Bestimage
Theodora a décidément tout compris. Hier soir, pour sa troisième date au Zénith de Paris, la révélation a imposé son univers artistique. Et ça commence dès l'arrivée dans la salle. Le public, assez queer et féminin, fait face à la BBL Tower, située entre deux salons de coiffure et esthétique, tandis que de vraies et fausses publicités s'affichent sur un écran publicitaire. Les tons sont roses et girly, mais toujours avec un humour piquant. Bienvenue dans le monde merveilleux de Theodora ! Il est 20h50 quand les lumières s'éteignent et que le public hurle. L'icône de la nouvelle génération débarque au sommet de sa tour pour aller à "243 km/h". Les écrans, astucieusement imbriqués dans le décor, alternent tour à tour des ambiances de jeux vidéos avec pixels, flammes, et devantures de strip clubs.
« C'est basique mille un, mille deux, mille trois pour un outfit / Mille un, mille deux, mille trois pour une bad bitch » clame Theodora, triomphante et assumant son surnom de Boss Lady jusqu'au bout des ongles. Armée d'un micro bling bling siglé "Sexy Music 4 Life" (le nom de son prochain album) et vêtue d'un tutu noir, la chanteuse multiplie les twerks et les sourires malicieux, alors que résonne le tubesque "FNG", incarnant à merveille son personnage de femme fatale qui ne se prend pas trop au sérieux. Les premiers titres défilent malheureusement à vitesse grand V, parfois pas plus d'une minute, laissant souvent un goût de trop peu, trop vite, avant que la cadence revienne à un rythme optimal.
"Merci pour votre amour, Paris !"
En plus d'une direction artistique solide, un charisme immédiat et une bonne humeur contagieuse, c'est la générosité du concert proposé par Theodora qui impressionne. La chanteuse qui a invité Christophe Willem dimanche dernier s'éclipse parfois pour laisser la place à ses musiciens - guitariste, violoncelliste, saxophoniste ou trompettiste - pour des solos électrisants, mais aussi à ses danseurs, ses boss ladies (dont un danseur queer) et ses stripteaseuses. Et également ses nombreux guests comme Meryl, Jahlys ou Oklou, qui interprète seule son superbe titre "God's Chariot". Comme si la star, ce n'était pas vraiment elle. Pourtant, les fans amassés au Zénith s'époumonent à chacun de ses mouvements et scandent chaque parole par coeur. Clairement, une star est née ! Une diva qui a su tordre les idées reçues, bousculer les codes, mélanger les sonorités (bouyon, hyperpop, variété, rock, zouk...) pour proposer un univers qui ne ressemble à aucun autre. Unique.
Outre ses bangers "BIG BOSS LADY", le rock "I Wanna" ou "GO!", parfaitement portés par son armée de danseurs et des visuels animés, colorés et très 2000, Theodora a compris qu'elle devait jouer dans la cour des grands pour ces shows, dont les billets se sont arrachés en quelques minutes. Autour de ce décor imposant, elle ramène sur scène un casque rose géant, une lune sur laquelle elle chante sa ballade "Ils me rient tous au nez" en survolant la fosse pour un joli moment d'émotion, ou reconstitue encore un casino. Bien sûr, le tube historique "melodrama" est l'un des moments forts du spectacle. Elle pose même son micro pour que le public chante les parties de Disiz ! Et tandis que "Spa" sans Gims et "Sex Model" sans PLK font pâle figure dans cette fête survoltée, Theodora dégaine ses dernières cartouches pour un final explosif.
Entre deux jets de strings dans la fosse, la chanteuse franco-congolaise aligne dans une dernière ligne droite ses armes de séduction massive au sein d'une débauche de danse, lasers et euphorie totale entre "Masoko Na Mabele", le culte "Kongolese sous BBL", "Mon bébé" ou "Zou bisou" (sans Jul), avant de nous quitter avec un "Fashion Designa" fédérateur qui fait l'unanimité. En deux heures, Theodora offre avec sa première tournée un show haut en couleurs, inclusif, sans barrières, et surtout sans concession. Preuve que les règles sont définitivement faites pour être explosées.