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samedi 10 décembre 2022 12:41

Michel Polnareff en interview : "Je ne suis pas un homme du passé"

Par Yohann RUELLE | Journaliste
Artiste inclassable et icône de la chanson française, Michel Polnareff s'est laissé aller au jeu de la promo à l'occasion d'une émission spéciale sur France 2 et de la sortie de l'album "Polnareff chante Polnareff". Au micro de Purecharts, le chanteur replonge quelques décennies en arrière, se confie sur la nouvelle génération d'artistes et évoque sur ses projets futurs. Avec, toujours, une petite pointe d'humour !
Crédits photo : Abaca
Propos recueillis par Yohann Ruelle.

Bonjour Michel, merci de prendre du temps pour répondre à mes questions. Vous êtes déjà rentré à Los Angeles ?
Non, non, je suis sur Paris ! Il faut un peu chaud pour moi, m'enfin... (Rires)

Ah oui, j'imagine que la différence de température avec la Californie est palpable !
C'est pas mal, c'est pas mal.

« La voix est toujours là »
Dans votre nouvel album "Polnareff chante Polnareff", vous reprenez en piano-voix vos plus belles chansons. Vous qui avez ce goût de l'ampleur et de la sophistication, cet exercice, plus intimiste, vous a-t-il permis de redécouvrir sous un nouveau jour vos morceaux ?
C'est une bonne question parce qu'au départ, j'étais un peu appréhensif par rapport à cette direction musicale, mais je savais que les fans avaient envie d'un album plus intimiste depuis pas mal d'années. C'est vrai que j'aime les productions raffinées, avec beaucoup d'orchestration. Serge Khalifa, mon manager, m'a présenté le projet. J'étais sceptique parce que j'avais vraiment envie de leur donner quelque chose qui vaille le coup de le faire. Mais ça faisait longtemps que je n'avais pas chanté : est-ce que la voix est toujours là ? Est-ce je peux toujours monter dans les aigus, comme le disait mon ex girlfriend ? Est-ce que j'en suis capable ? Est-ce que ça représente un intérêt ? Petit à petit, je me suis pris au jeu. La voix est toujours là. Je la trouve même parfois un peu meilleure que sur les originaux ! Pour les notes hautes, vous pouvez rassurer mon ex girlfriend, j'y arrive ! Emotionnellement, l'enregistrement très, très difficile par contre...

Pour quelle raison ?
Moi j'aime le présent, j'aime le futur. Je ne renie pas le passé, mais je ne suis pas un homme du passé. Ça ne m'intéresse pas. Qu'est-ce que j'en dis du passé ? On ne peut pas le changer, même si le passé nous donne des leçons sur le présent et l'avenir... Mais je ne veux pas être trop sérieux ! Moi j'aime bien changer les choses. Le grand avantage, c'est que je possède un studio professionnel chez moi, dont le suis le seul client. (Sourire) Ça m'a permis de faire quelque chose, non pas quand il faut, mais quand on le sent et quand on veut. J'ai enregistré le matin aux aurores, j'ai enregistré le soir... C'est comme ça qu'on a tiré le vrai de "Polnareff chante Polnareff".




« Je ne réécoute pratiquement jamais mes chansons »
Laquelle de vos chansons conserve une place particulière dans votre coeur ?
J'ai définitivement une tendresse pour "Holidays". Je ne sais pas, la réenregistrer a pris une dimension absolument spatiale. Je me rappelle très bien de la version originale, c'était une belle production, avec des mandolines... Je ne l'avais pas écoutée depuis longtemps, je ne réécoute pratiquement jamais mes morceaux. Ce qui était difficile, c'était de trouver le bon arrangement. J'avais peur de faire un album de maquettes. C'est le chemin à l'envers ! Normalement, je commence en piano-voix puis on voit avec les co-auteurs, les co-ingénieurs, tous les gens en co... Il fallait créer une production qui soit non pas orchestrale, avec du symphonique, mais qui provienne uniquement du piano. C'était un exercice et je pense qu'on l'a réussi.

