Ebony en interview : "J'ai pris une route qui n'est pas celle des autres et j'en suis fière"
La "Star Academy" est définitivement derrière elle. Ebony devient Queen Sheba pour la sortie de son premier album "Ménélik". Un disque ambitieux, à contre-courant, qui s'est construit avec une crainte : celle de ne pas être libre. Rencontre avec une artiste qui impose déjà sa vision unique.

Epic
Propos recueillis par Yohann Ruelle.

Tu viens de vivre une année riche et charnière : tu passes du statut de finaliste d'un télécrochet à celui d'artiste présentant son propre projet. Comment as-tu vécu cette période de transition ?
C'est vrai que cette année a été très chargée et la transition est forcément très brutale. Ma vie avant la "Star Academy" et la transition avec le château était déjà particulière, mais le passage du château au début d'une carrière d'artiste est aussi hyper intense et assez brutal. Mais je l'ai bien vécu ! Je l'ai bien vécu parce que c'était le moment de me plonger enfin dans l'artistique. Sortir d'une compétition pour ne plus y être et se concentrer avant tout sur la musique et mon univers, c'est un moment que j'ai adoré vivre.

J'ai eu beaucoup de doutes mais je me suis écoutée
Qu'est-ce qui a été le plus complexe dans la création de l'album ? Être à la hauteur des attentes ou justement faire abstraction du bruit ambiant ?
Je dirais que c'est un mélange des deux. Au début, avec la notoriété assez forte et l'attente du public, tu te poses beaucoup de questions sur le genre de musique à sortir. Tu es en mode : "OK, j'ai envie que le premier titre plaise mais j'ai envie d'être moi-même". Ensuite, tu as une deuxième phase qui vient où tu te dis : "En vrai Ebony, écoute pas tout ça". Tu essaies de te mettre en tête que tu ne dois pas forcément écouter les avis extérieurs mais te concentrer sur ce que toi tu as vraiment envie de faire à l'intérieur de toi. Ce n'est pas facile comme passage parce que les doutes sont nombreux mais au final, je me suis écoutée et je suis contente.

Quelle signification donnes-tu à ce nom d'album, "Ménélik" ?
Ménélik, c'est un empereur d'Éthiopie et le nom du fils de Queen Sheba, la reine de Saba, et c'est là où est la symbolique cool : pour moi mon album, c'est aussi mon premier fils, mon premier bébé, et j'en suis fière. (Elle balance ses bras) Je vais porter le CD comme ça, je vais le regarder tous les matins, je serai très heureuse ! (Rires) C'est ce parallèle entre ce nom qui m'accompagne, Queen Sheba, et mon premier album.

À un moment, j'ai cru me perdre
Si on entre un peu plus dans les chansons, il est beaucoup question d'identité dans ce premier album. Tu chantes par exemple « J'ai tout fait pour leur plaire » dans "La source". Tu as eu l'impression, à un moment, qu'on a cherché à t'imposer une image ?
Il y a un moment où je me suis demandée quelle image j'avais aux yeux des gens. Quand tu débarques sur les réseaux sociaux après la "Star Academy" et que tu lis ce que les gens pensaient, tu te dis : "OK, certaines personnes ont l'air de ne pas avoir compris, de ne pas avoir aimé qui j'étais". Alors que j'ai essayé d'être vraie et de faire de mon mieux. Du coup, tu doutes de qui tu es. Tu as tout donné pour qu'on puisse t'apprécier mais au final on ne t'apprécie pas forcément. Tu vois ce que je veux dire ? Tu te perds parce que tu essayes de respecter les codes de la société et de l'industrie. Moi quand j'arrive, je ne connais pas tout. Tu te demandes : "Tout le monde fait ça autour de moi, est-ce que c'est ça qu'il faut que je fasse ? Sur les réseaux sociaux, faut faire ça pour fonctionner ? Pour plaire aux gens ?". C'est ça que j'ai ressenti. Je me suis sentie perdue.

Tu as eu peur de ne plus être toi ?
Oui, j'ai eu peur de plus être moi. J'avais cette volonté de rester fidèle à moi-même jusqu'au bout et j'avoue qu'à un moment, j'ai cru me perdre un peu.

Une réponse à mon vécu et à mon parcours
Est-ce que cet album est une réponse à toutes les critiques, à toutes les choses que tu as pu lire et recevoir ?
Je pense que cet album c'est une réponse à mon vécu et à mon parcours avant tout. Tout ce que j'ai vécu, je l'ai absorbé et je l'ai mis dedans : l'aventure, la quête de soi, le regard des autres, la peur de ne plus être soi-même... Ce qui est hyper particulier, c'est que ces chansons ont grandi pendant que j'étais en train de vivre ça. C'est-à-dire qu'au fur et à mesure de la création de l'album, et même au fur et à mesure de son écoute, cette évolution est connectée avec la timeline dans laquelle je suis. Au début de l'album, je suis vraiment totalement perdue, j'ai des doutes, j'ai l'impression d'être automatisée. Pendant que je faisais ces chansons-là, j'avais envie d'exprimer mes émotions mais je n'arrivais plus à pleurer normalement, je n'arrivais plus à dire ma vérité... C'était très compliqué. Cet album, il s'est construit en même temps que je me posais toutes ces questions.

