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samedi 24 septembre 2022 16:16

Tarik en interview : "Après The Voice, j'ai eu peur que tout s'arrête"

Par Yohann RUELLE | Journaliste
Ancien finaliste de "The Voice", Tarik vient de publier son premier album "Ça pourrait être pire". Au micro de Purecharts, le jeune artiste livre ses impressions sur ce début de carrière à cent à l'heure, la place du slam en France, son lien avec Mentissa et Marghe, et son envie de bouger les lignes en parlant de sujets de société. Interview !
Crédits photo : Decca Records
Propos recueillis par Yohann Ruelle.

Le 8 mai 2021, tu prends part à la demi-finale de The Voice saison 10 et tu es éliminé de la compétition. Que se passe-t-il pour toi au lendemain de cette soirée ?
Le lendemain de la demi-finale, on est dimanche, je fais mes petites valises et je pars de l'hôtel. (Rires) Avec évidemment beaucoup de tristesse, pas forcément d'avoir perdu, mais que l'aventure prenne fin. Quand je suis rentré chez moi et que je savais que j'allais devoir retourner en cours le lendemain... Très hardcore ! Pendant une semaine, j'ai traversé une période un peu sombre, c'était difficile. La redescente était difficile. Tout retombe d'un coup, tout s'arrête. Après le bruit, le silence. J'ai eu peur. Je me suis demandé ce que j'allais faire, si c'était ma dernière scène, si j'allais continuer mes études de kiné... Il y avait mille questions qui me venaient en tête. Je m'ennuyais, je n'avais rien à faire ! J'ai passé une semaine dans mon lit. C'était dur, honnêtement.

« La redescente était difficile après The Voice »
Pourtant le 17 mai, tu annonces avoir signé chez Universal. Ça s'est enchaîné super vite !
Oui, j'ai compris que je m'étais inquiété pour rien et que ça allait très bien se passer. (Sourire) C'est allé très vite. Pendant l'émission, il y avait déjà des petites discussions. Beaucoup de candidats signent des précontrats et ils choisissent ensuite les talents qu'ils veulent signer. J'ai préféré attendre que l'émission se termine pour en parler.

Toi qui ne viens pas de ce milieu, tu as vécu comment ce tourbillon ?
C'est extrêmement impressionnant. Je me rappelle de la toute première fois où je suis arrivé aux studios. Les casting ça m'impressionnait mais je me disais : "De toute façon tu ne seras pas sélectionné alors kiffe". Je n'étais pas plus stressé qu'un autre. Quand j'ai appris que j'allais faire les auditions à l'aveugle et que j'ai découvert le plateau, les caméras, les fauteuils, mon genou n'a pas arrêté de trembler. Je n'arrivais plus à le contrôler ! Tous les producteurs me regardaient et se disaient : "Mais qu'est-ce qu'il a ce type ?" (Rires) J'étais en flippe totale. Je n'avais rien fait d'aussi gros auparavant, juste quatre ou cinq scènes ouvertes. C'est très peu. J'étais un de ceux qui avaient le moins d'expérience.

Mais ça t'a quand même porté chance.
Grave ! J'avais une espèce de fraîcheur, d'insouciance et de naïveté qui fait que je ne pouvais me présenter que sincèrement aux gens. Je ne pouvais pas me cacher derrière quoi que ce soit.




La médiatisation justement, tu en parles dans la chanson "En voilà une question". C'est un exercice compliqué de parler de soi ?
C'est de moins en moins dur. Au début, je ne comprenais pas trop pourquoi les gens voulaient connaître des détails sur ma vie. Je ne suis pas plus intéressant qu'un autre. Et puis l'exposition médiatique a amené des questions moins sympas, moins drôles... C'est ça qui m'a poussé à écrire cette chanson.

« Certaines personnes ont commencé à se monter la tête »
Tu fais référence à ton texte sur l'avortement interprété dans "The Voice" ?
Oui. Ça peut aller très vite sur les réseaux sociaux. Lorsque j'ai chanté "Mon chéri" aux auditions à l'aveugle, le soir même, j'ai reçu des messages de sympathie, des témoignages de femmes ayant avorté qui se sont senties comprises... J'étais très ému, très fier. Et puis après, revirement de situation : certaines personnes commencent à penser que le texte n'est pas respectueux, se montent la tête. J'ai eu le droit à des questions du type "Est-ce que tu es contre l'avortement ?". Alors que pas du tout ! Je n'ai pas écrit ce texte dans ce but-là. C'est à cette période que j'ai écrit cette chanson, "En voilà une question". Je n'ai aucun souci avec les échanges instructifs, au contraire c'est passionnant. Mais j'ai l'impression qu'il y a beaucoup de gens, dans les médias ou même en dehors dans la vie de tous les jours, qui sont davantage intéressés par des questions intrusives ou malsaines, qui ne sont pas appropriées et peuvent même détruire une personne. Il y a un côté agression passive. C'est dommage d'en arriver là dans certaines émissions, où les artistes se décomposent face à une question indélicate.

