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dimanche 22 octobre 2023 12:29

Superbus en interview : "Tout le travail, c'est de ne pas perdre la passion"

Par Yohann RUELLE | Journaliste
Branché en permanence sur ses playlists, il sait aussi bien parler du dernier album de Kim Petras que du set de techno underground berlinois qu'il a regardé hier soir sur TikTok. Sa collection de peluches et figurines témoigne de son amour pour les grandes icônes de la pop culture.
Superbus écrit un nouveau chapitre avec "Aseptisé", son nouveau single rock qui prépare le terrain pour l'arrivée d'un nouvel album en 2024. Au micro de Purecharts, Jenn Ayach et Patrice Focone décryptent ce retour sous haute technologie, en racontant les coulisses de la création du clip... qui aurait pu ne jamais voir le jour sans l'intervention d'une intelligence artificielle !
Crédits photo : Arnaud Juherian
Propos recueillis par Yohann Ruelle.

Superbus est de retour ! Il y a toujours un peu de nervosité à sortir un nouveau titre, même après 20 ans dans le métier ?
Jenn : Ah oui ! Plus que jamais même. Parce que ça fait un petit moment qu'on n'a pas sorti de morceau et qu'on a envie de bien faire. Ça nous importe ce qui se dit, ce qui va se passer. On est impatients ! Là, on se rend compte qu'il y a beaucoup de choses positives donc ça rassure.
Pat : C'est un peu une rentrée des classes mais en octobre, et qu'on a préparée pendant trois ans. (Rires) On va plus sur un doctorat, là !

« Ce que tu as voulu fuir, tu essaies de le retrouver »
Comment décririez-vous le son Superbus version 2023 ?
Pat : Exactement comme celui de 2001, avec 20 ans de plus !
Jenn : C'est bizarre mais pour ces nouveaux titres, on s'est presque auto-inspiré. On a revu et écouté comment on fonctionnait et ce qu'on faisait il y a quelques années, en se demandant : est-ce qu'on ne referait pas de la même manière ? On est retourné en répét' avec tout le groupe, en enlevant tous les trucs électroniques, les synthés, pour revenir à une base basse-batterie-guitare. Et on a répété tous les morceaux avant d'aller les enregistrer en studio. C'est la méthode qu'on utilisait au tout début quand on a commencé à faire des chansons ensemble. Ça donne un son qui est le nôtre, un peu comme avant mais avec notre expérience de maintenant !
Pat : Quand tu fais de la musique depuis longtemps, tu veux toujours t'échapper de ce dans quoi on t'a mis. C'est un processus au bout duquel tu te rends compte que là où on t'a mis, tu y es très bien parce que c'est toi. (Sourire) Ce que tu as voulu fuir, tu essaies de le retrouver et c'est là que le travail devient vraiment difficile, surtout quand on est un groupe, parce qu'il faut arriver à se recentrer et trouver ce que tout le monde appelle ton ADN. Ça nous a pris un certain temps et nous, on a l'impression d'y être arrivés !

La conception de l'album a été collégiale, donc ?
Jenn : Là la dynamique de groupe, c'était beaucoup tous les deux, dans une petite bulle. On a été retrouver des titres qu'on avait faits il y a 10 ans pour les remanier, j'en ai écrit des nouveaux qu'il a arrangés, il a composé des musiques... Il y a eu plein de petites tambouilles à deux et après les autres sont arrivés quand c'était le moment d'aller répéter les titres tous ensemble, pour que chacun apporte sa touche.

« L'IA ? C'est effrayant et assez excitant »
Avec "Aseptisé'', vous dénoncez un monde uniformisé où il n'y plus de place pour la différence. Ça vous angoisse ?
Pat : Vu l'actualité, ça nous angoisse moyennement à vrai dire. On se dit que les débats sur l'intelligence artificielle, ce n'est pas si grave au bout du compte !

Ça met les choses en perspective, ça c'est sûr. En restant dans le spectre du divertissement alors, vous avez l'impression que tout est de plus en plus formaté ?
Pat : Aux Etats-Unis, figurez-vous que des figurants ont lancé des grèves parce qu'ils se sont rendus compte qu'on pouvait les remplacer par des images d'ordinateur dans des séries et des films. Dans un premier temps, ce qu'on va appeler avec humilité les "petites mains", comme les compositeurs de musique pour documentaires par exemple, vont potentiellement disparaître en un claquement de doigts.
Jenn : C'est flippant.
Pat : On est dans un processus qui démarre à peine mais peut être assez effrayant. Mais en même temps assez excitant, parce qu'on peut faire des choses absolument incroyables. Au bout du compte, j'espère que cela ne restera qu'un outil que certains utiliseront à bon escient, et que la créativité et le talent auront toujours droit de cité.



