Tôt ou Tard
Propos recueillis par Yohann Ruelle.
Tu sors ton premier album "À l'équilibre". Comment tu vis cette étape importante ?
Je le vis très bien. C'est un peu stressant parce que c'est un premier album. Il y a énormément d'enjeux ! Aujourd'hui, j'essaie de me faire une place dans ce milieu-là, que ce soit en radio, en télé, sur les réseaux, pour élargir mon public. Il y a donc un peu de pression mais en même temps, je suis hyper serein parce que je suis très fier de ce que je vais proposer dans l'album. Et puis je sais que j'ai un public qui me suit déjà.
Le plus dur je pense, surtout pour moi qui n'écrivais pas à la base, c'est de réussir à comprendre comment on écrit des chansons. Mais finalement, on bosse avec des gens dont c'est le métier. Donc moi, j'avais juste à donner mes idées, donner des petits bouts de phrases pour commencer et puis ensuite j'enchaînais avec deux phrases, trois phrases, un couplet, un refrain... Et puis finalement voilà, j'avais de quoi écrire.
C'est un exercice que tu as appris à apprivoiser sur le tas ?
Exactement. On se prend au jeu quand même ! Si tu arrives en studio et que tu vois les auteurs bosser sur tes chansons et que tu dis rien, je sais pas, c'est un peu bizarre. Dans ces cas-là, il vaut mieux recevoir des chansons en lot et puis toi tu choisis dedans. Il y en a très peu comme ça des chansons de l'album. La plupart, on les a créées en studio. J'étais là, j'ai passé la journée avec les artistes et tout ça a infusé naturellement.
Comment avez-vous fait pour trouver la ligne directrice musicale ?
Je n'avais pas de ligne directrice, c'est le truc qui a toujours été un peu compliqué. On sort d'une émission, les gens nous ont mis dans des cases et moi, c'était le chanteur de variété avec une grosse voix. Il y en a d'autres, c'était plutôt de la pop. Je voulais peut-être un tout petit peu sortir de ça parce qu'aujourd'hui, encore une fois, pour se faire une place dans ce métier, on n'a pas le choix que de s'adapter à ce qui se passe autour de nous. Bien sûr, je n'ai pas du tout renié le fait que j'aimais la variété ! Je me suis juste adapté. Il y a des textes de variété avec des prods pop, qui sont un peu plus dans ce qu'il se fait aujourd'hui et ça s'est fait hyper naturellement. Maintenant, je ne m'étais pas dit que j'allais faire que de la pop ou que de la variété. S'il y a du rock là-dedans, en vrai je le prends. C'est pour ça d'ailleurs qu'il y a une chanson qui s'appelle "Qu'on s'attache", plus disco. Cette chanson je l'aimais tellement que je ne me suis pas posé la question : j'ai dit "on va la mettre dans l'album".
Parce que Vianney, il est occupé à autre chose là en ce moment. (Rires) Il construit sa cabane, je pense qu'il a autre chose à faire pour l'instant. On s'est croisé quelques fois dans le label. Quand il aura le temps, quand on aura le temps tous les deux, on se posera et j'aimerais qu'on puisse discuter de pourquoi pas collaborer ensemble. Parce que moi, j'aimerais beaucoup lui commander une chanson, tu vois ? Il est beaucoup trop fort, vraiment ! Donc pourquoi pas. Maintenant, je ne me mets pas de pression.
Dans "Hypersensible", tu chantes : « Moi dans la cour, j'traînais tout seul le plus souvent ». Dans une récente émission, tu as parlé des moments difficiles que tu as vécus à l'école avec une professeure. Ce genre d'histoire, d'épreuve, ça laisse des traces ?
Moi en tout cas, ça ne m'a pas laissé de trace. Même si je rencontre un problème, j'ai cette chance que ça me passe au-dessus. J'avance quoi qu'il arrive. Les problèmes, je les fous au feu, je les oublie et j'y pense plus. Maintenant, c'est toujours en moi forcément. Donc ça m'aide aussi pour écrire, pour insuffler des émotions dans mes textes. Rester dans son coin à l'école, ça a pu arriver à tellement de monde. Je me suis dit : même si c'est un truc qui paraît tellement bête, c'est OK s'il est dans le texte. Il va toucher du monde.
Parler de ce genre de sujet, en tant que personnalité publique, c'est aussi se dire que ça pourra peut-être en aider d'autres ?
Oui, comme quand je parle de l'hypersensibilité en tant qu'homme. Ça peut déranger certaines personnes d'ailleurs, que je ne sois pas légitime à parler d'hypersensibilité. Mais vous êtes qui pour juger ? Il n'y a pas d'échelle d'hypersensibilité. Si toi tu te sens hypersensible, très bien. Et ça donne encore plus de force d'avouer ce genre de choses.
