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Harry Styles est de retour avec "Kiss All the Time. Disco, Occasionally" ! Et c'est peu dire que l'attente était forte, quatre ans après le succès mondial de "Harry's House", grâce notamment au tube "As It Was", qui compte 4,2 milliards de streams sur Spotify. À 32 ans, le chanteur effectue une mue plus mature sur ce nouveau disque moins immédiat, mais plus intime, plus cohérent, plus riche aussi. « La musique électronique est tellement bonne, surtout l'aspect mélodique. Quand vous sortez le soir, c'est une telle communauté, mais vous regardez aussi les gens vivre des expériences tellement individuelles... Je voulais recréer ce que j'avais sur la piste de danse, perdu dans l'instrumentation et la musicalité » explique Harry Styles à Runner's World, lui qui a été inspiré par l'esprit club de Berlin. Pari réussi !
Pas de tube planétaire mais une fureur de vivre
On ne va pas se mentir, le premier extrait "Aperture" s'est transformé en véritable déception, sans doute dû à une trop grande attente après le raz-de-marée "As It Was". À l'écoute de l'intégralité du projet, il en résulte qu'il s'agit sans doute de la chanson la plus déroutante. La plus longue aussi avec ses 5 minutes hypnotiques. Et loin d'être notre préférée. Harry Styles a-t-il voulu marquer une cassure pour amorcer cette nouvelle ère ? Un pari risqué. Quoi qu'il en soit, il serait dommage de se détourner de "Kiss All the Time. Disco, Occasionally" après une telle entrée en matière. Car l'ancien leader de One Direction n'a rien perdu de son talent ici, bien au contraire, il s'est bonifié. Pas de pop radiophonique, pas de tube planétaire, encore moins de disco.
Entouré des fidèles Kid Harpoon et Tyler Johnson, Harry Styles aborde le temps qui passe, sa vulnérabilité, sa santé mentale ou ses amours tortueux, sur deux faces d'un vinyle, comme deux humeurs. La première se veut plus mélancolique et introspective, même s'il y a toujours un synthé qui vibre quelque part, comme un coeur qui bat. Les notes de piano et les échos nostalgiques du sage "American Girls" - qui devrait cependant faire sensation en live, le superbe "The Waiting Games" avec son âme lo-fi, son solo de synthé qui serre le coeur comme la voix voilée de Harry, ou l'orchestral et romantique "Coming Up Roses", beau à pleurer, s'explosent contre une atmosphère club bouillonnante. Que ce soit grâce à l'insolent "Are You Listening Yet?", renfermant une réelle fureur de vivre, ou la complainte du refrain au double visage de "Ready, Steady, Go!", sur lequel il semble s'amuser comme un fou avec les textures et les effets de voix.
S'il n'évite pas quelques titres moins inspirés comme "Paint by Numbers" ou "American Girls", Harry Styles propose ensuite une deuxième partie contenant quelques pistes dansantes plus frontales, comme des pulsions de vie. À l'instar du (trop) léger "Pop", sur lequel on pense forcément à Daft Punk malgré un texte un peu pauvre, du fiévreux "Dance No More" et sa ligne de basse funky, que Bruno Mars n'aurait pas renié et qui promet des scènes de liesse lors de sa prochaine tournée, ou l'exceptionnel "Carla's Song", morceau final crescendo et euphorique, comme une révélation intime dont les nappes de synthés, les cymbales et les choeurs explosent en apothéose, en bouquet final. Wow !