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samedi 12 février 2022 12:30

Aurora en interview : "Plus tu es connu, moins on t'autorise à être humain"

Par Théau BERTHELOT | Journaliste
Passionné par la musique autant que le cinéma, la littérature et le journalisme, il est incollable sur la scène rock indépendante et se prend de passion pour les dessous de l'industrie musicale et de l'organisation des concerts et festivals, où vous ne manquerez pas de le croiser.
Aurora enchante la planète pop avec son album "The Gods We Can Touch". De passage à Paris il y a quelques jours, la chanteuse norvégienne nous en a dit plus sur la célébrité, son duo avec Pomme, le succès inattendu de "Runaway" sur TikTok ou ses vues sur l'industrie musicale. Interview !
Crédits photo : DR
Propos recueillis par Théau Berthelot.

Ton nouvel album est sorti depuis quelques jours. Comment vis-tu son accueil ?
J'ai été submergée mais c'est très beau la façon dont les gens ont placé cet album dans leur coeur. En un sens, c'est assez bizarre car c'est très touchant, surtout de la part des journalistes parce que je vois qu'ils ont fait des critiques intelligentes avec leurs cerveaux et leurs coeurs. Ils ont essayé de comprendre le sens profond des choses et je suis très honorée car c'est une chose magnifique. Aussi, je ne me soucie pas vraiment de ce que les gens pensent de moi. Je suis touchée, mais je sais ce que je ressens et c'est assez pour moi. Personne d'autre que moi ne peut ressentir ces choses-là. Donc c'est un peu des deux.

Quelques mois avant la sortie de l'album, tu as connu un succès inattendu sur TikTok avec "Runaway" !
C'était très surprenant et très étrange. C'est bizarre parce que ça montre à quel point TikTok a un énorme impact, notamment dans le monde musical. Je n'ai jamais compris les réseaux sociaux, j'ai toujours trouvé ça assez bizarre. Pour moi, c'est dur de comprendre le nombre de followers, les critiques, les commentaires, parce que ça ne veut pas dire grand chose. C'est plus important quand tu rencontres les gens et que tu fais des concerts... Donc peut-être que je vais comprendre ce succès avec "Runaway" quand je serais en tournée et que je reverrais mon public. Mais pour le moment, je ne le comprends toujours pas.

J'imagine que ça t'a surpris vu que la chanson date de 2015 ?
Elle est si vieille ! C'était très bizarre. Mais ça fait aussi sens car parfois, une chanson sort à un moment donné et le monde trouve son intérêt dans la chanson quand il est vraiment prêt. C'est assez arbitraire. J'étais assez surprise.

« Le succès de "Runaway", je ne le comprends toujours pas »
Tu penses que ça t'a amené un nouveau public ?
Je ne sais pas encore, je ne suis pas si souvent sur ces choses-là, les réseaux sociaux. Bien évidemment, j'ai remarqué cela… Je ne sais pas combien j'ai de followers mais ça ne fait que monter. [Elle demande à son attaché de presse] J'ai combien de followers ? [Elle lui répond 2,2 millions] C'est bien au-dessus du million, avant on était à 800.000. Je vois ça dans les chiffres, je me rends compte que c'est bien différent d'avant. C'est la seule chose que j'ai remarqué mais honnêtement, je m'en fiche un petit peu.

Aujourd'hui, on voit de plus en plus de chansons écrites pour ou sur TikTok. Quel est ton point de vue sur ce phénomène ?
C'est ok… Si tu veux avoir du succès, c'est une façon assez intelligente de faire du marketing. Mais artistiquement, je n'ai pas grand-chose à dire. C'est une idée très intelligente et très logique donc ça fait sens. Et pour les enfants, c'est fun car ils peuvent apprendre les danses. Ça peut rassembler les gens. Je peux y voir une certaine forme de beauté mais c'est aussi assez étrange. J'espère que la musique ne deviendra pas l'esclave de TikTok.

C'est-à-dire ?
La musique, c'est tellement plus que ça ! C'est quelque chose de tellement beau, de tellement spirituel. Ça peut nous faire danser, pleurer, nous sentir connectés... C'est quelque chose de grand. J'espère que la musique restera toujours plus grande que n'importe quelle application !

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« Je ne me soucie pas de ce que les gens pensent de moi »
Tu dis écrire tout le temps. Cet album est donc né très rapidement après la sortie du précédent ?
Oui ! J'ai commencé à l'écrire immédiatement après la sortie de "A Different Kind of Human" [en juin 2019, ndlr] parce que j'adore faire des albums. Et maintenant que j'ai sorti "The Gods We Can Touch", on a déjà commencé à travailler sur mon prochain album. J'adore créer, composer des albums, c'est la chose que je préfère au monde et c'est ce qui m'amuse le plus dans la vie.

Il est plus imposant que les précédents, à la fois dans les sonorités mais aussi dans la durée : pourquoi ce choix ?
Oui, c'est ce que je voulais avec cet album. Déjà avec la longueur du titre "The Gods We Can Touch", et surtout je voulais que le symbolisme de l'album se réfléchisse dans la musique. C'est un album assez imposant.

On te voit à 8 reprises sur la pochette du disque...
8 est mon chiffre favori ! Et chaque chose avec un 8 veut dire beaucoup de choses pour moi (sourire).

