Théau Berthelot
Il arrive simplement sur le côté, sans effet. Derrière lui ? Quatre panneaux qu'il va lui-même bouger en fond de scène avec les techniciens. Disiz ne fait pas dans le spectaculaire. Au contraire, il cherche à tout prix l'intimité. C'est là le but de cette première partie de tournée, qui le voit jouer dans des salles intimistes avant d'attaquer les grosses arènes à l'automne. Après un lancement bruxellois à l'Ancienne Belgique, le rappeur fait salle comble six soirs à l'Olympia, dont le nom est fièrement affiché en lettres rouges sur le fronton donnant sur le Boulevard des Capucines. Rouge comme l'amour et la chaleur que Disiz va imprégner à ce concert de 1h40 qui, même s'il est trop tôt pour faire les comptes, s'affirme déjà comme l'un des plus beaux de l'année.
"Ceux qui sont invités, lâchez-vous"
Ceux qui espéraient remonter dans le temps en hurlant "J'pète les plombs" seront déçus. À l'exception de deux titres de "Pacifique" (2017), Disiz construit uniquement son concert autour des morceaux phares de ses deux derniers albums "L'amour" et "On s'en rappellera pas", qui lui ont offert un virage plus électro-pop, un nouveau public et deux nominations aux Victoires de la Musique. Preuve en est avec le génial "Casino", dégainé au bout de dix minutes et qui transforme l'Olympia en karaoké géant. « La vie c'est chelou wesh » entonne celui qui ne cesse de répéter qu'on vit « une époque compliquée ». Telles les vagues qu'il chante dans ses morceaux, Disiz élabore son concert comme un grand huit émotionnel, entre moments suspendus et décharges d'énergie libératrices. À l'image de l'onirique "surfeur", malheureusement sans Laurent Voulzy. « T'es où Laurent ? » entend-t-on dans la fosse lorsque sa voix résonne dans les enceintes.
Sur scène, surmonté d'un drap en forme de nuage, l'artiste est entouré de six musiciens qu'il décrit comme ses Avengers. Et qui surprennent : car plus les années passent, plus Disiz fait sa mue en rockstar. Il n'y a qu'à écouter certains solos, des titres où trois guitares s'affrontent sur scène ou le final du morceau "le récif" qu'on croirait sorti des tiroirs des Cocteau Twins. Des instants de pure poésie contrebalancés donc par des effusions folles : "Rencontre", d'ordinaire chanté avec Damso, retourne une fosse qui explose littéralement quelques minutes plus tard sur le jouissif "Amsterdam", qu'il recommence plusieurs fois pour chauffer le public. « Si vous êtes invité, lâchez-vous. Si vous avez payé, lâchez-vous encore plus ! » lance-t-il, hilare, avant d'enchaîner avec l'incontournable "Melodrama". Mais là encore sans Théodora, à notre grand désarroi.
@purechartsfr Surprise ! Pour le premier de ses six concerts à l’Olympia, disiz a invité @KidCudi sur scène pour leur duo "try try try" 💥 #Disiz #kidcudi #concert #Paris #olympia ♬ son original - Purecharts
La surprise Kid Cudi
La redescente se fait plus émouvante : racontant ses souvenirs d'un cyclone à la Réunion, Disiz brise la carapace sur "Qu'ils ont de la chance", en hommage aux disparus. Un rideau tombe : y sont diffusées plusieurs peintures dont celles de David, sur lesquelles se superpose la silhouette du rappeur. Ombre et lumière pour un artiste qui préfère "rire de pleurer" sur des guitares reverb' à la Mac DeMarco. Comment sécher ses larmes ? Vibrer sur "Beaugarçonne" et "All In" ou chanter à tue-tête "try try try". Quand tout à coup Kid Cudi débarque sur scène. Jamais l'Olympia n'avait atteint un aussi haut niveau de décibels. Une minute de présence tellement charismatique qu'on lui pardonne son concert raté à Rock en Seine l'été dernier.
Le nuage au-dessus de la scène finit par descendre et recouvrir les musiciens. Une fin poétique que Disiz accompagne d'un rappel sur le fil, seul sur scène avec son guitariste, pour une version acoustique de toute beauté sur "Oh Madeleine", dédié à sa fille : « Cette chanson, c'est pour ceux qui croient que rester en vie est une noble cause ». Torrent d'émotion pour un concert dont on se rappellera longtemps.