Il y a 10 ans, cet album culte offrait à ce groupe une renommée mondiale
En plein été caniculaire de 2015, ce groupe australien méconnu publiait ce qui sera le catalyseur de son incroyable popularité dans le monde : la machine à tubes "Currents". Retour sur le pari risqué et gagnant de Kevin Parker.

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Un visuel montrant une bille argentée fendre et déformer une nappe liquide de couleur noire et violette. L'étrange pochette de "Currents" de Tame Impala symbolise plus qu'une illustration des lois de la physique : elle synthétise à merveille la métamorphose opérée par le groupe australien sur ce troisième album studio qui allait lui ouvrir, un juillet de 2015, les portes de la gloire internationale. On parle souvent de groupe pour désigner le projet musical mais Tame Impala est en réalité le bébé d'un seul homme : Kevin Parker, musicien de génie né à Sydney et qui endosse sur ce disque les casquettes d'auteur, compositeur, interprète, guitariste, producteur, arrangeur et mixeur. Un travail titanesque qui lui a causé « plus d'une crise existentielle » comme il le souligne lui-même sur Instagram, alors que "Currents" souffle sa 10ème bougie.

Yes, I'm changing

Si l'on percevait déjà les prémices d'une mutation sonore sur l'excellent "Lonerism" paru en 2012, "Currents" a été pour Tame Impala un véritable laboratoire autant qu'un terrain de jeu. Durant 13 pistes, les effusions rock de la période "InnerSpeaker" (2010) se dilatent et se diluent dans un bouillonnement de synthétiseurs, de distorsions supersoniques et d'effets stéréo, nous embarquant pour un voyage aux confins de la galaxie tout sauf linéaire. Une explosion de couleurs et de sonorités 70's psychédéliques qui se combine à une recherche pointue sur l'efficacité de la pop (réécoutez "The Less I Know The Better" pour vous en convaincre). Cette plongée sous kaléidoscope aurait pu causer le vertige si l'artiste n'avait pas assumé son goût du romantisme - la voix de miel de Kevin Parker, traversée par des échos, apparaît aussi douce qu'une caresse au vent. « Yes I'm changing » susurre-t-il sur la vaporeuse quatrième piste, comme un manifeste.

"C'était un album que je devais faire"

Avec le recul, le travail en post-production est comparable à de l'orfèvrerie mais pour l'Australien, elle a été source d'angoisses intenses. « Je ne pouvais pas dire si c'était génial ou embarrassant - sans parler des fans que je perdrais en changeant de style musical si abruptement. Les gens m'ont récemment demandé si je me sentais assez content après avoir fait cet album et la réponse est toujours : absolument pas ! Il y avait tellement de doutes... Mais je savais que c'était un album que je devais faire » indique-t-il.



Même sous l'opportune étiquette de "musique indé", débuter un album par un morceau de 7 minutes 47 gravitant autour d'une boucle répétée à l'infini - quitte à donner l'impression d'une erreur de lecture - frôle l'inconscience. Et pourtant, "Let It Happen", lancé comme éclaireur, a été accueilli par une pluie d'éloges. Pitchfork souligne que le titre « semble s'auto-éditer en temps réel avec toutes sortes de filtres, de voix manipulées et une ambiance tourbillonnante ». Il finira dans les tops de fin d'année de nombreux médias dont NPR, Spin, The Fader ou Rolling Stone. Et le public succombe lui aussi à cette irrésistible joie communicative. En dépit de sa longueur, "Let It Happen" compte à ce jour 732 millions de streams sur Spotify. "The Less I Know The Better", beaucoup plus accessible, fait encore mieux avec 2,038 milliards de lectures. Soit 40% des écoutes totales de l'album ! Colossal.

Rihanna, Lady Gaga, Dua, Tame Impala

Si Tame Impala jouissait déjà d'une jolie popularité, du jour au lendemain, sa renommée explose autour du globe avec la parution de "Currents". Kevin Parker devient le "it-boy" et hippie le plus en vue de l'industrie, sa chevelure soyeuse irradie en Une de tous les magazines et la formation australienne inscrit désormais son nom en tête d'affiche des plus gros festivals du monde entier (Glastonbury, Lollapalooza, Primavera, We Love Green, Rock en Seine...). Point de bascule pop culturel ? Rihanna, totalement fan, décide d'inclure sur son album "ANTI" - le dernier en date - une reprise de "New Person, Same Old Mistakes" sans en changer un iota la mélodie. Kevin Parker a, depuis, travaillé avec Lady Gaga ("Perfect Illusion"), Kanye West, Travis Scott, Mark Ronson, The Weeknd ou encore Kid Cudi, et assuré la production exécutive de "Radical Optimism", le troisième album de Dua Lipa sorti l'an dernier. Sa collaboration avec Justice sur "Neverender" lui vaudra le premier Grammy Award de sa carrière en février dernier.

La suite ? Ce sera un nouvel album ! Cinq ans après "The Slow Rush", lauréat de cinq prix aux ARIA Music Awards, Tame Impala tease depuis plusieurs jours son retour imminent. Sur son compte Instagram, Kevin Parker a publié l'air de rien une série de photos montrant, sur l'une d'entre elles, un tableau listant 13 chansons à côté desquelles on peut lire "Done", qui signifie "Terminé". Une courte vidéo avec l'inscription "End of Summer" a depuis fait son apparition... et la chanson du même nom a été lâchée dans la nature ce vendredi. Une nouvelle ère s'ouvre enfin !

Par Yohann RUELLE | Journaliste
Branché en permanence sur ses playlists, il sait aussi bien parler du dernier album de Kim Petras que du set de techno underground berlinois qu'il a regardé hier soir sur TikTok. Sa collection de peluches et figurines témoigne de son amour pour les grandes icônes de la pop culture.
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