Bonjour Michael, tu as été repéré en 2001 en tant que "Graine d’imitateur" dans l’émission de Laurent Boyer. Que retiens-tu de cette expérience ? (Nikolas Lenoir, journaliste)
Michael Gregorio : J’en retiens que cela a été une bonne expérience. C’était à la fois ma première émission et ma première scène en tant qu’imitateur. Je n’ai jamais vraiment voulu devenir imitateur d’ailleurs, c’est venu par hasard. J’étais fan de groupes rock tels que Radiohead, Nirvana, Muse, Rage against the Machine… et j’avais naturellement tendance à les reprendre et à les imiter. Je faisais ensuite écouter des petits enregistrements à mes camarades de lycée, pas très loin de Verdun. Ils m’ont encouragé à continuer. J’ai ensuite eu l’occasion de faire l’émission "Graines de Star" sur M6 et j’ai eu la chance de gagner plusieurs fois. Je me disais que cela était vraiment sympa et j’ai commencé à faire des spectacles dans ma région. J’ai travaillé les voix et de spectacle en spectacle, de rencontre en rencontre, j’en ai fait mon métier.
Est-ce que cela a rapidement déterminé ton parcours d’artiste ?
Tu as fait des études de droit mais tu as également pris des cours avec Armande Altaï. Comment cela s’est passé ?
J’ai en effet pris une dizaine de cours avec elle et cela m’a permis de faire évoluer ma technique de chant. Cependant, je ne peux pas me servir de ce qu’elle m’a appris dans l’imitation car pour cela, il n’y a pas vraiment de technique. Quand j’imite un chanteur, je chante certes avec ma voix mais sous la contrainte entre guillemets de me caler sur une voix, une façon de chanter qui est celle de l’artiste que j’imite.
Une rencontre qui a été décisive dans ta carrière est celle avec Laurent Ruquier. Comment t’a-t-il découvert ?
Laurent est venu à une présentation de spectacle que je faisais dans une petite salle à Paris. Cela lui a plu et on a commencé à travailler ensemble puis à produire le spectacle. Cela s’est fait très simplement.
Est-ce qu’il y a eu un déclic à son envie de produire tes spectacles ?
Retrouvez quelques extraits du spectacle "Michael Gregorio pirate les chanteurs" :
L’éventail d’artistes que tu imites est très large, de Mylène Farmer à Luciano Pavarotti en passant par Jacques Brel, Vincent Delerm, Maria Callas, Calogero, Johnny Hallyday... Comment travailles-tu cette très grande diversité de voix ?
J’essaie d’écouter énormément les chanteurs, d’aller les voir en concerts, de m’imprégner de leurs voix… Je lis aussi les bios pour vraiment ressentir le personnage puis j’essaie de reproduire l’artiste. Il n’y a pas une technique d’imitation car chaque voix est différente.
Quand tu fais le choix d’imiter un artiste, es-tu plutôt attiré par la voix ou par le personnage ?
Les deux. Là encore, il n’y a pas de règles car avec le metteur en scène, on peut travailler sur un personnage ou sur une voix. Ce sont deux choses qui peuvent parfois être très différentes.
Dans ce spectacle "Michael Gregorio pirate les chanteurs", tu deviens Petit Corps Valide lorsque tu imites Grand Corps Malade. Est-ce un artiste que tu affectionnes particulièrement ?
Oui et c’est un clin d’œil plus qu’une imitation.
Tu as assuré les premières parties de Céline Dion lors de sa dernière tournée européenne. Qu’en retiens-tu ?
Avez-vous chanté tous les deux ?
Non. Je ne me suis pas permis.
Lors d’une émission sur France 2, tu as chanté avec Joe Cocker. Qu’as-tu ressenti face à ce grand monsieur de la Chanson ?
C’était totalement improvisé. En fait, je devais juste l’imiter en face à face et j’étais déjà mort de trac. L’animateur propose ensuite à Joe Cocker s’il veut bien chanter avec moi sur mon titre préféré qui est "You’re So Beautiful". Il a accepté, il a pris le micro naturellement et on a chanté ensemble sur une minute trente. C’est un très beau souvenir et c’était même assez surréaliste en fait.
Tu participes au concept "Autour de la guitare" mené par Jean-Félix Lalanne. Est-ce le signe que tu es au moins aussi intéressé par la chanson que par l’imitation ?
Jean-Félix est aussi une très belle rencontre. Il est venu me voir à L’Européen qui est une salle à Paris que j’aime beaucoup et dans laquelle j’ai passé trois mois. Je faisais mon truc à la guitare, il ne me connaissait pas et il est venu découvrir. Il m’a proposé d’intégrer "Autour de la guitare". J’imitais la guitare électrique mais je le faisais tout seul, sans me mesurer à un autre guitariste. Il m’a lancé cette idée de battle que j’avais depuis longtemps en tête sans oser la faire. C’est une forme de questions/réponses avec une guitare normale et une guitare vocale entre guillemets. Nous nous appelons régulièrement, on travaille sur différents projets et dès que l’on peut s’inviter sur un évènement, on le fait. C’est un musicien extraordinaire, il a une grâce et un son incroyables. C’est aussi une belle personne. Il est généreux, simple, humble, qui a de bonnes valeurs et c’est toujours un honneur de jouer avec lui. Il fait partie des grands musiciens que l’on a en France.
