Lana Del Rey
Être fan de Lana Del Rey, c'est apprendre à s'armer de patience. Car rarement la chanteuse n'a tenu bon un calendrier de sortie sans cesse contrarié. Et son 10ème album, successeur du génial "Did You Know That There's a Tunnel Under Ocean Blvd", en subit les frais plus qu'aucun autre. Initialement à couleur country, nommé "Lasso" puis "The Right Person Will Stay", le disque devait débarquer dans les bacs en septembre 2024 puis avril 2025. Troisième nom, troisième changement : "Stove" et une sortie finalement non tenue pour le 30 janvier. Si le nom de l'album est toujours d'actualité, sa sortie est donc repoussée. Mais Lana Del Rey l'assure, on pourra enfin l'écouter dans « trois mois et deux semaines », ce qui nous mènerait à fin mai, à cause du délai de fabrication des vinyles. Pari tenu ?
Un univers léché
Malgré ses diverses modifications, trois extraits ont été dévoilés au fil des mois : "Henry, Come On", "Bluebird" et "White Feather Hawk Tail Deer Hunter", sorti à la surprise générale ce mardi soir. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que la chanson déroute. Car celle qui a repris "Season of the Witch" ou joué les ensorceleuses dans une bande-annonce de l'album "Lust for Life" retrouve ici l'imagerie de la sorcellerie, chère à Florence + The Machine, sur cet extrait à la fois déroutant et enivrant.
Pas radiophonique pour un sou - mais Lana Del Rey s'en soucie-t-elle encore ? - "White Feather Hawk Tail Deer Hunter" (traduisez "Chasseur de cerfs à plumes blanches et à queue de faucon") se développe pendant près de quatre minutes comme une ronde enivrante autour du feu. Le tout sur des sonorités étranges, qui peuvent parfois sembler orientales ou donner l'impression d'entendre la musique de Danny Elfman pour un film de Tim Burton. Tout un programme ! D'ailleurs, à la sortie du premier extrait, beaucoup se sont amusés à le comparer au générique de la série anthologique "American Horror Story".
Une chanson d'amour fou ou de sorcellerie ?
Fidèle producteur de Lana Del Rey, Jack Antonoff assure qu'il s'agit de sa « chanson favorite » : « Pour moi, c'est le compagnon de "Venice Bitch", "White Dress" et "A&W". Nous l'avons faite en trois jours en Louisiane ». Sur le fond, il n'a pas tort : car comme les trois morceaux précités, "White Feather Hawk Tail Deer Hunter" déjoue toutes les attentes, notamment commerciales, et développe son propre univers en moins de quatre minutes.
Un univers à l'orée du Southern Gothic, genre que connaît très bien son ennemie jurée Ethel Cain, mais qui tranche avec la thématique romantique du titre. Ici point d'incantations maléfiques, mais une Lana Del Rey qui y raconte son amour fou pour son époux Jeremy Dufrene, guide touristique et organisateur d'excursions pour voir des alligators. « Tout le monde sait que j'ai eu des problèmes / Mais c'était il y a trois étés / Je sais que c'est étrange de me voir cuisiner pour mon mari / Mais c'est positivement vaudou » y chante-t-elle, comme ensorcelée par celui qui partage sa vie depuis plusieurs années. Le single a d'ailleurs été écrit en famille, avec son mari, sa soeur et son beau-frère.
WFHTDH my favorite lana and i ever done. feels a sibling to venice / white dress / a&w. made it in louisiana over 3 days. many stories for another time go listen it’s out!
— jackantonoff (@jackantonoff) February 17, 2026
Une chanson bien éloignée de ses succès pop mélancolico-romantiques d'antan comme "Video Games", "Blue Jeans" ou "Summertime Sadness". Mais au fil des albums, Lana Del Rey nous a appris qu'elle menait sa barque comme elle l'endentait, sans se soucier de vendre des millions d'albums, qu'elle écoule pourtant. Certains s'amusent aussi d'un présupposé je-m'en-foutisme de la star, dont la photo promo pour ce single est un selfie pris dans son lit. Mais c'est peut-être ça qui, plus que tout, fait finalement son charme.