J'ai l'impression que la chanson "Si demain tout s'arrête" est une façon pour toi de redéfinir qui tu es, après une émission où tous tes faits et gestes ont été observés, décortiqués et interprétés dans un sens ou l'autre. Je me trompe ?
C'est exactement ça. Je voulais une chanson qui parle de moi à 2 millions de pourcents, qui me ressemble. Ce texte, on l'a écrit avec Chiloo et Lucie Bernardoni. J'étais à la fin de tournée des Zénith avec les copains de la "Star Ac" et je me retrouve tout seul un soir. Il y a ce moment où tout tombe et tu te dis : "C'est dingue tout ce qui vient de se passer. Est-ce que je vais réussir à rebondir ? Est-ce que je vais réussir à créer un album dans une maison de disques, à faire ma propre tournée ?" Tu as ce moment de doute de dingue. Je suis en pleurs et j'appelle Lucie pour lui demander son aide. Elle me dit : "Attends, déjà ce qu'on va faire, c'est qu'on va écrire une chanson là-dessus". Donc voilà, j'ai parlé de moi sans filtre. Quand je dis "Et si je râle pour rien alors je râle encore", c'est parce que c'est moi. Et j'emmerde ceux à qui ça pose un problème.
Ouais c'est pas facile. Après, les critiques, ça me passe encore au-dessus parce que je suis très bien entouré. Je pense que c'est ma nature aussi. Critique-moi autant que tu veux ! Parle de moi, que ce soit en bien ou mal, au moins tu parles de moi. J'essaie de tout prendre en positif. Le message négatif, à peine je vois la première phrase dans mes DM qu'il est supprimé. Je ne le calcule pas. Sauf si ce sont des messages un peu drôles. Autrement, je ne vois que des messages d'amour toute la journée. C'est que de la gentillesse et c'est tout ce que je retiens.
Ton nouveau single "Famille ou pas famille" cache une histoire forte. Comment a été écrite cette chanson ?
C'est Noé Preszow qui a écrit cette chanson, un artiste signé dans le même label que le mien qui est monstrueusement fort. Je pense que c'est un des seuls artistes qui écrit des chansons qui me touchent autant. Il a écrit "Quelque part un chemin", il a écrit "Famille ou pas famille" et ce titre justement, c'est une histoire qui est complètement le contraire de ce que moi je vis. J'ai la chance d'avoir une famille tellement soudée, tellement forte. Ils n'ont jamais dit non à ce que je voulais faire, ils m'ont toujours poussé, toujours soutenu. Mais j'ai rencontré des gens, une personne pour qui ce n'est pas le cas. Des problèmes de sexualités qui ne sont pas acceptées, de différence si tant est que c'en soit une. Et la famille n'acceptait pas ça. C'est pour ça qu'elle me touche d'autant plus : cette chanson, je la chante en pensant à toutes les personnes qui n'ont pas autant de chance que moi. C'est le pouvoir de la musique. Moi, ce que je veux, ce sont des textes qui me touchent et un texte qui me touche, ce n'est pas forcément un texte qui parle de moi. La musique, elle est là pour faire du bien à tout le monde. Du moment qu'elle a un message fort à transmettre, c'est bon.
On a beaucoup parlé de tes échanges avec Lââm. Voilà. Tu fais donc partie de la famille de Julien Doré !
Bien sûr ! C'est mon grand frère. (Rires) Non non, pas du tout. Elle a mis un petit commentaire qui, je pense à la base, était vraiment de la rigolade. Ensuite j'ai répondu à la rigolade et elle a vu que je ne l'ai pas mal pris donc finalement tout va bien. Elle m'a dit qu'elle adorait ce que je faisais. On est vite passé à autre chose.
Pas une seule seconde. Pas une seule seconde ! En plus, Charles Doré, je trouve que ça sonne bien. Les gens se posent des questions tout le temps. Même depuis que je suis tout petit, à l'école, les gens me disaient : "Mais il est de ta famille Julien Doré ?" Il y en a plein à qui j'ai fait croire que oui pendant des mois et des mois ! (Rires) Il y a Julien Doré, il y aura Charles Doré maintenant, c'est comme ça et c'est très bien.
Tu découvres la partie business de la musique. C'est un aspect qui te plaît ?