Est-ce qu'écrire et chanter sur ce sujet de l'authenticité, ça t'a permis de laisser ces questionnements derrière toi pour t'épanouir ?
Aujourd'hui, je suis épanouie ! Je trouve que je suis moi-même, je suis authentique dans ma démarche, dans tout ce que j'entreprends et c'est vraiment ça mon objectif. Mais cette quête de toujours être de plus en plus soi-même, de pouvoir être libre à 100%, c'est un cheminement en cours. Je n'ai pas envie que ce soit le chemin de toute ma vie ! Mais je sais qu'aujourd'hui, je suis encore en train de prendre le temps. Par exemple, je sais que parfois je ne m'habille pas comme j'ai vraiment envie de m'habiller tu vois. Parce que je me dis qu'untel va penser ça, qu'il faut être conforme... J'ai hâte d'arriver à cette liberté d'expression pour me sentir à 100% moi dans la vie de tous les jours.

Ce projet-là, il ne s'est pas censuré
Musicalement, comment tu as fait pour retranscrire ce besoin de liberté dans les sonorités de l'album ?
Ce rapport à l'authenticité et à la liberté, on a essayé de le faire en se demandant avec l'équipe : quelles sont les influences qu'on aime ? Qu'est-ce que qu'est-ce qui nous nous fait vibrer musicalement ? On aime le rock, la pop, l'afro, l'électro... on va tout mettre ! (Sourire) On ne s'est pas vraiment mis de limites sur ça. On s'est senti libre d'exprimer notre musique sans forcément penser à des codes particuliers. J'ai toujours voulu faire ça. Pour moi, c'est ça la musique : je ne réfléchis pas, je ressens quelque chose et je le transmets pour essayer de me créer un son. Quand tu es un artiste, il y a toujours ce truc qui est cool d'expérimenter pour essayer d'obtenir quelque chose que te ressemble en finalité.

Tu as conscience que c'est un risque d'arriver avec un album sans compromis, qui ne correspond pas forcément aux codes attendus après un télécrochet comme la "Star Academy" ?
Oui parce que tu regardes ce qui se fait autour et tu te dis : "J'avoue que ça ressemble pas vraiment à ce que tout le monde fait". (Rires) Des fois ça participe à tes doutes, à tes peurs, mais ça participe aussi à ma quête d'authenticité. Et en fait c'est super parce que je suis restée moi-même. J'ai pris une route qui est la mienne et elle n'est pas comme les autres. J'en suis fière. Je me suis exprimée librement et le point positif de ce projet-là, c'est qu'il ne s'est pas censuré. La quête de ma carrière, c'est de ne plus faire de compromis et d'aller au bout de ma vision.

C'est un rêve de faire l'Olympia
Des personnalités comme Helena ou Marine ont beaucoup parlé du côté intrusif de la célébrité. Comment tu fais pour te protéger ?
Au début c'était compliqué, surtout par rapport aux réseaux sociaux. Quand ça a commencé, j'étais très curieuse de tout aller voir, de tout regarder. Puis on se rend compte que ce n'est pas forcément bien pour nous, donc il faut réussir à couper. Aujourd'hui ça va beaucoup mieux parce que quand je me balade, j'essaie de ne plus penser à ça. Ma phobie au tout début, c'était de sortir et de me dire : "On va me reconnaître". La première fois que j'ai mis les pieds à Paris, j'ai eu cette panique, j'étais très stressée. J'ai beaucoup pleuré, je me suis même cachée dans le sous-sol de mon lunettier parce que j'avais peur ! (Rires) Aujourd'hui, plus du tout. Je prends mon RER et je fais comme si ma vie était comme avant.

Pourtant, avec la tournée et l'Olympia qui arrivent, ta vie n'est plus du tout comme avant ! C'est un rêve qui se concrétise ?
J'avoue que oui, c'est un rêve de ouf de faire l'Olympia, d'avoir mon nom en lettres rouges sur la devanture, et de faire ma tournée et les festivals aussi. C'est fantastique. J'en ai rêvé depuis toujours, quand j'étais petite je m'imaginais sur scène... Et aujourd'hui ça se concrétise grâce au public, grâce à toutes les personnes qui m'ont soutenue. Je suis super heureuse !

Dernière question impossible : quelle est ta chanson préférée de l'album et pourquoi ?
Aïe aïe aïe ! Je pense que je les aime toutes, mais il y a une chanson qui s'est un peu détachée du lot avec le "Conception Tour" parce que j'ai adoré l'interpréter : c'est "Rêves d'enfant". Parce que je me vois étant petite, parce que les paroles me touchent, parce qu'elles se raccrochent à mon évolution en tant qu'enfant, adolescente et jeune femme. Quand je la chante, je vibre à 100%. Et il y a aussi une note d'espoir car j'y cite plein d'événements un peu difficiles qui se sont passés dans ma vie, les peurs, les craintes... Je lui dis quand même d'y croire, de regarder ses rêves pour elle et au final, ben je suis là. J'ai réussi à croire en mes rêves et à être sur scène.

Par Yohann RUELLE | Journaliste
Branché en permanence sur ses playlists, il sait aussi bien parler du dernier album de Kim Petras que du set de techno underground berlinois qu'il a regardé hier soir sur TikTok. Sa collection de peluches et figurines témoigne de son amour pour les grandes icônes de la pop culture.
Ebony - Conception Tour

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