Paloma sort son premier album : "Ça ne m'intéresse plus d'être là où on m'attend"
Artiste aux multiples facettes et gagnante de "Drag Race France" saison 1, Paloma sort son glaive du fourreau avec l'album "Château intérieur". Un projet cinématographique né d'une rupture amoureuse, que l'icône nous décrypte dans un entretien à son image : baroque et sans langue de bois !

Kameliya Stoeva
Propos recueillis par Yohann Ruelle.

Tu es comédienne, humoriste et bientôt réalisatrice. La musique, c'est pour toi un projet parallèle. Pourquoi tenais-tu à faire cet album "Château intérieur" ?
Franchement, je ne pensais pas que ça ferait partie de ma vie. J'ai toujours fait beaucoup de trucs. Ma mère a toujours dit : "Tu es un touche-à-tout, tu fais plein de choses, tu t'ennuies vite, tu as besoin de faire mille projets." Mais la musique, ça ne faisait pas partie de mon bingo. (Rires) Non pas que je n'aime pas ça, la musique est très importante dans ma vie. J'ai toujours besoin qu'il y ait de la musique pour créer. Et puis le drag, c'est très musical. Mais la chanson, moi chanter, tu vois, ce n'était pas... Je ne sais pas si je me sentais très légitime. Et puis il y a eu la BO de mon film "Paloma" qui m'a dépassée avec la chanson "Love l'artère". J'ai un peu perdu le contrôle de ce truc, c'était un peu un accident, et le succès nous a un peu surpris, Marc Bret-Vittoz et moi, avec qui j'ai fait une grosse partie de l'album. En fait, c'est le compositeur de la musique de mes films depuis très longtemps. Il fait tout, même le générique de mon podcast, c'est lui ! Donc quand on a eu le succès avec cette chanson - tout est relatif, mais ça a quand même très très bien marché - on s'est dit : "Peut-être qu'il faudrait qu'on fasse un projet." Mais c'est resté très flou dans nos têtes...

La musique, ça ne faisait pas partie de mon bingo
Quel a été le déclic ?
Entre temps, j'ai fait la rencontre de Rebeka Warrior qui, un jour, s'est réveillée en me disant : "Je t'ai écrit une chanson." Je me suis retrouvée à enregistrer "P.A.L.O.M.A" avec elle et avec RAUMM, qui faisait la musique. Et là, ça a débloqué un truc parce que je me suis dit : en fait, je peux chanter ! Aujourd'hui, la technique fait que tu peux faire un peu tout ce que tu veux avec la voix, du moment que tu as quelque chose à dire et que tu as des bonnes idées musicales. Peu importe comment tu y arrives. Et puis, Marc a écrit "Glaive". C'est lui qui est arrivé avec cette chanson parce que je lui avais parlé de ce que je voulais raconter. Je voulais un truc un peu arthurien avec l'idée que je reçois une espèce de poids sur les épaules que je ne contrôle pas. Traduction : la couronne de "Drag Race France" et toutes les responsabilités joyeuses mais aussi très pesantes qui vont avec ! On est parti de là. Puis il s'est passé un truc dans ma vie perso...

Tu veux en parler ?
J'ai eu une rupture qui m'a complètement paralysée, alors que j'étais dans un tunnel professionnel où tous mes rêves étaient en train de se réaliser. Professionnellement, ça s'envole, et la vie ne suit pas. Mon coeur est brisé et je n'arrive plus à me lever le matin, je n'ai plus envie de rien. Je ne profite pas de la tournée avec mon spectacle, j'étais un légume dans le tour bus. Il fallait jouer le soir et être super devant les gens. Quand tu as un spectacle d'humour, tu incarnes des personnages. J'ai adoré, c'était génial, mais il y a des moments où je me disais : "Je ne suis pas en train de profiter à 100% de ce qui m'arrive parce qu'il y a une partie de moi qui est morte". Je pense que je suis quelqu'un de très intense et que je l'ai vécu de manière très intense aussi. Je n'arrivais pas à transformer ça en quelque chose de positif parce que pour moi, ça n'avait aucun sens. Je me suis alors dit : "Le seul moyen de donner du sens à ce qui se passe, c'est d'écrire." En trois semaines, un mois, tous les textes étaient écrits. On s'est allié à trois avec Marc et RAUMM et on a enregistré très vite. On a appelé Elips, Faust, Diamanda Callas. Et tout s'est enchaîné comme ça. Ça m'a sortie de mon marasme.

