Bestimage
Le 10ème anniversaire de la disparition de Prince est l'occasion pour bon nombre de se remémorer à son bon souvenir et d'offrir au public quelques anecdotes. Tandis qu'un musicien a mis un terme aux rumeurs de rivalité avec Michael Jackson, le public a pu découvrir la version démo de "With This Tear", chanson écrite par Prince pour Céline Dion au début des années 90. Une autre anecdote revient sur le tapis et elle fait état du statut aussi légendaire que sulfureux de l'artiste. Le fameux logo "Parental Advisory Explicit Content", qui orne la plupart des albums rap depuis plus de 30 ans, n'a pas été créé à cause de Public Enemy, Run DMC ou NWA... mais bien Prince !
Le fait (sulfureux) du Prince
Il faut dire que le Kid de Minneapolis a toujours flirté avec la censure. Déjà en 1980 sur son troisième album "Dirty Mind", il chante la fellation, l'inceste ou le sexe débridé dans « la voiture de mon père » à travers les morceaux "Head" et "Sister". À l'époque, un premier sticker est apposé sur les exemplaires du disque, l'ancêtre dudit "Parental Advisory", pour prévenir le public des paroles sulfureuses. Ce qui lui vaut une belle polémique mais permet tout de même au disque de se vendre à 500.000 exemplaires. D'autant plus qu'à l'époque, Prince se produit sur scène en slip, porte-jarretelle et trench coat. Une image qui va marquer durablement les esprits.
Cinq ans plus tard, Prince est sur le toit du monde. Son album "Purple Rain" explose tous les compteurs et se retrouve simultanément numéro un des ventes d'albums, de singles, du box-office avec le film du même nom ainsi qu'avec sa tournée. C'est au même moment que Tipper Gore part en croisade contre le nain pourpre.
"J'étais choquée puis furieuse"
Femme du futur vice-président américain Al Gore, elle apprend que sa fille Karenna, 11 ans, est fan de Prince et découvre alors sur la chanson "Darling Nikki", aux paroles plus qu'explicites : « Je connaissais une fille nommée Nikki / On pourrait dire qu'elle était une obsédée sexuelle / Je l'ai rencontrée dans le hall d'un hôtel / Elle se masturbait avec un magazine ». Tipper Gore tombe de très haut. « Je trouvais que c'était inapproprié, pour elle et sa soeur de 6 ans, d'entendre une chanson qui parle d'une fille qui se masturbe avec un magazine. Je n'avais aucun avertissement. Tout ce que je savais, c'est que Prince était la nouvelle idole des jeunes et qu'il venait de remporter un Grammy Award » déclare-t-elle à l'époque en conférence de presse.
Dans son livre "Raising PG Kids in an X-Rated Society" sorti en 1987, elle écrit : « Au début, j'étais choquée puis furieuse. Des millions d'Américains achetaient "Purple Rain" sans aucune idée de ce qu'ils allaient écouter. Des milliers de parents donnaient cet album à leurs enfants, certains étant même bien plus jeunes que ma fille ».
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C'en est trop pour Tipper Gore, qui va alors co-créer le Parents Music Resource Center (PMRC), afin de militer pour l'étiquetage des albums pour prévenir du contenu explicite des paroles. Naît alors le fameux sticker "Parental Advisory Explicit Content". Dans le même temps, l'association dresse la liste de 15 chansons populaires à l'époque et dites répréhensibles, sous le nom "Filthy Fifteen", soit les "Quinze sales". On y retrouve "Dress You Up" de Madonna, "She Bop" de Cyndi Lauper, des titres de Black Sabbath, Judas Priest ou AC/DC accusés de glorifier la violence, l'usage de drogue et le sexe. "Darling Nikki" trône à la première place de la liste devant "Sugar Walls" de Sheena Easton, également signé Prince, et "Strap On 'Robbie Baby'" de Vanity, une de ses anciennes protégées.
Un avertissement contreproductif
Il faudra néanmoins attendre 1990 pour qu'un premier album ait le droit au sticker "Parental Advisory" : "Banned in the U.S.A." du groupe de rap 2 Live Crew, alors accusé d'obscénité. Si l'action préventive de Tipper Gore et du PMRC était louable, elle a pourtant eu un effet inverse : la présence d'un "Parental Advisory" permettait de booster les ventes dudit album. « Dans la plupart des cas, il permettait de faire vendre plus de disques dans certaines régions. Il suffit de dire à quelqu'un que c'est interdit et ça va le pousser à aller [l'acheter] » résumait Philip Bailey d'Earth, Wind & Fire à ce sujet.
Prince ne réagira jamais véritablement à la polémique qui, au contraire, a entretenu sa réputation de chanteur sulfureux. D'où la naissance de cette prétendue rivalité avec Michael Jackson, considéré comme son pendant plus sage. Après le "Purple Rain Tour", la chanson "Darling Nikki" ne sera que très rarement interprétée par Prince sur scène, qui s'amusait justement que le public chante à sa place les paroles incriminées. « Vous devriez avoir honte ! » leur disait-il souvent. Au tournant des années 2000, alors qu'il devient témoin de Jéhovah, Prince supprime la plupart des chansons sulfureuses de ses prestations live comme "Dirty Mind", "Head" ou "Darling Nikki". Il ira même jusqu'à renommer "Sexuality" en "Spirituality" pour coïncider avec sa nouvelle foi.