Depuis que je suis tout petit, j'ai la volonté d'entreprendre. Je veux créer des choses. Je veux gagner mon argent, je ne veux pas avoir de limite. Quand je suis arrivé dans ce milieu, comme la chanson a commencé par la passion, je n'y pensais pas trop. Tu kiffes tellement ce qui se passe ! Alors oui, quand on fait une tournée des Zénith, bien sûr il y a de l'argent qui tombe. On est jeunes, voilà, on profite. Maintenant, le côté business, il est un peu délégué parce qu'il y a une équipe autour de moi, mais bien sûr j'apporte mes idées. J'essaie d'avoir le nez dans beaucoup de choses. Ils sont très transparents sur les chiffres et c'est ça que j'aime bien aussi. Je me rends compte de ce que ça coûte, de ce que ça représente, de ce que je rapporte, de tout ça. C'est un côté assez plaisant !
On n'imagine pas forcément la somme de travail des équipes autour...
Oui, c'est ouf ! C'est une industrie qui est quand même assez folle. Tout ce que ça représente, ce que ça coûte, pour faire un concert par exemple, avec la location de la salle, le salaire des techniciens, c'est assez dingue. Et c'est pour ça que je suis très content d'avoir signé dans un label et d'avoir un tourneur qui me suit aussi dans cette aventure.
Ah ouais, clairement ! Il y en a plus que d'autres parce que c'est humain, il y a des gens avec qui on a moins de liens. Mais oui Maïa, Franck, Ebony, Marine, Ulysse... Franck est tout le temps à la maison. On est tout le temps ensemble avec Maïa. Je suis tout le temps chez Lucie, je vois très régulièrement Michaël [Goldman]. On se voit vraiment très souvent. On est les seuls à avoir vécu cette aventure, à savoir ce qu'on a pu ressentir. Les gens ont beau dire "on comprend, ça devait être comme ci, ça devait être comme ça" : non, vous ne comprenez pas ! C'est encore beaucoup plus que ça. Il n'y a que ceux qui ont participé qui peuvent comprendre. (Sourire)
Parce que vous venez de la même émission, le public a tendance à jouer le jeu de la comparaison. Ça te met une pression ?
On serait des menteurs de dire que non parce que la vérité, c'est qu'on était en compétition. Mais il y a beaucoup moins de compétition aujourd'hui parce qu'on voit que chacun avance. On regarde forcément tout ce qui se passe autour de nous mais ce n'est pas de la jalousie, on regarde pour se dire : "OK, qu'est-ce que je pourrais faire ? OK, telle personne fait ça, bon ben je vais pas faire pareil." Voilà, mais il n'y a pas de jalousie, on s'entraide, on est très régulièrement à se faire écouter les sons qu'on fait. On se donne plein d'idées, on avance. On est encore très soudés et on se donne beaucoup de conseils.
Bien sûr qu'on est privilégiés. C'est une chance énorme de pouvoir participer et d'être pendant trois mois à la télévision tous les jours dans le salon des gens. Les gens s'accrochent à nous. On a tout de suite des contacts en télé, en radio, que certains mettent beaucoup d'années à obtenir. C'est quand même assez dingue de remplir des Zénith et de faire des Accor Arena ! Donc oui, c'est un accélérateur. Ce qu'on a fait en trois mois, je pense que ça prend cinq ans à faire. Maintenant, il y a ce truc où on peut se dire : "Ouais, il en est là où il est aujourd'hui parce qu'il a fait la Star Ac, s'il n'avait pas gagné, ça n'aurait pas été pareil." On te met la lumière mais si tu ne sais pas la gérer, ça redescend aussi vite que c'est monté ! Je prends les gagnants, Pierre Garnier, Marine par exemple. C'est pas parce qu'ils ont gagné la "Star Ac" qu'ils en sont là où ils sont aujourd'hui. Je pense que c'est parce qu'ils bossent et qu'ils ont su gérer la lumière. Si tu veux arriver plus haut, à toi d'utiliser les outils que tu as en main.
Après la tournée "Star Academy", tu t'apprêtes à lancer ta propre tournée solo. Comment tu abordes le fait d'être seul sur scène ?
J'ai hâte ! J'ai hâte de pouvoir rencontrer mon public à moi. C'est hyper égoïste parce que vraiment, je vais rencontrer les personnes qui ont payé pour venir me voir moi, et pas venir voir la "Star Academy" ou mes camarades. C'est de la pression parce que les gens attendent quelque chose. Ils attendent un bon spectacle. Ceci dit, la "Star Ac" nous a tellement aidés à apprendre à savoir parler au public, à savoir gérer une scène, qu'il y a un peu moins de pression. J'ai hâte que ça commence. Je pense que j'aurai un coup de stress vraiment une heure avant que le show commence, et après c'est parti.