Je voulais faire une fresque médiévale
Il y a un concept, un univers très marquant sur l'album. Est-ce que tu avais déjà cette vision en tête, ou elle s'est matérialisée progressivement sur le tas ?
C'est un peu un mélange des deux parce que j'avais une idée très précise de ce truc un peu arthurien, médiéval, lesbienne, chevalier... Très Jeanne d'Arc, très Mylène, bien sûr, je l'assume à 2000%. D'ailleurs je lui ai dédié l'album, donc je ne peux pas le nier. (Sourire) Je voulais faire une fresque médiévale où toutes les chansons sont liées. Il y a une histoire. Tu commences par la première, il y a un ordre pour les écouter. Mais il y a des trucs qui se sont ajoutés au fur et à mesure, comme ce côté conte que j'essaie d'avoir dans les clips notamment, où chaque visuel parle d'un conte différent. Au début, c'était très sombre, c'était vraiment douleur, douleur, douleur. Puis au bout d'un moment, je me suis dit : "Il faut qu'il y ait une progression narrative." En fait, ça raconte vraiment du choc amoureux jusqu'à l'oubli. Je commence avec "Glaive" où c'est à la fois ce choc énorme pour moi, qui est un choc amoureux aussi. "Poison", c'est la relation toxique qui détruit, on se détruit l'un l'autre. "Chevalier Cathédrale" c'est la réalisation que l'autre ne va pas à la même vitesse que vous et qu'on ne va pas au même endroit. Après, il y a "Manifesto" qui parle d'un sujet qui est beaucoup plus grand que moi, un sujet féministe, mais il y a une idée de colère dedans. Tu as cette étape de la colère dans la rupture. Au bout d'un moment, tu détestes les hommes. Dans "Mercury Retrograde", j'avais envie de prendre de la hauteur. Je regarde le monde tourner autour de moi et je vois qu'en fait, tout s'écroule partout et que ce n'est pas juste moi qui vais mal. Puis après, on ramène de l'espoir. Il y a "SOS" avec ce cri d'appel et cette amie qui vient m'aider. "Eternité", c'est la possible rencontre de quelqu'un d'autre qui était déjà là mais que l'on n'avait pas vu. Et puis il y a "Château Intérieur", qui résume tout. Je débloque des portes les unes après les autres jusqu'à me pardonner et m'aimer à nouveau.

C'est presque plus un projet de Hugo que de Paloma, finalement !
En fait je pense que le public s'attend à une certaine musique chez les drag queens, c'est-à-dire une musique de club avec des punchlines, un certain beat. Les Américaines de "Drag Race" font ça. Dans la franchise française, j'ai l'impression qu'on offre quelque chose de très différent, que ce soit La Grande Dame, Piche ou moi. On est plus dans une démarche de faire de la musique. Et le drag est là un peu pour faire le lien. On sait qu'aujourd'hui, si on n'avait pas le personnage, peut-être que les gens n'écouteraient pas notre musique. Il y a un plafond de verre qui est difficile à briser tout de même. Si personne n'écoute mon album, bon, ce sera un peu dommage, mais en vrai, je m'en remettrai. Je ne me suis pas dit : "Je vais faire de la musique qui marche." Je me suis dit : "Je vais faire de la musique que j'aime qui va plaire à peut-être un petit groupe de fans très précis." C'est pour eux que je le fais. Je sais très bien que je ne vais pas me retrouver dans toutes les boîtes de nuit avec cet album, et ce n'est pas le projet. (Rires) Le personnage de Paloma, limite j'essaie de le gommer un peu sur cet album. C'est-à-dire que c'est un prétexte pour faire de la musique, mais au final, tu l'as bien dit, je ne parle que de moi. Je pense que c'est le truc le plus intime que j'ai jamais fait.

C'est le truc le plus intime que j'ai jamais fait
Sur la pochette, tu te présentes comme une guerrière, un personnage de tableau. Est-ce que la fiction, ça permet de mettre de la distance ?
Dans les visuels, j'essaie de faire un personnage drag qui soit moins drag que d'habitude. J'avais envie d'effacer un peu tous les trucs de drag qu'on peut voir dans les clips habituellement où on est avec des tenues métallisées, futuristes, des énormes perruques, beaucoup de couleurs. Je pense que la démarche de l'album est plus cinématographique. C'est un peu un prétexte pour faire des visuels, pour faire des clips et aussi pour enrichir mon personnage de Paloma qui, finalement, n'existe qu'à travers ça aujourd'hui. Aujourd'hui, je ne fais quasiment plus de lipsyncs en boîte de nuit. Mon personnage, je le préserve pour des choses un peu rares, qui ont vraiment du sens.