Je pense également à une autre rencontre dans ta carrière et il s’agit de Florence Foresti. Lorsque vous êtes sur scène ensemble, on ressent une belle complicité. Quel regard portes-tu sur son parcours ?
Quand on regarde ton parcours et tes collaborations, on a le sentiment que tu es sur trois formes d’expression, l’imitation, le chant et l’humour. Est-ce qu’il y en a une vers laquelle tu es plus particulièrement intéressé ou vers laquelle tu souhaites davantage te rapprocher ?
Je viens plutôt de la musique et du théâtre et c’est qui m’intéressait au départ. Je connaissais l’humour mais pas tellement l’imitation. Je me sens très à l’aise dans la musique mais sur scène, je ne suis pas chanteur, je ne vais pas chanter mes propres chansons. Je suis donc un peu entre ces trois disciplines entre guillemets. Le but de ce spectacle est de faire un spectacle de divertissement où les gens vont passer un bon moment, sans se prendre la tête, avec pour prétextes les imitations et la musique.
Retrouvez Michael Gregorio pour un duo Paul McCartney/Ray Charles sur "Yesterday" :
Est-ce que tu aimerais un jour avoir tes propres chansons ?
Envisagerais-tu dans ce cas de faire comme Maxim Nucci par exemple qui est devenu le personnage de Yodelice pour apporter un autre univers ?
C’est encore différent car il était déjà identifié comme chanteur et musicien à la base. Si je le fais, je le ferai dans le cadre d’un groupe, d’un projet et sous un pseudo. Ce n’est pas dit que je le fasse un jour car c’est une démarche totalement différente. C’est finalement bien de se cacher derrière quelque chose. Chanter ses propres chansons est une autre perspective.
Est-ce que tu écris, composes ?
Oui, j’écris et je compose. C’est quelque chose d’assez personnel que je faisais avant de faire de l’imitation et que je continuerai de faire quoi qu’il arrive. Je le fais pour le plaisir, je n’ai pas vraiment d’ambition avec ce projet. Je préfère ne pas dire jamais car peut-être qu’un jour, je le ferai et je serais ridicule d’avoir dit le contraire. En tout cas, j’écoute énormément de musique, ça m’accompagne et c’est vraiment une grande passion.
En 2009, tu remportes le Prix Salvador. Quelle a été ta réaction ?
Tu es né à Mulhouse et tu as vécu à Pau et en Lorraine, du côté de Verdun comme tu l’évoquais tout à l’heure. Est-ce que tu trouves qu’il est plus difficile de percer quand on vient de la province ?
C’est possible car on a moins accès à la culture, aux médias et aux contacts. Après, il y a beaucoup d’artistes qui viennent de la province et il y a même très peu de vrais Parisiens en fait.
Quel regard portes-tu sur ton ascension ?
Tu parles justement des salles dans lesquelles tu joues très souvent à guichets fermés, la tournée se passe très bien, tu vas de nouveau investir le Bataclan… Quel rapport as-tu avec le public ?
C’est un joli rapport. Plus qu’une médiatisation, de télés, de radios…, c’est surtout le bouche-à-oreille qui m’a aidé que ce soit à Paris ou en province. Cela a porté le spectacle et l'a fait grandir. Je suis souvent en tournées parce que c’est ce qui me plaît beaucoup et c’est très intéressant de rencontrer les gens, de voir des villes, de voyager dans de bonnes conditions avec une équipe que j’aime. En fait, il est vraiment là mon moteur, c’est cela qui me donne plus que tout l’envie d’avancer.
Ton deuxième spectacle s’appelle "Michael Gregorio pirate les chanteurs". Est-ce une touche d’ironie par rapport à l’industrie musicale ?
Oui, c’est juste pour le mot. On a choisi ce titre pour le spectacle car on y a réfléchi à un moment où les médias parlaient beaucoup de la Loi Hadopi. Comme j’imite les chanteurs, je les détourne en fait donc dans un sens, je les pirate.
As-tu des retours de la part des artistes que tu imites ?
Cela arrive et les retours sont toujours aimables. En même temps, cela ne peut que bien se passer car il y a souvent des caméras ou des micros. Ils sont entre guillemets un peu pris au piège. Ce serait donc encore plus intéressant de connaître leurs réactions s’ils n’étaient pas en public.
En 2009, tu as été le fil conducteur entre guillemets de l’émission "Vos chanteurs préférés" et au cours de laquelle tu as participé à de nombreux duos. Est-ce une expérience que tu aimerais renouveler ?
C’était un concept assez original dans une émission de variétés et j’ai vraiment aimé y participer. Si on me redemande, je le referai volontiers car ce fut une aventure très sympa.
Quels sont tes projets ?
Quel message aimerais-tu adresser au public ?
C’est une question pas évidente. Le message du spectacle est déjà de passer un bon moment, de venir se détendre, que tout le monde s’amuse et d’être ensemble pour une fête, un multi-concerts. J’essaie de faire passer le public dans une palette d’émotions, de moments très drôles à d’autres plus solennels, d’hommages même. Je pense que c’est sur scène que l’on découvre le mieux un spectacle donc j’espère qu’ils viendront me voir. C’est vrai pour tout le monde, il faut si possible voir les gens sur scène et ne pas se contenter des émissions de télévision et encore moins des vidéos prises par des portables et que l’on retrouve sur Internet. Un message qui m’est très important envers le public est merci, merci d’être là, de me soutenir et de faire vivre ce spectacle.
