Crédits photo : Abaca
Personne n'a oublié les événements du 13 novembre 2015, où des terroristes affiliés à l'Etat islamique ont perpétré une série d'attaques meurtrières à Paris et à Saint-Denis, causant la mort de 131 personnes et 413 blessés. Au Bataclan ce soir-là, le groupe de hard rock américain Eagles of Death Metal donnait un concert survolté pour défendre son dernier album "Zipper Down". Quand soudain, des assaillants ont fait irruption et tiré sur la foule. Cette nuit traumatisante, le chanteur Jesse Hughes et le guitariste Eden Galindo l'ont revécue mardi devant la Cour d'assises spéciale de Paris, où ils étaient appelés à témoigner dans le cadre du long procès des attentats du 13 novembre 2015, débuté le 8 septembre dernier. « Nous étions en tournée à Paris, c'était un super concert, tout se passait bien, tout le monde dansait. C'était un super show » s'est remémoré le musicien de 52 ans, qui a d'abord cru que « le bruit sourd » des balles provenait d'un problème de sono. Jesse Hughes, lui, a tout de suite saisi l'horreur de ce qui était en train de se produire sous ses yeux : « Venant d'une région désertique en Californie, le son des coups de feu m'est très familier. Je savais ce qui allait arriver, je sentais la mort se rapprocher de moi ».
"Je ne serai plus jamais le même"
Gagnés par la panique, les deux hommes se sont réfugiés à ce moment-là en coulisses pour retrouver la compagne de Jesse Hughes : « Des gens tirent… On a couru… Je me souviens de la foule qui nous regardait, sans comprendre. Nous pensions que ça allait s'arrêter, mais ça continuait, juste le temps pour eux de recharger leurs armes ». Dans cette course contre la montre, leur chemin a croisé la route d'Arthur Dénouveaux, qui deviendra le président de l'association de victimes Life for Paris : « Un ange nommé Arthur nous a mis dans un taxi et nous a envoyés au commissariat ». Sur place, ils sont tombés sur des dizaines de blessés couverts de sang et ont appris la mort de Nick Alexander, membre de leur équipe qui s'occupait du merchandising à l'entrée de la salle. Des images qui les hantent encore. « Après tout ça, c'était très difficile de faire les choses normalement. Je me sentais comme brisé. Je ne serai plus jamais le même après cette nuit-là » a confié Eden Galindo, tête baissée à la barre, en tenant à s'adresser aux familles des victimes : « Je pense à elles tous les jours et je prie pour elles ».
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"Le mal n'a pas vaincu"
« Tous ceux qui étaient au concert ce soir-là étaient mes amis » a renchéri Jesse Hugues, qui se dit « changé à jamais » par cet attentat qui a laissé des séquelles psychologiques durables dans son esprit. Très vite pourtant, le chanteur des Eagles of Death Metal a pris son courage à deux mains pour remonter sur scène. Trois mois après la tragédie, le groupe se produisait à l'Olympia. « Je ne savais pas si j'aurais la force de revenir, parce que je pensais que j'étais comme le fromage qui allait attirer les souris. (...) Après les attaques, je me suis posé beaucoup de questions, j'étais un peu perdu, je me suis appuyé sur des amis, notamment en France, pour continuer à aller de l'avant. Cette tragédie a pu être transformée en un flambeau de lumière » a-t-il témoigné, refusant de donner raison aux terroristes : « Le mal n'a pas vaincu ». Aujourd'hui, Jesse Hugues dit avoir « pardonné » aux « pauvres âmes qui ont commis ces actes ». « Je prie pour eux et pour leur âme, que la lumière de notre Seigneur jaillisse sur eux » a-t-il ajouté, avant de citer... un titre d'Ozzy Osbourne : « You can't kill rock and roll ». Le verdict du procès est attendu le 29 juin.