"Qui sommes nous pour juger ?" : le PDG de Spotify France défend l'utilisation de l'IA dans la création
Invité sur le plateau de "Quotidien", le PDG de Spotify France a longtemps été questionné sur la place de l'intelligence artificielle sur la plateforme de streaming, qu'il voit comme "une révolution technologique".

TMC
Quelle place accordée à l'intelligence artificielle dans la création ? L'épineuse question, qui touche toutes les strates et courants professionnels du monde de la culture, soulève particulièrement des craintes dans l'industrie de la musique, partagée en plusieurs camps sur la question. Dès 2023, Sting a mis en garde les artistes contre cette « bataille » à mener pour « défendre notre capital humain ». Depuis, tout s'est accéléré : un groupe fictif, The Velvet Sundown, rencontre le succès avec un album entièrement généré sur logiciel et une reprise afro-pop de "Papaoutai", sans aucune implication de Stromae, est jouée sur les radios. Entre débats houleux et accusations, c'est toute la société qui navigue désormais dans un climat de suspicion générale et si une partie du public est farouchement opposée à ces pratiques, un acteur majeur du secteur refuse de s'opposer à l'utilisation de l'intelligence artificielle : Spotify, le géant du streaming.

Contrairement à Deezer, qui ajoute une mention « Contenu généré par IA » sur la fiche de toute musique suspectée, la plateforme suédoise prône la liberté totale de création. « L'intelligence artificielle, c'est une révolution technologique dans la musique comme la musique en connaît depuis très longtemps. On ne va pas revenir sur le synthétiseur, le sampleur, l'ordinateur, le vocodeur. À chaque fois, il y a des outils nouveaux pour produire de la musique » estime Antoine Monin, PDG de Spotify France et Bénélux invité mercredi soir dans l'émission "Quotidien" sur TMC pour parler du 20ème anniversaire de Spotify.

"Si vous n'avez pas de talent, vous ne sortirez pas du lot"

Pour lui, l'émergence de l'IA, qui représenterait 26% des morceaux indexés sur le service suédois, provoque le même bouleversement que la musique assistée par ordinateur (MAO), devenue monnaie courant dans l'industrie depuis son développement dans les années 80 : « Quand, à un moment, on a dit aux musiciens : "Vous n'avez plus besoin d'instruments pour faire de la musique", ça a été la même révolution et on a entendu des cris d'orfraie ». « Nous, on croit fondamentalement en quelque chose : c'est dans le talent et la créativité humaine. Si vous n'avez pas de talent, vous pouvez utiliser tous les outils que vous voulez, vous n'aurez pas de talent et vous ne sortirez pas du lot » estime-t-il.

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Selon Antoine Monin, « il y a toujours un humain derrière » l'outil. « Il y a quelqu'un qui ouvre un ordinateur qui donne un prompt, deux prompts, trois prompts, quatre prompts et à un moment, il y a quelqu'un qui va créer une oeuvre. Est-ce qu'elle aura un intérêt ou pas ? Ça, c'est l'utilisateur qui va le déterminer. Mais on ne va pas juger l'outil qu'utilise l'artiste » argue le directeur général de Spotify France, qui pointe du doigt une réalité complexe : « La définition de 100% IA n'est pas très claire parce qu'aujourd'hui, on a du mal à dire : est-ce que c'est 100%, 90% ou 80% ? Qui va mettre la règle, où et comment ? Si un artiste décide de composer sa musique avec l'IA, mais d'écrire lui-même les paroles, qui sommes-nous pour juger ? » ».

"Il y a de plus en plus d'artistes qui l'utilisent"

Un exemple récent vient étayer son propos. Le rappeur Booba vient d'admettre que son dernier single "DD" a été créé avec l'aide d'une IA, et qu'il a même « des duos avec Shakira sans Shakira » en stock. « Aujourd'hui, il y a de plus en plus d'artistes qui utilisent en partie des outils d'IA dans l'aide à la création, dans l'aide à la composition, dans l'aide au mixage » souligne Antoine Monin.

Pour le professionnel, l'usage de l'intelligence artificielle ne doit pas être freiné mais régulé. « Il faut que cette musique soit légale. C'est-à-dire qu'il faut que cette musique ne soit pas de la musique utilisée pour faire de la fraude aux streams. Il ne faut pas que ce soit de la musique qui soit en violation du droit d'auteur » prône-t-il, en précisant que Spotify va accélérer sa politique sur « la légitimité des contenus ».

Par Yohann RUELLE | Journaliste
Branché en permanence sur ses playlists, il sait aussi bien parler du dernier album de Kim Petras que du set de techno underground berlinois qu'il a regardé hier soir sur TikTok. Sa collection de peluches et figurines témoigne de son amour pour les grandes icônes de la pop culture.