Comment on fait pour se protéger et protéger sa vie privée ?
Il faut juste rester calme. Il faut vraiment bien se connaître, pour ne pas douter et ne pas s'affoler. Ça fait partie du jeu, on va dire.

« Grand Corps Malade est une référence »
Avant Marc Lavoine dans "The Voice", tu avais croisé la route d'un autre artiste : Grand Corps Malade.
(Sourire) L'histoire elle est drôle ! J'ai eu un peu la vie de Tom-Tom et Nana quand j'étais petit, c'est-à-dire que je vivais au-dessus du restaurant de mes parents, à Saint-Denis. Mon père connaît pas mal de gens et notamment le papa de Grand Corps Malade, Jacques. A l'époque, j'avais déjà écrit "Mon chéri" et "Chauve-souris", et il tenait à lui montrer. Moi j'étais là : "Non non non, ne fais pas ça" ! (Rires) Mais il l'a fait quand même et tout naturellement, avec beaucoup de gentillesse, il a montré les textes à son fils. Une semaine après je crois, je suis dans mon lit, mon père entre dans ma chambre avec le téléphone et me fait : "Tiens, c'est pour toi". C'était Grand Corps Malade au bout du fil ! Il m'a encouragé à continuer en me disant que mon travail était super. Il m'a expliqué que lui avait commencé par des concerts amateurs au Réservoir à l'époque et qu'il fallait que je fasse de la scène pour kiffer et progresser. Ça m'a motivé à faire des scènes ouvertes, j'en ai fait deux, trois, quatre, et puis "The Voice" est arrivé.

Dans l'univers du slam, c'est une sorte de modèle de réussite ?
Très clairement. Si je demande à dix personnes de me citer un slameur, ils citeront tous Grand Corps Malade ! Même moi, à part Abd Al Malik, je n'en connais pas tellement. Grand Corps Malade, c'est le plus mis en avant de par son talent et sa qualité d'écriture. Il est très fort. C'est une référence dans le slam. Après, moi ce qui me passionne dans la musique, c'est de tout mélanger : la chanson, le slam, le rap... J'essaie vraiment de m'amuser avec ces trois outils.

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Au moment de se mettre à la conception de l'album, est-ce tu avais beaucoup de textes déjà écrits ? Ça a été facile de travailler avec une équipe ?
Ce n'est pas forcément simple, non. J'avais sorti deux chansons sur YouTube et à l'époque, je ne travaillais qu'avec mon compositeur David, que l'on retrouve sur deux morceaux du disque. Il validait, je validais, c'était sorti ! Le processus était rapide. Là, il faut faire valider par le label, faire valider par le directeur artistique, les réalisateurs, tout le monde donne un petit peu son avis... Il peut se passer beaucoup de temps. (Rires) Mais tant mieux quelque part, c'est ce qui fait que le projet devient riche ! J'ai fait des rencontres formidables, par exemple le titre "Ils rêvent" a été fait avec Mentissa. J'ai écrit tous les textes de l'album mais c'était hyper intéressant de bosser avec Mentissa parce qu'elle a des idées de mélodie magnifiques, et la personne avec qui on a fait cette chanson, Flavien, c'est le pianiste répétiteur de "The Voice". Il y a des petites connexions comme ça qui donnent vie aux morceaux. Il y a de belles surprises. J'ai pu bosser aussi avec une grande musicienne qui s'appelle Esther Abrami, qui a joué au Royal Albert Hall en soliste, rien que ça. Elle m'a fait l'honneur de faire un solo de violon sur mon album. Ça a été l'occasion de travailler avec plein de gens et de découvrir plein d'univers. Tu donnes, tu reçois, et c'est comme ça que tu fais un album.