Justement, vous allez repartir en tournée l'année prochaine pour défendre ces chansons. Comment vous vous préparez physiquement et vocalement pour ce challenge ?
Moi la voix, je ne l'ai jamais travaillée. Je n'ai jamais eu de prof, je n'ai jamais suivi de cours. Et je ne chante pratiquement jamais ! Le piano par contre, j'en joue très souvent. La préparation, elle va donc être très, très physique. Même si je vais être assis pendant pratiquement deux heures - parce que je ne joue pas de piano debout, moi (rires) - il faut que j'assure. Je suis fasciné par les athlètes, je suis un grand fan de Mbappé, on a eu un deuxième but invraisemblable contre la Pologne [durant la Coupe du monde au Qatar, ndlr] ! Prenez les boxeurs par exemple. On parle des gauches, des droites, mais ce qui compte vraiment, c'est le jeu de jambes ! Donc moi c'est pareil : si je suis assis, il faut que mes jambes soient totalement en forme. La préparation de la tournée, ça va être à la gym avec pas mal d'heures par jour.

Pour l'affiche de la tournée, vous reprenez cette fameuse photographie où l'on voit vos fesses nues, qui vous avait causé pas mal d'ennuis à l'époque. Vous avez toujours ce petit côté provocateur en vous ?
Vous savez, la première affiche, bon, c'était une provoc mais avec un clin d'oeil ! Ça a été pris tellement au sérieux que c'en était ridicule... Maintenant, on s'y met à trois. On va voir si ça passe mieux !

« On fait pas de la musique pour soi mais pour les autres »
C'est important de rester libre et entier quand on fait ce métier ?
Mais ce n'est pas un métier ! C'est n'importe quoi d'autre sauf un métier, c'est un sacerdoce, un truc qu'on fait non pas pour soi, mais pour les autres. Quand les autres vous disent que c'est bien et que vous leur avez fait du bien, ce qui a été le cas avec les témoignages très touchants des invités de l'émission sur France 2 [diffusée mardi dernier, ndlr], on sait pourquoi on fait de la musique. Ça fait vraiment plaisir. On donne, on donne, on donne et on reçoit si ça se passe bien.

France 2 vous a consacré une soirée exceptionnelle, où vous et de nombreux invités avez repris vos plus grands tubes. Que pensez-vous de la jeune génération d'artistes de la scène française ?
Je vais vous dire, j'avais suggéré quelques invités mais c'est plutôt une bonne nouvelle pour eux, ils n'étaient pas libres ! Par exemple, je voulais absolument Clara Luciani mais elle était à Tokyo. Ça veut dire qu'elle passe même à l'étranger ! J'adore son phrasé, il est magnifique. La production de Sage [le réalisateur de l'album "Coeur", ndlr] est formidable. J'aurais bien voulu avoir Hoshi également qui n'était pas libre, et Juliette Armanet qui n'était pas libre non plus. Grand bien leur fasse. (Sourire) Par contre, j'ai pu assister à des performances fantastiques : Catherine Ringer était à tomber par terre sur "Love Me, Please Love Me". Camille Lellouche, extraordinaire. Nolwenn, Anne Sila... Bilal Hassani, grand grand showman. J'en oublie, je suis désolé !

« Je voulais absolument Clara Luciani »
Réaliser un album de duos avec tous ces jeunes artistes justement, vous aimeriez ?
Et bien... Pourquoi pas. Le challenge vaut la peine. Je suis pour la reconnaissance des belles choses. De retrouver toute l'ambiance disco du Studio 54 [un club de New York, ndlr], ce serait formidable. Juliette Armanet l'a même cité dans son titre "Le dernier jour du disco". C'est amusant d'ailleurs, cette espèce de nostalgie d'une époque que les interprètes n'ont pas connu. Moi j'y étais au 54 tous les soirs quand je vivais à New York !

La nostalgie est un ressort qui résonne très fort chez de nombreuses personnes...
Oui ! La différence, c'est que les personnes de mon âge ont la nostalgie de leurs années passées, alors que là, les générations qui arrivent ont le manque d'une époque qu'ils n'ont pas vécue. Comme si les gens avaient le souvenir de quelque chose qu'ils n'ont pas connu... et qu'ils ne connaitront peut-être jamais. Par exemple mon fils Louka, qui va avoir 12 ans, est fou de Metallica ! C'est très intéressant à observer, ce penchant pour une époque qui a été exceptionnelle - parce que ça l'a été. C'est comme le bon vin, ça vieillit bien.