"Tout a déjà été dit, tout a déjà été fait", comme vous le chantez ?
Jenn : C'est un peu le constat. C'est dur maintenant de trouver quelque chose pour sortir du lot et marquer sa différence. Il y a beaucoup de personnes qui voient cela comme une tare d'être différent mais c'est une chance, et peut-être que cette uniformisation fait qu'on se sent obligé de partir franchement loin pour qu'on puisse se dire : "Tiens, c'est original".

« On suit le mouvement. Moi c'est ça qui m'emmerde ! »
Le modèle économique de la musique actuelle, avec ces milliers de sorties toutes les semaines auxquelles les gens ont accès en un clic, est-il à blâmer ?
Jenn : C'est vrai que c'est trop, beaucoup trop.
Pat : Mais il ne suffit pas de s'autoproclamer musicien pour l'être. C'est le public qui décide.
Jenn : Ça va même au-delà de la musique : il y a trop de créations, trop de nouvelles chansons, trop de séries, trop d'images... Tout peut sortir. Il y a des milliards de cerveaux de gens qui sortent une création, et il faut le temps que les gens l'apprennent, les écoutent... En tant qu'artistes, on est dans le flou parfois.

Cela passe par d'autres canaux, comme les réseaux sociaux ?
Jenn : Oui, on apprend, on suit le mouvement. Mais c'est ça moi qui m'emmerde, c'est de me dire qu'on suit le mouvement. Et si on ne le suit pas, on est laissés sur le côté, on n'existe plus. On n'a aucun autre choix.

Vous-mêmes, vous avez eu la sensation d'être un produit parfois ?
Pat : Oui, bien sûr. Et toujours même mais ce n'est pas dérangeant. En notre fort intérieur, on se sent des artistes. A la fin de la journée, l'objectif est de vendre la musique que nous avons faite. Après, que nous l'ayons faite avec passion et toutes nos tripes, en voulant transmettre de vrais messages, c'est autre chose. Ça ira toucher les gens qui l'achèteront... ou pas ! Tout le travail, c'est de ne pas perdre la passion. Si tu commences à réfléchir autrement, ça ne fonctionne pas du tout, tu te fourvoies. C'est une erreur qu'on a déjà faite et on n'est pas les seuls.

« Comment sauver le truc ? Il fallait trouver un moyen »
C'est l'un des premiers clips français à utiliser l'intelligence artificielle. Pourquoi recourir à cette technologie ?
Jenn : Est-ce tu veux la vérité ?
Pat : Non mais ça, on va la garder pour nous...
Jenn : Moi je pense qu'on peut le dire ! On avait prévu un clip qui n'a pas donné le résultat escompté. Le montage ça n'allait pas, ça ne fonctionnait pas. Comment sauver le truc ? Sachant qu'un clip ça coûte de l'argent et cher à produire... Il fallait trouver un moyen. Et je suis tombée sur Instagram sur un mec qui faisait des vidéos avec de l'intelligence artificielle, Sébastien Desmedt. Je l'ai contacté et je lui ai dit : "S'il te plaît, essaie de nous trouver une solution". Je lui ai donné quelques indications et il nous a sorti une banque de données d'images incroyables, et ça a sauvé notre clip. Au delà du bizarre, je trouve cela beau !
Pat : C'est fait en fonction de ce que tu lui demandes et ça ne génère jamais deux fois la même chose. C'est tout l'art de formuler ce que tu recherches. C'est la même chose sur ChatGPT, en fonction des mots-clés utilisés, des tournures différentes que tu vas utiliser, les réponses ne sont pas les mêmes.
Jenn : On trouvait ça intéressant d'avoir un clip à moitié fait par un robot.
Pat : Ce qui sert le propos de la chanson !

Ce fut donc un gros travail en post-production ?
Pat : Oui ! Il s'est servi des images que nous avions mises en boîte, des photographies de nous, des ambiances qu'on souhaitait. Jenn a co-réalisé le clip donc elle avait toute une idée en tête, une vision d'images fantasmées que nous n'avions pas réussi à traduire.

