qui préside l'association fondée au nom de son frère assure que Daniel Balavoine souhaitait, au moment de sa disparition, prendre ses distances avec le milieu artistique et mettre en pause sa carrière. « Je ne pense pas qu'il allait arrêter de chanter, mais il n'en pouvait plus d'être assailli par le public. Daniel, qui n'a jamais voulu de fan-clubs, ne supportait plus cette pression et envisageait en effet de s'installer quelque part entre l'Écosse et l'Angleterre » révèle-t-elle. Et d'ajouter : « Pour bien comprendre la violence de la chose, sachez qu'il m'arrive encore d'être harcelée au téléphone à l'approche de la date anniversaire de sa mort. À l'époque on me tendait carrément des nouveau-nés pour que je les prenne dans les bras ».
Pour fuir cette vie à cent à l'heure, Daniel Balavoine avait pris l'habitude de voyager. « Souvent, il partait se réfugier incognito au Pays basque, du côté de Biarritz, là où sont nos racines familiales et où il est enterré. Parce qu'il en avait marre aussi de certains connards qui gravitent dans le show-biz » affirme la soeur du chanteur.
"Sa véritable vocation était la politique"
Claire Balavoine dresse le portrait d'un homme sensible « à la personnalité complexe » qui a « toujours été persuadé de ne pas avoir été un enfant désiré », et même d'avoir été « conçu pour remplacer un frère disparu un an plus tôt » : « Quelle ironie lorsque l'on songe que Xavier était né un 14 janvier, date à laquelle s'en ira Daniel. Lorsque l'on n'en meurt pas, ce genre de souffrances finit par vous habiter ». Malgré leur différence d'âge, Claire et Daniel étaient « cul et chemise ». « Nous n'avons jamais eu besoin de beaucoup nous parler pour nous comprendre, c'était presque fusionnel. En même temps, Daniel fut un garçon et un homme joyeux. Un optimiste désespéré, à moins qu'il n'ait été un désespéré optimiste. Qui répétait que si les journalistes ne voulaient pas être emmerdés, alors ils n'avaient qu'à pas lui demander son avis ! » se remémore-t-elle avec tendresse.
À LIRE - "J'ai existé sans son ombre" : le fils de Daniel Balavoine parle pour la première fois
Faire de la musique n'était d'ailleurs pas dans les plans de Daniel Balavoine. « Sa véritable vocation a d'abord été la politique. Il voulait devenir député, persuadé qu'il saurait maîtriser l'art d'améliorer la vie des gens. Jusqu'à ce qu'il comprenne que l'Assemblée nationale n'était qu'un immense bazar, là où les grands ténors finissent tous par se dégonfler » souligne-t-elle, en décrivant son frère comme quelqu'un « avec des tripes » : « Comme personne n'était vraiment capable de chanter les chansons qu'il écrivait, il s'est lancé ».
Pourquoi Daniel Balavoine reste autant imprégné dans l'esprit des Français ? « Sa musique autant que sa personnalité » avance-t-elle comme explication : « Drôle, simple, directe. Ses chansons n'étaient que l'expression de ses colères, saines et sincères ». Pour Claire, sa « plus belle chanson est la dernière » : "Un enfant assis attend la pluie", extrait de l'album "Sauver l'amour" (1985) « qu'il n'aura pas, hélas, le temps de chanter sur scène ». « Qu'est-ce qu'il était fort ce petit con ! » constate-t-elle, entre fierté et admiration.