Bestimage
En août, le prestigieux magazine Time dévoilait sa liste des "Girls of the Year", qui met en vedette « de jeunes leaders qui inspirent les communautés du monde entier ». Et parmi les 10 lauréates figurent une artiste française que le public connaît bien : Zoé Clauzure. En novembre 2023, alors âgée de 13 ans, elle remportait l'Eurovision Junior sous les couleurs de la France avec sa chanson "Coeur". Depuis, la chanteuse s'est illustrée au Paradis Latin dans "Mon Premier Cabaret" sous la direction de Kamel Ouali et a sorti plusieurs singles dont "Invisible". « Qu'as tu fait de mal ? Personne ne s'en souvient, personne ne s'en soucie / Tu crois, que c'est normal, d'être celle qu'on évite, Tu crois qu'tu le mérite (...) Demain tu seras invincible, mais pour l'instant tu te crois invisible » chante-t-elle sur le fil de l'émotion dans cette chanson intime, avant de le dire : « Oui j'ai connu ça ».
"The Voice Kids", un rêve devenu cauchemar
C'est pour son engagement en faveur de la lutte contre le harcèlement à l'école, et notamment sa position de jeune ambassadrice de la fondation The Non-Violence Project, que Zoé Clauzure est célébrée par le magazine américain. Car si la jeune adolescente arbore un sourire radieux dès qu'elle apparait devant les caméras, elle cache une souffrance qui a débuté lorsqu'elle mise à vouloir devenir chanteuse. Son rêve ? Participer à "The Voice Kids", l'émission pour enfants diffusée sur TF1. « J'avais fait un concours de chant dans ma ville, dans un cinéma, et j'étais la plus jeune des candidates. Les gens aimaient ce que je faisais, ça a été un vrai encouragement. (...) L'année d'après, ma maman a appelé "The Voice Kids", je n'étais pas au courant, et elle leur a envoyé une vidéo quand je chantais dans ma chambre. Elle a eu une réponse positive et on me l'a annoncé en public à la piscine municipale. C'était juste incroyable. Mais c'était une annonce publique et c'est aussi comme ça que mon harcèlement a commencé » se remémore-t-elle dans "Le monde d'Elodie" sur Franceinfo.
"Toutes ces moqueries, ces insultes..."
Pendant des années à l'école primaire, Zoé Clauzure va devenir, par jalousie, le souffre-douleur de ses camarades. « En tant qu'enfant de neuf ans, tu ne sais même pas ce que c'est. C'était un peu confus pour moi. Au fur et à mesure, j'ai commencé à en parler à mon frère, à ma maman, à mon papa et ils m'ont dit que ce n'était pas normal. À partir de là, ça a été de plus en plus fort avec des menaces de mort, des coups, des appels tout le temps. C'était vraiment très dur » se rappelle la jeune artiste, enfermée dans un cercle vicieux : « Elles incitaient les autres, et même les petites soeurs des harceleurs à me tirer les cheveux, à me mettre des coups. Je revenais avec des gros bleus, c'était vraiment compliqué ». Lorsque ses parents ont tenté d'alerte l'administration académique de ces faits, ils se sont retrouvés seuls : « La directrice a dit qu'elle ne pouvait rien faire, que je devais quitter l'école et qu'elle ne pouvait pas assurer ma santé physique et mentale ».
Une situation ubuesque à laquelle Gabriel Attal, alors ministre de l'Éducation nationale et de la Jeunesse, a mis fin avec la publication d'un décret en août 2023 stipulant que c'est l'élève responsable de harcèlement scolaire qui doit être transféré dans un autre établissement, et non la victime. « Je pense qu'aujourd'hui, ça fait beaucoup de bien aux gens qui sont harcelés de pouvoir rester dans leur collège » se félicite Zoé Clauzure, fière que sa musique puisse aider d'autres jeunes à traverser ces épreuves. Sur les réseaux sociaux, elle reçoit régulièrement des remerciements de la part de parents ou d'enfants : « Le harcèlement scolaire m'a tellement mis dans un état dérisoire, toutes ces moqueries, ces insultes... De recevoir des messages comme ça, c'est insensé. Je me dis qu'à travers la musique, j'arrive à sauver la vie de quelqu'un, c'est juste inimaginable. Je suis vraiment hyper reconnaissante ». Une belle revanche !