D'ailleurs, vers quoi renvoie le QR Code que l'on aperçoit à plusieurs reprises dans la vidéo ?
Pat : Vers une agence de voyages ! (Rires)

Quand je l'ai scanné, c'est votre page Instagram qui est apparue.
Jenn : Ça va servir à du merchandising, à trouver des places de concerts... Il restera à vie maintenant ! On peut s'en servir pour plein de choses.

« Tout le monde n'aimera pas, et on fait avec »
Le recours à l'intelligence artificielle pour la réalisation de clips vidéos suscite un débat houleux sur le danger que ça représente sur le travail des artistes. Quelle est votre réponse aux critiques ?
Pat : Déjà, ce n'est pas l'intégralité de notre clip qui est fait via ordinateur.
Jenn : On sait très bien ce qu'on a fait. On a utilisé un moyen de générer de fausses images, dans un but esthétique.
Pat : En plus, on est là depuis suffisamment longtemps pour savoir que tout le monde n'aimera pas. On fait avec !



Ce premier single amorce une ère nouvelle, avec un prochain album en ligne de mire. Vous en êtes à quel stade du processus ?
Pat : On aimerait bien le sortir l'année prochaine au printemps. On a toutes les chansons.
Jenn : Il reste à faire le mixage, les visuels...
Pat : Tout ce qu'on produit à partir de maintenant, ça va être du rab. On ne sait jamais. Tant que ce n'est pas sorti, nous on n'arrête pas ! La meilleure chanson, c'est celle que tu n'as pas encore faite...

Quel sera le fil rouge du disque ?
Jenn : Ce premier single nous donne tout un concept.
Pat : Comment ramener l'humain dans le monde moderne déshumanisé ? Jenn parle tout le temps de ce sujet.

« La meilleure chanson, c'est celle que tu n'as pas encore faite »
On n'a pas encore suffisamment de recul sur l'arrivée des nouvelles technologies sur nos vies, je trouve...
Pat : Ne serait-ce que l'impact, par exemple, des filtres Instagram sur les jeunes filles et les jeunes garçons. Qui tombent en dépression quand ils sont confrontés à leur propre image dans le miroir...

Ou les gens qui se filment eux-mêmes pendant les concerts au lieu de filmer le concert, pour alimenter leurs réseaux sociaux.
Pat : C'est très étrange, oui.

L'idée sera de remettre de l'humain au coeur de nos vies ?
Jenn : Si on peut. Mais je pense que le train est parti, là !

La tonalité de l'album sera donc sombre ?
Jenn : Non, ce n'est pas dark.
Pat : Comme je le disais en préambule, vu tout ce qu'il se passe en ce moment, des sujets qu'on n'abordera pas parce que ce n'est pas à nous de le faire, on a plutôt envie de l'inverse.
Jenn : Nous, on a envie de proposer un album joyeux.
Pat : On se dit que notre rôle, si on doit en avoir un, c'est de faire prendre conscience aux gens qu'on est assez chanceux, ici en France. Faisons des chansons un peu cool qui déménagent et venez-nous voir en concert, on va s'amuser ! Après dans les textes de Jenn, il y a toujours des deuxièmes et troisièmes lectures.

Le player Dailymotion est en train de se charger...


L'EP ''XX'' proposait un univers un peu plus électro-dark. Vous n'allez donc pas continuer dans cette veine ?
Pat : Oh, tu peux le laisser au fond d'un tiroir celui-là, pour les soirs d'hiver !
Jen : On avait bossé avec d'autres gens, comme Benjamin Lebeau de The Shoes, Mosimann... On était allé au bout de cette idée électro et là on revient à nous, Superbus, tous les cinq avec nos instruments. Avec un peu de synthés et de production quand même !

« Les artistes ont un vrai rôle dans la société »
Une tournée va, je l'imagine, voir le jour ?
Jenn : Ah oui ! Il y aura une tournée des festivals et on va annoncer une date parisienne prochainement.
Pat : On espère commencer par ça, puis enchaîner avec notre tournée. Tu as vu, on espère beaucoup !
Jenn : C'est vrai que c'est ultra important pour nous de partir à la rencontre du public.
Pat : On s'est rendu compte que des groupes de live, c'est ce qui comptait beaucoup après le Covid. Dans les premiers concerts qu'on a refait après cette période, les gens étaient très friands d'échanges, de musique forte, d'émotions... On tient un vrai rôle dans la société, nous les musiciens. Il n'y avait que des visages avec des sourires devant nous.
Pour en savoir plus, visitez superbus.com.fr et la page Facebook du groupe.
Ecoutez et/ou téléchargez le dernier album de Superbus, "Sixtape", sur Pure Charts.

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