Rock en Seine 2025 : Justice, Fontaines D.C., Kneecap... Les tops et flops du festival !
Rock en Seine se termine après cinq jours des plus éclectiques. Sauf qu'entre des annulations de dernière minute et une programmation davantage axée électro, le festival de Saint-Cloud a perdu quelques fidèles en cours de route. Retour sur une édition en demi-teinte, qui n'a tout de même pas manqué de moments forts.

Roxane Mo
C'est sans conteste son édition la plus mouvementée. Certes, Rock en Seine a tout connu : la pluie, les faibles ventes, les annulations de dernière minute, les polémiques... Mais jamais les quatre en même temps ! C'est donc dans un climat d'incertitude que le festival francilien a lancé, mercredi soir, les festivités de sa 21ème édition sous une fine averse. Après Billie Eilish et Lana Del Rey, Chappell Roan officie en star de la désormais traditionnelle journée d'ouverture 100% féminine. Mais, contrairement à ses compatriotes, ne joue pas à guichets fermés avec 34.000 billets vendus sur 40.000. Les fans sont déjà nombreux devant la scène en fin d'après-midi pour applaudir Suki Waterhouse qui, en guise de joli clin d'oeil, régale le public avec une reprise du "Don't Look Back in Anger" d'Oasis.

Une ouverture pop et féminine

Également acclamé en masse, London Grammar prend le relais pour sa dernière date estivale. Le trio anglais joue un set assez similaire à celui donné au même endroit il y a trois ans mais avec toujours autant de beauté. Rappelant avec humour avoir été traité « comme des rockstars » en France à la sortie de son premier album, le groupe brille avec "Wasting My Young Years" ou "Strong" et assume son virage électro, à l'image d'un final vibrant sur un "Lose Your Head" remixé. Chappell Roan, elle, n'a pas volé son statut d'icône de la soirée. Malgré 15 minutes de retard, la chanteuse américaine fait l'unanimité avec ses tubes queer "Good Luck, Babe!" ou "Pink Pony Club", hurlés à plein poumons par le public et interprétés dans un décor fantaisiste, à mi-chemin entre "Peter Pan", "Dragon's Lair" et Tim Burton. Une vraie réussite !


Jeudi, journée noire pour Rock en Seine qui a fait face à l'annulation successive de ses deux têtes d'affiche, A$AP Rocky et Doechii. Cette dernière n'ayant pas été remplacée, c'est donc une petite journée qui attend une foule très clairsemée : seulement 24.000 spectateurs ont fait le déplacement. Les plus curieux font un triomphe à Mk.gee, nouvelle tête de la scène indé américaine, dont les guitares reverb' envoûtent la foule malgré les relances parfois pataudes de son DJ, à base de klaxons et de bruits de tir. Sur la Grande Scène, le public se presse un peu plus en nombre pour applaudir Vampire Weekend. Neuf mois après son superbe concert à l'Adidas Arena, la formation new-yorkaise, menée par un Ezra Koenig souriant et parlant parfaitement français, vient rejouer la belle à travers une version réduite mais impeccable d'une heure. Dommage d'avoir cependant axé le set sur son dernier album, n'attendant que la dernière demi-heure pour dégainer sa galerie de classiques solaires, de "Cousins" à "A-Punk" en passant par le génial "Harmony Hall".

Kid Cudi fait le minimum syndical

La nuit tombant, les lumières psychédéliques des Texans de Khruangbin nous font vibrer en attendant Kid Cudi. En retard, et en remplacement d'A$AP Rocky, le rappeur de Cleveland livre un set très poussif devant une foule peu concernée. Beaucoup trouvent d'ailleurs refuge devant le nouveau prodige de la dance made in England : Barry Can't Swim. Une clôture qui annonçait un week-end principalement consacré à l'électro. Un pari étonnant qui n'a pas fait le plein : comme le jeudi, le vendredi est loin d'afficher complet, la faute à des têtes d'affiche moins bankables. Malgré tout, la surprise est venue d'Empire of the Sun. Si on s'est étonné de sa présence à l'affiche, le collectif australien a livré un show résolument kitsch mais totalement revigorant. « On a mis 3.000 ans à faire un nouvel album, puis 500 ans pour revenir jouer » rigole l'excentrique leader Luke Steele, qui change de tenue tous les deux titres, et fait sensation au son des rétro "We Are The People", "Alive" et bien évidemment "Walking on a Dream", tubes désormais certifiés TikTok.