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Puisqu'on parle du temps, vous avez interprété dans l'émission "Lettre à France" en duo avec une version rajeunie de vous-même grâce à la technologie du deep fake et des hologrammes. C'était amusant à faire, comme exercice ?
Je ne sais pas si c'était amusant mais en tout cas, c'était extrêmement précieux. J'ai débarqué sur le plateau sans vraiment savoir à quoi m'attendre. Je savais qu'il y aurait cette technologie mais je n'ai pas répété. Je me suis retrouvé précipité dans cette faille spatio-temporelle ! J'étais heureux de le faire parce que c'était une expérience très intéressante. C'était très touchant. J'ai vraiment senti cette espèce de contact intergénérationnel avec cet avatar qui était moi sans l'être.

« On parle beaucoup des Beatles mais pas assez d'ABBA »
Est ce qu'on pourrait voir un jour un spectacle 100% en hologrammes sur Michel Polnareff se monter, à la manière de ce que propose ABBA à Londres ?
Absolument. Absolument ! J'adore ABBA et, petite parenthèse, on parle très souvent des Beatles et des Rolling Stones dans l'histoire de la musique, dont je suis un grand admirateur évidemment. Mais on parle rarement d'ABBA qui, pour moi, est un groupe exceptionnel. On parle très peu ce qu'ils ont laissé comme héritage, à mon sens. Ils sont nés grâce à l'Eurovision et ils ont réussi à durer après. C'est extraordinaire ce qu'ils ont réussi à accomplir ! Ça a été et ça reste un groupe très important, la preuve avec ce spectacle en hologrammes. Pour l'instant, me concernant, ce n'est pas prévu. Je dois être raccord avec "Polnareff chante Polnareff", qui est un peu le contraire puisque là je suis dans l'intimité et non pas dans la technologie. A moins qu'on mélange les deux ? Je ne sais pas encore ! Pour le moment, c'est un projet piano-voix. Est-ce que ça va être seulement ça ? Je ne peux pas vous le dire, on n'a même pas commencé à y penser. Tout ça est encore neuf.

Il y a un vrai débat d'éthique sur la question de l'après, justement. Il y a par exemple des acteurs qui ont donné leur autorisation pour l'exploitation de leur image dans de futurs films, lorsqu'ils ne pourront plus jouer. Le sujet finira forcément par concerner les chanteurs aussi...
Je suppose, oui. C'est un sujet dont il faut débattre. Personnellement, je pense que c'est important que des artistes qui ont marqué leurs temps survivent quand ils ne seront plus là.

« Cet album n'est qu'une étape »
Avez-vous commencé à plancher sur un nouvel album de chansons originales ?
Une de mes craintes, par rapport à la sortie de l'album "Polnareff chante Polnareff", c'était qu'on dise que Polnareff est à sec. Le mec sort les vieux cageots, ça y est ! Ce n'est pas du tout le cas. (Sourire) Ça a été un choix par rapport à un agenda. Je n'ai jamais autant composé de choses que durant ces derniers temps. Si je n'ai rien enregistré de nouveau, c'est parce que je me suis mis corps et âme dans cet album, mais bien sûr que j'ai envie de sortir des choses nouvelles. Simplement, il ne faut pas chahuter le truc. Pour l'heure, on est en train de découvrir ce nouveau disque. Le dernier album "Enfin !", que j'adore, a pris beaucoup de temps... et puis il s'est retrouvé massacré avec une mauvaise gravure. Ce sont des trucs techniques que je ne contrôle pas, et eux non plus visiblement. Donc pour l'instant, je suis concentré sur "Polnareff chante Polnareff" dont je suis très fier. La réception du public est exceptionnelle. Laissez-moi jouir de ce moment ! Maintenant je peux vous dire que je ne suis pas à sec du tout...On va rebondir. Cet album n'est pas un but, c'est une étape.
Toute l'actu de Michel Polnareff sur son site internet et sa page Facebook.
Ecoutez et/ou téléchargez la discographie de Michel Polnareff sur Pure Charts.

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