« Je ne suis pas un chanteur très mainstream »
Tu le disais, le slam est un genre sous-représenté dans le paysage musical francophone. Ça a été simple de trouver la bonne direction avec ta maison de disques ?
Ce que j'apprécie beaucoup dans mon label, c'est qu'ils savaient ce qu'ils signaient. Je ne suis pas un chanteur très mainstream, très calibré pour les radios de base. Ils savaient vraiment quel projet ils allaient travailler ! Ils ne m'ont jamais demandé de faire moins de slam, ils m'ont laissé assez libre. Maintenant, leur expertise a compté. Il y avait une première version de l'album et quand je l'ai fait écouter au label, ils m'ont dit : "Il va falloir bosser encore". (Rires) Il faut vraiment prendre du recul quand tu reçois ça ! Et tant mieux, ils ont eu raison parce que quand je réécoute le premier projet, bon... Quelque chose manquait. Personne n'a la science infuse dans la musique mais il faut avoir un minimum d'humilité et se dire : "Ok, on tente autre chose". On a donc retravaillé certaines chansons mais je suis très content de ce projet, surtout que le processus a été long et éprouvant parce que j'ai dû mêler études et musique en même temps. Pour conjuguer les deux, c'était intense. Mes potes et mes proches m'ont vachement aidé. Là, je passe en troisième année, j'ai réussi mes examens !

Comment vous avez défini les thèmes que tu allais aborder dans ce premier projet ?
Quand j'ai commencé à écrire, je me suis rendu compte que j'avais un penchant naturel pour l'écriture mélancolique. Je me suis posé la question de savoir pourquoi je prenais souvent des thèmes difficiles comme sujets. Et je pense que c'est parce que moi je n'ai jamais rien vécu d'extrêmement triste. Depuis que je suis jeune, je suis un privilégié : j'ai fait le tour du monde, je suis allé à l'école, j'ai une famille géniale, je fais du sport, j'ai vécu dans un duplex... J'ai vraiment pas vécu la pire des vies. C'est sans doute pour cette raison que, déjà petit, je m'intéressais à la misère des autres, pour comprendre leur souffrance. Donc durant la conception du disque, je savais que j'allais avoir beaucoup de chansons tristes. J'aime en parler, des fois avec un peu de dérision comme dans "Ça pourrait être pire", des fois avec beaucoup plus de clarté et d'intensité, comme sur "Dernière fois". J'ai choisi les histoires et les thèmes que je voulais aborder tout seul, parce que j'estime que ça n'appartient qu'à moi de décider ce que je veux raconter. J'essaie, à travers mes textes, d'amener chacun à se remettre en question sur ce qu'il vit et à porter le regard sur l'autre.

« Je ne me suis jamais censuré »
Est-ce que tu t'es mis une forme de censure ?
Non, je ne me suis jamais censuré. Je ne l'ai jamais fait avant, je ne vais pas commencer maintenant. Quand j'avais écrit "Mon chéri", avec cette fin où la femme en question avorte, je me souviens que quelqu'un, peut-être ma mère, m'avait dit : "Tu ne devrais pas dire ça, parce que c'est un peu dur et tu ne sais pas comment les gens vont réagir". Tu vois, si je m'étais censuré, est-ce que les milliers de femmes qui s'étaient senties comprises auraient reçu le message de la même manière ? Je pense que ça n'aurait pas été le cas. Se censurer, c'est souvent passer à côté d'un élément. De toute façon, je ne suis pas là pour manquer de respect à quiconque dans mes textes. (Sourire) Je veux mettre en lumière les choses telles qu'elles sont, sans filtre, sans que ça fasse joli. Dans "Ça pourrait être pire", je dis des vérités atroces sur un ukulélé tout mignon !

C'est vrai que tu y vas frontalement en parlant de l'Afrique qu'on a pillée, des violeurs qui gagnent des prix...
Je crois que dans le slam ou le rap, il y aura toujours cette vague consciente. L'art en général a été fait aussi pour revendiquer des choses. Je crois que j'aurais du mal un jour à écrire des textes sans qu'il y ait une idée derrière ou un sujet d'actualité.




« C'était génial de bosser avec Mentissa »
Tu l'as mentionné, l'album renferme un très beau duo avec Mentissa, "Ils rêvent''. C'est un peu la prolongation de l'aventure "The Voice" ?
C'est ça ! Ça s'est fait naturellement mais j'ai été un peu filou. (Rires) Mentissa c'est comme ma soeur. On a vécu des moments extrêmement forts à "The Voice", avec elle et les autres talents ! C'était incroyable. On était dans un train pour un concert, j'avais Menti dans ma diagonale et je reçois le fameux piano du morceau. J'adore tout de suite et je commence à écrire, en me disant que ce serait cool qu'elle soit sur le morceau. Deux mois plus tard, elle vient sur Paris et je l'invite à passer au studio, avec l'idée dans un coin de ma tête. Et je lui glisse : "Tu sais, j'ai cette chanson... Tu veux pas tenter un truc ?". Elle a surkiffé et c'est comme ça qu'on a fait ce duo. C'était génial de bosser avec elle.

