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Kendrick Lamar sort les crocs ! Sur son nouveau single, le rappeur américain tranche radicalement avec l'ambiance de "i", qui lui a valu de remporter ses deux premiers Grammy Award dimanche soir. L'esprit seventies et la guitare bondissante ont été rangés au placard pour laisser place à une production oppressante, miroir d'un texte corrosif et engagé. A l'inverse de son dernier titre, où il explorait ses tourments intérieurs, Kendrick Lamar décrit dans "The Blacker The Berry" le monde qui l'entoure et la question de la haine raciale, brûlante d'actualité aux Etats-Unis.
Cliffhanger
Dans son monologue introductif, le lyricist le plus talentueux du moment dépeint le racisme ordinaire auxquels les Afro-Américains sont confrontés dans la société d'aujourd'hui. Fier de son héritage, frustré du manque de reconnaissance que l'on accorde à ses pairs, Kendrick Lamar entend démonter un à un les clichés qui lui collent à la peau. Pour lui, si la situation des Noirs n'a pas évolué aux Etats-Unis, c'est parce qu'ils sont toujours emprisonnés dans les mêmes carcans. « J'ai les cheveux crépus, le nez large et écrasé, tu veux me faire reconnaître que je suis un singe fier » dégaine-t-il, acide, avec une rage et un flow remarquables de maîtrise. Le rappeur de "Bitch Don't Kill My Vibe" fait mention des événements de Ferguson et Salt Lake City, qui ont coûté la vie à de jeunes Afro-Américains en 2014 et plongé le pays dans un climat tendu.
Écoutez "The Blacker The Berry" de Kendrick Lamar :
Et puis les rimes de Kendrick Lamar prennent une tout autre signification dans le dernier couplet, où le rappeur se surprend à correspondre à ces clichés et à entretenir cette haine raciale. « Je suis le plus grand hypocrite de l'année 2015 » clame-t-il, voulant faire évoluer les mentalités tout en rêvant d'un destin « à la Michael Jordan » et en « priant les Black Panthers ». La dernière punchline invite alors à une deuxième lecture de la chanson. « Alors pourquoi je verse une larme pour Trayvon Martin quand je bute un homme plus noir que moi avec mon gang ? Hypocrite ! » assène-t-il. Un titre percutant, politique et incisif, qui laisse présager le meilleur pour le deuxième album de Kendrick Lamar, attendu plus tard dans l'année.