Le Roi Soleil
En septembre 2005, "Le Roi Soleil" débarquait en France, dans le sillon des succès de "Notre-Dame de Paris", "Roméo et Juliette" et "Les Dix commandements". 20 ans plus tard, la comédie musicale est de retour avec Dove Attia et Kamel Ouali aux manettes, et surtout Emmanuel Moire qui reprend son rôle de Louis XIV. Le reste de la troupe a totalement été repensé, la mise en scène aussi. Alors, que vaut cette nouvelle version proposée hier soir au Dôme de Paris / Palais des sports avant une grande tournée ? Devant un parterre de stars, de Christophe Maé, révélé dans le show, à Slimane en passant par Charles Doré ou Camille Lou, c'est d'abord Molière qui accueille les spectateurs en posant le constat d'une fronde populaire alors que le peuple de France a froid et faim, et que les impôts explosent. Cela vous fait penser à quelque chose ? D'emblée, le public est emmené en pleine révolte, découvrant alors Le Duc de Beaufort et Isabelle, la fille du peuple, campés par Flo Malley et Vanina Pietri (quelle voix !).
Des tubes comme à la belle époque
Pas d'effet wow pour débuter cette nouvelle version du "Roi Soleil", qui met quelques chansons avant de déployer toute sa puissance. C'est lorsque Louis XIV débarque sur scène - dans un effet bancal mêlant écran et trappe - que le spectacle en met réellement plein la vue aux spectateurs. Le couronnement du Roi nous emmène dans un décor magnifique de cathédrale, grâce aux effets numériques, aux jeux de lumières éblouissants, aux tenues somptueuses et surtout au premier tube de la soirée : "Etre à la hauteur". Un hymne entré dans le patrimoine qui embarque tout le monde, musicalement certes mais aussi visuellement. L'enchaînement avec "Ça marche" du fantasque frère du Roi, Philippe de France, campé par Louis Delort, est savoureux. Face à Christophe Maé dans la salle et aux fans qui tapent dans les mains, l'artiste - dont la voix est légèrement amplifiée - s'en sort avec les honneurs dans ce rôle crucial et forcément très attendu, qui porte le spectacle grâce à sa fougue et son humour.
Le constat est clair, ce retour du "Roi Soleil" - dont l'enjeu de l'histoire est un prétexte - est à la hauteur des attentes. La mise en scène modernisée accompagne parfaitement les chansons cultes du spectacle, de "Un geste de vous" à "Encore du temps" ou "Où ça mène quand on s'aime", d'ailleurs conservées dans leurs versions originales. Une excellente idée tant elles restent des madeleines de Proust, qui n'ont finalement pas pris une ride. Le casting est lui aussi une véritable réussite, avec une mention spéciale à Lou Jean (Marie Mancini), qui déploie ici sa maturité vocale dans un rôle qui lui va à merveille. Les tableaux à Versailles sont évidemment les plus somptueux, même si les écrans restent une facilité de mise en scène, et l'effet de troupe (une quarantaine de comédiens et danseurs sur scène !) bluffe à chaque fois. Quand les acrobates survolent les premiers rangs sur "Je fais de toi mon essentiel" ou que "Et vice Versailles" joue le faste au milieu de la galerie des glaces et des fontaines, le plaisir est total.
Emmanuel Moire impérial
Pilier du spectacle, Emmanuel Moire n'est jamais machinal, comme s'il jouait ce rôle pour la première fois, oscillant entre la naïveté d'un Roi débutant et la stature d'un monarque qui doit s'affirmer pour s'émanciper. Vocalement, l'artiste est irréprochable. "Le Roi Soleil" vise juste aussi quand il s'autorise un pas de côté. Dans un échange complice entre le Roi et son frère, les moqueries fusent sur le public qu'ils jugent « un peu mou ». « Il y a beaucoup trop d'invitations ce soir ! » rétorque Louis XIV avant de nous faire chanter "Etre à la hauteur". Et que dire du final magique sur "Tant qu'on rêve encore" sous les feux d'artifices ? Frissons assurés. Vous l'aurez compris, vive le Roi Soleil !