Tu as travaillé avec Marghe, aussi ?
Oui ! On cherchait des choeurs pour ma reprise du "Déserteur" de Boris Vian, que j'avais interprétée durant la demi-finale et que je tenais vraiment à inclure. Je voulais lui demander à elle parce que je trouve qu'elle a une voix de dingue. Je ne suis pas très objectif mais je le dis, pour moi, j'ai les deux plus belles voix francophones sur mon album ! Personne, aujourd'hui, ne me donne plus d'émotions que les voix de Marghe et Mentissa. J'étais le plus heureux du monde quand Marghe a accepté. Elle a tellement d'âme dans la voix, elle raconte tellement d'histoires... C'est une vieille âme, vraiment. Elle m'a sublimé la chanson.

En ces temps incertains, "Le déserteur" est un texte tristement d'actualité... Pourquoi il te parle ?
Elle est intemporelle cette chanson. Je l'écoute depuis tout petit, car j'ai un amour pour la variété française. Mais je n'écoutais pas la version de Boris Vian, c'était celle de Serge Reggiani, un artiste que j'admire énormément. J'ai voulu la chanter dans "The Voice" parce qu'elle raconte l'histoire d'un soldat qui refuse d'aller à la guerre. Quand je l'écoute et que je l'interprète, je pense à mon grand-père paternel que je n'ai pas connu. Il est décédé en étant torturé pendant la guerre d'Algérie. Quand je pense à lui, je pense à tous ces soldats qui auraient pu faire front pour ne pas aller à la guerre. C'est un monde de bisounours, évidemment, mais ça aurait épargné tellement de personnes. Et notamment mon grand-père. Je ne l'avais pas évoqué dans l'émission mais moi je savais pourquoi je la chantais. Je tenais à ce qu'elle apparaisse sur l'album.

« Je n'ai pas trop envie d'aller sur le terrain de la politique »
Le narrateur s'adresse au président, parle d'injustice... C'est une chanson très politique, finalement !
Elle est extrêmement politique, elle a été conçue pour ça à l'époque. Ça c'est clair. Moi, j'avais envie d'y aller franchement dans l'interprétation, d'y aller avec les tripes.

On est dans une année électorale, il se passe beaucoup de remous sur la scène géopolitique internationale. Tu aurais pu écrire toi un texte politique ?
Pour être franc, je n'ai pas trop envie d'aller sur ce terrain-là. Si je voulais faire de la politique, je ferais de la politique. Sans pour autant donner mon avis sur une thématique, j'aime donner des faits via ma musique, raconter des moments de vie de certaines personnes. Mais je ne veux pas dire quoi faire ou ne pas faire.

Oui mais parler des sujets de société, c'est aussi une forme d'engagement.
La musique peut servir à mettre en lumière des problématiques, c'est clair. Mais tu vois, on ne pourra jamais dire qu'un artiste est de gauche ou de droite en écoutant ses chansons, ça n'existe pas. Et Dieu merci ! Le but c'est vraiment pas d'apporter un jugement ou de faire de la politique à travers ma musique.

Tu peux me parler de ton engagement dans les prisons ?
Je suis allé en maison d'arrêt pendant un mois de demi, une fois par semaine. Je faisais des ateliers où j'aidais des détenus à écrire des textes de slam. Le but étant, à la fin de ces 5 ateliers, de participer à un spectacle au Grand Palais Ephémère avec un orchestre symphonique. Devant 2.000 personnes ! (Sourire) Franchement quand la directrice de l'orchestre me l'a proposé, je n'étais pas sûr de pouvoir le faire. Je n'ai jamais donné de cours à qui que ce soit, en plus je suis super jeune... C'était une première ! Et puis je me suis laissé convaincre et c'était une expérience merveilleuse. Les détenus étaient un peu sceptiques au début. Ils ne croyaient pas forcément en eux, ils n'avaient pas beaucoup d'estime, peut-être parce qu'ils ne sont pas bien considérés. Après le spectacle, c'était le jour et la nuit : ils se sont sentis vivants. Une espèce de flamme s'est ravivée dans leurs yeux, et ça c'est le plus beau cadeau. Je suis super fier de ce qu'on a pu faire ensemble.

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