Utiliser des codes féminins, je ne peux pas le faire si je n'ai pas un discours derrière
Qu'est-ce qui t'a attirée dans cette inspiration médiévale ? C'est cette figure subversive de cette femme qui va à l'encontre des codes, à une époque où elle était soit considérée comme une génitrice soit comme une vile sorcière ?
C'est exactement ça. Ce n'est pas pour rien que je suis rousse en drag ! C'est très lié à Mylène bien sûr, mais c'est aussi lié au fait que je n'avais pas envie d'être une énième blonde. Pour moi, la rousseur, c'est les sorcières, c'est la femme diabolisée. Utiliser des codes féminins, je ne peux pas le faire si je n'ai pas un discours derrière. J'ai conscience qu'aujourd'hui, je reste un homme cis, homo, certes, mais avec tous les privilèges d'un homme cis, blanc, bourgeois. Il me paraît important de m'adresser aux femmes sans prendre leur place. Dans "Manifesto", c'était très important que certains discours soient dits par Faust. Je ne voulais pas dire : "Je suis la femme vengeresse." Non, je ne suis pas une femme. C'est elle, la femme. Le côté arthurien, c'est déjà la réhabilitation de la figure de Jeanne d'Arc. J'en ai marre qu'elle soit associée au Front National. C'est la figure d'une femme violée en prison, c'est la figure d'une femme qu'on traite de folle. Pour moi, c'est une figure féministe. Ensuite, j'adore le côté complètement fantasmagorique de la quête arthurienne. J'aime bien l'idée de partir à la conquête de soi-même à travers une quête extérieure. J'avais cette image de Paloma à cheval qui traverse toutes les intempéries, alors qu'en réalité, son coeur est juste brisé. Il se trouve que je suis reine, tu vois, et ça me fait toujours un peu rigoler d'avoir une couronne. Comment je peux ramener du féminisme là-dedans ? C'est en transformant toutes ces reines en guerrières en fait. C'est en les rendant actrices de leur destin, et pas juste à attendre en haut d'une tour.

Est-ce que tu avais des références artistiques en tête ?
La référence ultime, c'était Lady Oscar. Je tourne le clip de "Glaive" très bientôt, et c'est vraiment ça ! Toutes ces figures très romantiques et androgynes de chevaliers m'inspirent beaucoup, comme le Chevalier d'Eon. Beaucoup de mangas qui se passent au XVIIIe siècle. "Barry Lyndon", tous les contes, mais aussi beaucoup Edgar Allan Poe et Charles Baudelaire bien sûr. Et musicalement, la new wave, je suis à fond : Alphaville, Erasure, Depeche Mode... Dans "Mercury Retrograde" ou dans "Chevalier Cathédrale", l'idée c'était vraiment des génériques des années 80 genre "Albator". J'aime bien quand dans la musique, il y a plein de choses un peu kitsch mais que ça reste très sérieux. Je n'aime pas la chanson drôle, par exemple. Je trouve qu'une bonne chanson est toujours un peu dark, même "Manifesto". Je veux une chanson club, mais ce n'est pas drôle.

Parler des femmes trans, c'est politique
Justement, tu reverses tous les droits de la chanson "Manifesto" au collectif ExisTransInter. Quel est le sens de cette chanson et de cette démarche ?
Comme je voulais parler de la colère qui était liée au sentiment amoureux, et donc à la colère envers les hommes, je me suis dit : "De quoi je parle aujourd'hui en 2025 ?" Le plus gros enjeu dans notre communauté, c'est d'inclure les femmes trans dans nos conversations, parce qu'elles sont les plus précaires, elles sont les plus en danger, elles sont les plus exclues de la société. Et je trouve qu'aujourd'hui, dire "toutes les femmes" et parler des femmes trans, là, c'est politique. Cette chanson, elle est pour toutes les femmes qu'on ne voit pas. Je parle des femmes atteintes d'un cancer du sein dans la chanson. Toutes ces femmes qui ont des corps meurtris, ou qui ont des corps qui sont objectifiés. Elle parle à la fois de violences sexuelles, de violences domestiques, des corps meurtris, de la sursexualisation du corps de la femme. C'est important d'avoir un message. Et c'est la version trash de "XXL" [de Mylène Farmer] d'ailleurs. Ce sont les mêmes accords ! On a fait ça pour que Faust puisse faire un mashup des deux.

