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Quel chemin parcouru par Raye ! Celle qui se plaignait que son label ne l'autorise pas à sortir son album est depuis devenue une superstar. Nouvelle idole du public britannique, la chanteuse a aussi traversé les frontières avec brio, au détour d'un tube devenu viral sur TikTok. Preuve en est, son concert organisé hier soir à l'Accor Arena de Paris a affiché complet en un rien de temps. Raye l'assume et le revendique, elle est une « drama queen ». Dont acte. Dès l'intro, la nouvelle idole débarque sur scène avec lunettes de soleil et luxueux manteau de fourrure devant un grand rideau rouge très Broadway. Un nuage descend du ciel et laisse tomber de la neige en confettis.
Un début clinquant qu'elle enchaîne immédiatement à... "Where Is My Husband!", son tube du moment. Imaginez les Rolling Stones chanter "Satisfaction" au bout de 10 minutes. C'est osé mais le public ne lui en tient pas rigueur. Mieux, il offre d'emblée une très longue standing ovation à une Raye hallucinée par tant d'amour. Car son dernier vrai concert en France a eu lieu il y a trois ans à La Cigale devant un millier de curieux. Ils sont, ce dimanche soir, 20 fois plus à venir faire un triomphe à celle que l'on voit déjà comme la nouvelle Amy Winehouse.
"Ice Cream Man", un moment déchirant
Et c'est parti pour le Raye show. "The Thrill is Gone" et "Suzane", emmenés par une section de cuivres rutilants, mettent le public de Bercy dans sa poche. Dans sa somptueuse robe rouge à franges, la chanteuse est l'objet de tous les regards, multiplie les envolées vocales hallucinantes et discute même avec quelques fans dont elle reconnaît le visage dans les premiers rangs. Rien à dire, Raye bénéficie d'un énorme capital sympathie et sait tenir une scène. L'artiste bavarde beaucoup sans jamais que ce soit trop, racontant son histoire et ses déceptions, blaguant avec ses musiciens ou remerciant le public d'avoir rempli cette salle. En ce lendemain de Saint Valentin, les déceptions amoureuses sont au coeur de ses chansons, notamment une dédiée à son ex : « On a totalement coupé les ponts. Il ne m'envoie même plus de message pour mon anniversaire, c'est dire ! ».
Puis Raye remonte le temps et nous emmène dans un club de jazz où elle reprend avec brio "Fly Me To The Moon", popularisé par Frank Sinatra, qui lui vaut une nouvelle ovation. « C'est le ventre mou du concert, selon mon équipe » ironise-t-elle. Quelques minutes plus tard, débarque la séquence la plus forte du show. Seule au piano, la chanteuse propose "Ice Cream Man", titre qui évoque l'agression sexuelle dont elle a été victime : « Les statistiques sont effrayantes. Un quart des hommes et des femmes ont déjà été victime de viol. Cela veut dire que dans cette salle, une personne sur quatre en a été victime ». Immense froid dans la salle. Le public retient son souffle : « C'est délicat de chanter cette chanson. Certains soirs ça me rebooste, d'autres soirs ça me détruit ». Raye interprète le titre quasi a cappella et le finit aux bords des larmes. Le public se lève d'un bond et lui offre une acclamation inouïe.
@purechartsfr @Raye met le feu à l'@Accor Arena avec son tube "Where Is My Husband!" ❤️🔥 #raye #whereismyhusbund #concert #paris ♬ son original - Purecharts
Un concert classieux mais décousu
Si Raye rayonne, son concert manque parfois de brillant. Certes, c'est beau, ça chante divinement bien, ça joue fort (ils sont jusqu'à 20 sur scène !). Mais parfois ça ne prend pas. À quelques exceptions près (dont les superbes "Suzanne" et "Oscar Winning Tears"), son répertoire manque encore cruellement de grandes chansons et reste finalement assez homogène. Si le show s'étire parfois en longueur (il dure 2h15 au total) quand il aurait mérité d'être plus concis, son ambiance club façon cabaret ou théâtre aurait mieux sied dans l'écrin intimiste d'un Olympia ou d'une Salle Pleyel plutôt qu'à un immense Bercy, sans véritable scénographie adaptée au lieu.
De plus, la star britannique chante pas moins de 10 titres de son deuxième album, attendu fin mars, et que le public ne connaît donc pas encore. C'est osé et un peu risqué. D'autant qu'à l'exception de "Click Clack Symphony" et du réjouissant "Joy", ses nouvelles propositions sont moins marquantes. Raye en plaisante en montrant un QR code pour inciter le public à acheter son projet et rappelle qu'elle gère sa carrière en indépendant. Alors que paradoxalement, le show semble parfois trop hétéroclite, passant ainsi de l'ambiance feutrée d'un club de jazz à une boîte de nuit sans cohérence.
Sans prévenir, vers la fin de la soirée, RAYE se transforme en RAVE, rappelant qu'elle a fait ses armes sur des morceaux électro de David Guetta, Jax Jones ou Regard. Une parenthèse club qui tombe un peu comme un cheveu sur la soupe au milieu d'un show élégant et qui se termine aussi rapidement qu'elle a commencée. Avant de conclure sur une nouvelle note plus percutante avec "Escapism", où les beats électro se confrontent aux groupes de cuivres et de cordes sur scène. Un final à l'image du concert : ébouriffant mais déroutant.
Setlist du concert de Raye
Intro: Girl Under the Gray Cloud.
I Will Overcome
WHERE IS MY HUSBAND!
The Thrill Is Gone.
Suzanne
Beware the South London Lover Boy
Flip a Switch. / Decline
The Winter Woman
Hard Out Here. / Genesis, pt. ii
Fly Me to the Moon
Worth It.
Nightingale Lane
Ice Cream Man.
I Know You're Hurting
Oscar Winning Tears.
Click Clack Symphony
Prada / You Don't Know Me / Black Mascara.
Joy
Rappel :
Escapism.