Anyma, une expérience très oubliable

La suite de la soirée se veut plus éclectique entre la pop classieuse de Kids Return, la techno 100% queer de LSDXOXO et le voyage coloré d'Aurora. Elle aussi présente en 2022 (c'est une constante cette année !), la fée norvégienne fait son retour devant un parterre de fans conquis. Après un démarrage timide, il faut néanmoins attendre les dernières minutes pour voir sa prestation prendre un peu plus de relief. En caleçon, Marc Rebillet attire quant à lui une foule immense et lance plusieurs "Free Palestine". La palme de la performance conceptuelle de la soirée revient à Floating Points. Programmée sur une trop petite scène pour sa réputation, la pointure de l'électro mancunienne délivre un set subjuguant où il est notamment accompagné d'une femme... en train de peindre des pots en verre !

Louis Comar
Tous les regards de la soirée du vendredi sont tournés vers la tête d'affiche Anyma. Un véritable pari qui a malheureusement fait les frais d'un manque évident de popularité : seuls 22.000 festivaliers ont répondu présents. Et c'est là que le bât blesse : débutant son set avec 20 minutes de retard, la faute à des problèmes techniques imputées à l'organisation, le DJ italo-américain loupe complètement son passage. On nous avait promis une expérience « immersive » et « captivante ». On se retrouve avec un set électro quelconque et un écran certes d'une énorme résolution mais qui ne réinvente rien. C'est d'autant plus décevant que son dernier opus, "The End of Genesys", est une franche réussite. Les Chemical Brothers, dont le show est rodé et quelque peu similaire depuis une dizaine d'années, font bien mieux. Et nous ne sommes pas les seuls à être désarçonnés au vu du nombre de spectateurs quittant rapidement les lieux.

L'énorme concert de Pamela

On l'a souvent dit, les claques des festivals ne viennent pas souvent des têtes d'affiche mais des petits artistes émergents. C'est le cas ce samedi avec Pamela. Programmé sur la scène du Bosquet, le duo franco-britannique, proche de Zaho de Sagazan, livre un 45-minutes de haute volée, faisant onduler les festivaliers venus en nombre les voir avec ses pépites électro-rock façon LCD Soundsystem. Assurément le concert le plus marquant du festival. Sa date en novembre au Trianon est à ne manquer sous aucun prétexte ! Sur la même scène, l'Américain John Maus essaie de faire oublier les controverses à son égard avec son univers résolument 80's.

Olivier Hoffschir

Justice et Jamie xx remettent les pendules à l'heure

Alors que la voix de Jorja Smith enveloppe chaudement ses rythmes R&B, le public se presse sur la deuxième scène pour applaudir Jamie xx, lui aussi de la partie... en 2022 ! Armé d'un nouvel album solo ("In Waves", 2024), la tête pensante de The xx offre un DJ set de haute volée. S'il est impossible d'approcher des premiers rangs au vu de l'immense affluence, il est également impossible de rester stoïque lorsqu'il puise dans son répertoire (immenses "Loud Places" ou "All Your Children"), qu'il convie par surprise son comparse Oliver Sim chantant en plein milieu des festivaliers, ou qu'il passe "C'est la ouate" de Caroline Loeb. En final forcément dantesque, Justice ne faillit pas à sa réputation. Si rien n'a changé depuis We Love Green et Bercy, le son et lumières du duo, qui performait là sa dernière date européenne, est toujours aussi bluffant avec ses tubes d'hier et d'aujourd'hui cohabitant avec habileté. Jusqu'au climax fédérateur sur "Audio Video Disco". La messe est dite.