Dans les crédits, il y a cette phrase : « Remerciements à Mylène Farmer pour l'inspiration éternelle ». Pourquoi te fascine-t-elle autant ?
Ce qui me fascine le plus, c'est que – et je me reconnais vachement là-dedans – Mylène est quelqu'un qui n'a pas choisi son public. Moi, je ne veux pas choisir mon public. J'ai toujours aimé la culture du privilège comme le cinéma très intello, la musique classique, mais j'ai toujours adoré la culture populaire. J'ai toujours eu l'impression que j'étais un OVNI parce que j'aimais les deux. Mes réalisateurs préférés sont souvent des femmes : Danièle Thompson et Agnès Jaoui, ce sont des gens qui parlent de la bourgeoisie mais de manière populaire, ou qui parlent de la classe populaire avec un regard bourgeois. Choisir son public, c'est le pire snobisme dans un sens comme dans l'autre. Ce que j'aime chez Mylène, c'est que pendant des années, elle parlait de Baudelaire et de Rimbaud dans sa musique, ou du "Petit Prince" de Saint-Exupéry et du "Livre tibétain de la vie et de la mort" de Sogyal Rinpoché. Elle était snobée par les grandes institutions alors qu'elle a toujours eu une exigence intellectuelle énorme, alors qu'elle savait que son public n'avait pas forcément les codes. J'ai fait des files d'attente de huit, neuf heures devant des Zénith pour voir Mylène. Effectivement, il y avait des Karine et des Kevin qui n'avaient pas lu Baudelaire... mais qui savaient très bien quel poème de Baudelaire se retrouvait chez Mylène. Elle a quand même réussi à faire ça ! Elle a fait un tour de force dans la chanson française : réunir plein de publics différents et plein de références.

Comme Mylène, je ne veux pas choisir mon public
Les chansons sont des portes d'entrées...
C'est l'art le plus fort. Ça dépasse le cinéma, ça dépasse la peinture, ça dépasse tout. Tout le monde peut être touché par la musique, et ça dépasse toute forme d'intellectualisation. C'est pour ça que Mylène ne fait pas d'explication de texte. Elle a bien raison ! Tu comprends ce que tu as envie de comprendre. Si tu ne comprends pas le sens de la chanson, mais que tu es touché par l'émotion, c'est déjà bien.

Le premier titre que tu as dévoilé, "Poison", est un duo avec Elips, mis en lumière dans un clip inspiré par le mythe de Blanche Neige. Mais avec un twist lesbien ! Est-ce qu'il y a chez Paloma un goût de la provocation ?
Disons qu'on peut le voir comme ça, mais on peut aussi se dire que notre lecture classique des contes est quand même un peu binaire et un peu manquante. Pourquoi Blanche-Neige ne serait-elle pas perverse aussi ? Pourquoi c'est forcément la reine la méchante, tu vois ? Mon icône absolue, par exemple, c'est Milady dans "Les Trois Mousquetaires". C'est la méchante, mais quand tu regardes bien, elle s'est fait violer par D'Artagnan, elle a été pendue à un arbre par Athos. Elle a des raisons d'être en colère quoi ! Pour moi, c'est une icône féministe. C'est plus intéressant aujourd'hui, si on parle de relation toxique, de ne pas être uniquement dans un point de vue binaire. On est toujours deux dans une relation toxique. Le fait que la reine soit amoureuse de Blanche-Neige, ça l'humanise, mais ça donne aussi une arme à Blanche-Neige pour devenir à son tour la méchante. Est-ce qu'elles ne sont pas juste en train de se battre à cause d'un truc qui s'appelle les hommes ? C'était ça que je voulais raconter. Il faut tuer la bête, il faut tuer le patriarcat.

Il y a aussi des collaborations avec Diamanda Callas et Faust. Ça te tenait à coeur que cette aventure soit collective ? J'ai l'impression qu'on retrouve cet esprit de sororité du drag...
Oui, j'ai même hésité à ne faire que des duos à un moment. Je trouve que le drag est souvent un art un peu individualiste. Je me suis dit : "Pourquoi ne pas partager la scène un peu et faire des choses ensemble ?" On a des univers très similaires tous les trois. J'avais envie de parler de ça aussi : de sororité, de famille d'artistes. Diamanda, je souhaite à beaucoup de gens de savoir chanter comme Diamanda. J'étais très intimidé de partager la chanson "Éternité" avec elle.