Meilleure journée de par sa programmation, le dimanche était aussi très attendu de par la venue de Kneecap. Rock et politique étaient donc de mise dès 13h40. En ouverture sous un soleil de plomb, la Belge Sylvie Kreusch présente sa pop cosmique et déplie un parapluie pastèque, aux couleurs palestiniennes donc. Aucun temps de répit dans ce dimanche où d'excellents groupes s'enchaînent. Et si King Hannah a plus de mal à convaincre en festival, malgré un répertoire somptueux, les joyeux lurons de Fat Dog retournent littéralement la Grande Scène. Multipliant les « woof woof » de circonstance, son leader Joe Love passe plus de temps dans la foule ou accroché à la barrière que sur scène. À peine remis, Last Train nous assène une immense claque et confirme sa réputation d'un des meilleurs groupes rock français de sa génération. Son leader Jean-Noël Scherrer, debout et porté par le public, reste l'une des images fortes du week-end.

Olivier Hoffschir

Le rock sur le toit du monde (et de Saint-Cloud)

Et voici venu Kneecap. La minuscule scène du Bosquet, où ils sont programmés, déborde de festivaliers curieux ou fans venus acclamer les trois rappeurs nord irlandais, en pleine tourmente depuis leurs prises de position politiques. Alors que la région Île-de-France a retiré 500.000 euros de subventions au festival, la venue du trio a été maintenue, et s'est même ouverte sur un message accusant le gouvernement français d'être « complice ». Mais au-delà de la polémique, il y a la musique et le trio n'a qu'à offrir un rap assez quelconque et oubliable. Et puis les 36.000 spectateurs convergent de l'autre côté du site pour l'événement du week-end.

Il y a trois ans (encore !), Fontaines D.C. avait livré un concert tendu mais froid à Saint-Cloud. Aujourd'hui, voilà que les Irlandais reviennent auréolés du titre de plus grand groupe rock de sa génération. Et ce n'est pas volé au vu d'un concert des plus intenses ! Car la bande fait taire les derniers sceptiques en balançant d'emblée ses plus grosses bombes : "Here's The Thing", "Jackie Down The Line" et "Boys in the Better Land". Une prestation saisissante, aussi puissante qu'émouvante, et à travers laquelle le groupe rappelle aussi ses convictions pro-palestiniennes ou dédie justement un titre à Kneecap. Si Fontaines D.C. aurait très bien pu être le headliner de la soirée, c'est à Queens of the Stone Age que revient ce privilège. Malgré un Josh Homme peu en voix, les Américains enchaînent les uppercuts avec une grande efficacité et un superbe jeu de lumière. Au même moment, de l'autre côté du festival, quelques irréductibles auront, à raison, préférer vibrer sur l'un des groupes français les plus excitants de sa génération : Bryan's Magic Tears. « Bonsoir, nous sommes les Queens of the Stone Age » tance le chanteur Benjamin Dupont avant de lancer une heure de déflagration électrique et électronique.


Un ultime concert jubilatoire qui conclut Rock en Seine sur une note plus positive qu'elle n'a débuté. Car en ayant misé sur une affiche davantage orientée sur l'électro, le festival a désarçonné et perdu beaucoup d'inconditionnels en cours de route. La preuve, la journée « 100% rock » a été la plus remplie. Les autres ont alterné entre têtes d'affiches décevantes (Kid Cudi, Anyma) et programmations mitigées, souvent très similaires à l'édition 2022, malgré quelques excellentes surprises. Au final, 148.000 festivaliers ont fait le déplacement sur les 200.000 attendus, soit une baisse significative de 34.000 spectateurs par rapport à 2024. L'année prochaine, Rock en Seine se déroulera une nouvelle fois sur cinq jours, du 26 au 30 août 2026. Ne reste plus qu'à voir si les headliners feront davantage l'unanimité.

Par Théau BERTHELOT | Journaliste
Passionné par la musique autant que le cinéma, la littérature et le journalisme, il est incollable sur la scène rock indépendante et se prend de passion pour les dessous de l'industrie musicale et de l'organisation des concerts et festivals, où vous ne manquerez pas de le croiser.
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