On fait avancer les choses avec des choses très simples
Sur Instagram, tu as parlé d'une "croisade musicale contre le patriarcat". À l'heure où le rap se dépolitise, la musique peut-elle encore faire bouger les lignes ?
Oui. Les gens sont touchés par la musique avant d'être touchés par le texte. Tu peux dire des choses très politiques dans une chanson et les gens ne vont pas s'en rendre compte tout de suite. Il n'y a pas besoin de faire des choses très compliquées. Regarde Clara Luciani avec "La grenade". Angèle, mine de rien, à sa petite échelle qui est quand même une grande échelle... C'est du "féminisme pour les nuls", mais n'empêche que quand tu entends des gamines de 10 ans chanter "Balance ton quoi", tu te dis : "OK, elle a réussi à faire un tube." C'est comme ça qu'on fait avancer les choses, avec des choses très simples. En tout cas, moi en tant que drag queen, je ne me vois pas faire de la musique sans parler de ce sujet-là. J'incarne une figure féminine, mais c'était très important pour moi que les couples que j'incarne à l'écran ou dans les chansons ne soient pas des couples hétéronormés. Je trouve ça tellement cool de me dire que je chante des chansons avec des mecs cis en drag, et qu'on incarne des figures lesbiennes ! (Rires) Je me dis : "Là, c'est double fuck au patriarcat."

Est-ce que tu prévois un concert ou une tournée pour faire vivre cet album sur scène ?
On me le demande, mais je ne sais pas. Je me vois plus faire un spectacle où il y aurait une forme visuelle très importante, mélangeant la musique, la vidéo, le spectacle. Je ne me vois pas adossé à un piano à exposer mes faiblesses vocales. Je pense que personne n'a besoin de ça ! J'aime l'idée que je me suis créé un répertoire pour performer. Comme ça, je peux laisser le répertoire de Mylène un peu tranquille quand je lipsync (Rires) Je me vois bien faire un truc hyper baroque et gothique, dans la fumée, avec une grille de cimetière. Ça ressemble au "Tour 89" de Mylène, tu me diras !

Bambi, ce sera un grand film populaire sur un sujet très queer
Autre aventure : tu vas réaliser ton premier film sur "Bambi", figure mythique des cabarets parisiens. Qu'est-ce qui t'a intéressé dans son destin ?
Sa vie est folle, et c'est une personne géniale. C'est une amie, c'est un peu ma grand-mère de cœur. On a tellement besoin de discours comme ça aujourd'hui, parce que des récits trans, on en a déjà eu, très peu, et toujours très misérabilistes. Bambi c'est tout l'inverse, c'est l'optimisme. Sa recherche de l'ordinaire est extraordinaire. On a besoin de modèles comme ça, de montrer que transidentité ne veut pas dire mort, transidentité ne veut pas dire malheur. Elle a bravé tous les impossibles. Elle est devenue prof, elle a eu les palmes académiques. C'est un destin dingue ! C'est une partie de mon histoire aussi en tant qu'artiste drag.

À quoi va ressembler le film ?
Le projet, c'est de faire un grand film populaire avec des moyens de films populaires, mais sur un sujet très queer, avec que des personnes queer à l'écran : 14 personnages de femmes trans incarnés par des femmes trans, plus des dizaines de personnages queer à l'écran. On est en plein dans les castings. On a trouvé tous les personnages principaux. Là, on est en financement et on tourne en avril.

Dernière question : si Nicky Doll vient un jour à arrêter la présentation de "Drag Race France", tu aimerais reprendre le flambeau ?
Nicky le fait extrêmement bien. Je ne sais pas si je le ferai mieux qu'elle. Ma place aujourd'hui, elle est ailleurs. Après, si on me le proposait, peut-être que je me poserais la question. Mais présenter une émission, j'adorerais. Je me vois plus faire une émission où le drag serait lié à d'autres choses : au cinéma, à la musique... Je me vois plus faire une émission culturelle où Paloma sera une présentatrice mais le drag ne sera pas le sujet. Je trouve que c'est intéressant de mélanger les trucs et de ne pas être tout le temps à l'endroit où on vous attend. "Drag Race", c'est là où on attend les drag queens aujourd'hui, et moi, ça ne m'intéresse plus trop d'être là où on m'attend.

Par Yohann RUELLE | Journaliste
Branché en permanence sur ses playlists, il sait aussi bien parler du dernier album de Kim Petras que du set de techno underground berlinois qu'il a regardé hier soir sur TikTok. Sa collection de peluches et figurines témoigne de son amour pour les grandes icônes de la pop culture.