« J'espère que la musique ne deviendra pas esclave de TikTok »
C'est aussi en rapport à la mythologie grecque qui est l'une des principales inspiration de l'album ? Qu'est-ce qui t'a intéressée là-dedans ?
Quand j'ai commencé à faire cet album, j'ai lu beaucoup de choses sur l'histoire et la religion. Je suis vraiment fascinée par la religion, celle d'aujourd'hui et celle d'il y a 50 ou 100 ans. Ce que je trouve intéressant là-dedans, c'est que certaines choses sont restées les mêmes, d'autres ont énormément changé. Ce que j'aime dans la religion d'avant, c'est qu'elle était bien plus approchable qu'aujourd'hui. Les dieux étaient moins parfaits, on pouvait se voir en eux. Ils n'étaient pas tout-puissant et omniscients. Ils avaient des failles, des choses humaines et donc on pouvait voir le côté humain des dieux que l'on vénérait, et pour moi c'est une chose magnifique. J'adorerais que chacun d'entre nous se voie dans ce qu'il vénère. Parce que c'est quelque chose de bon pour le cerveau de ne pas être obsédé par l'idée de perfection et l'idée que tu dois être parfait pour être digne, c'est ce que j'aime dans la mythologie grecque.

De tous les dieux et déesses que tu évoques au fil de l'album, te sens-tu particulièrement proche d'un ou une en particulier ?
Je me sens proche de plusieurs d'entre eux. Et ce que j'aime plus dans la mythologie grecque, c'est le fait qu'ils célèbrent ce dont on a honte dans la religion aujourd'hui. Comme le fait d'être une femme, ça a été quelque chose de très mauvais pendant longtemps, comme les sorcières qu'on brûlait... Mais dans le monde d'aujourd'hui on brûle toujours les sorcières mais d'autres façons. Le fait d'être gay ou trans était aussi toléré. D'être pur, sexuel, de profiter de ton propre corps... Toutes ces belles choses naturelles étaient acceptées mais avec le temps, on a fini par les oublier et les transformer en mauvaises choses. C'est quelque chose que je déteste : on acceptait plus de choses il y a 100 ans que maintenant. C'est vraiment triste car on a perdu ce progrès dans le bien-être des gens. Si tu ne peux pas être qui tu es, qui vas-tu être ?

Ecoutez "Everything Matters" en duo avec Pomme :


En tant que Français, la chanson qui fait le plus parler est évidemment ton duo avec Pomme, "Everything Matters". Comment est-il né ?
C'est une coïncidence... On ne s'est pas encore rencontrées en vrai, je vais la voir aujourd'hui pour la première fois donc je suis très excitée. Nous nous sommes rencontrées par hasard en ligne. J'ai reçu un mail qui me présentait à Pomme. Donc quelqu'un quelque part a pensé que c'était une bonne idée de nous présenter. On s'est parlées un peu par Skype, elle était à Montréal et moi en Norvège. Elle est très gentille et adorable. Quand j'ai fait mon album dans ce château à Rosendal, qui a une histoire française, je me suis demandée de quelle façon je pouvais honorer ce lieu qui m'a tant inspirée. Je ne faisais que manger français tous les jours vu qu'on avait qu'un chef français, Ludo. Je voulais inclure, sur le morceau d'ouverture, un cadeau à ce château et c'est devenu évident de faire appel à Pomme pour cette chanson. Elle a écrit sa propre version des paroles, et l'a chantée à la fin comme si elle flottait depuis la France. Et je pense qu'on va faire plus de choses ensemble.

« Avec Pomme, on s'est rencontrées par hasard en ligne »
Ce duo est assez inattendu puisque Pomme n'est pas encore très connue à l'étranger...
Oui mais je l'adore et en fait, j'avais déjà entendu sa musique auparavant. J'adore sa chanson "Adieu mon homme" mais aussi son esthétique qui m'a inspirée. Je ne sais pas comment je l'ai découverte mais je pense que c'était quand j'étais à Paris chez un disquaire. J'ai un de ses vinyles. C'est assez inattendu mais c'était quelque chose d'évident, peut-être moins évident vu de l'international.

Il y a une chose qui vous rapproche, c'est que vous parlez honnêtement de vos failles dans vos chansons. C'est même le titre du deuxième album de Pomme. C'est quelque chose d'important à tes yeux d'être aussi honnête dans tes chansons ?
Oui ! Parce que j'ai l'impression que tant de personnes sont malheureuses à cause de leurs défauts, et à travers l'histoire, nous avons marqué certaines choses comme des failles alors que c'en n'est même pas. Le mot en lui même, c'est quelque chose de compliqué, ça nous rend triste mais c'est naturel. On a tous ça en nous. Nous devrions repenser l'idée de failles, et c'est ce que j'essaie de faire avec cet album, qui parle de cette idée de ne pas vénérer ce qui est parfait mais plutôt imparfait.

Tu aimerais collaborer avec d'autres artistes françaises ?
Je pense qu'après Pomme, j'aimerais encore plus collaborer avec Pomme. Je pense que tu pourras entendre encore plus de choses venant de nous !

« On acceptait plus de choses il y a 100 ans que maintenant »
Vivement ! Dans tes chansons, il y a toujours l'évocation de Mère Nature, de notre rapport à la terre... Qu'est-ce qui te touche dans ce thème ?
Je ne pense pas que la musique existerait sans la nature. J'adore passer du temps dehors, j'adore m'asseoir dans la forêt sous les arbres, sentir la mousse ou l'herbe, j'adore la pluie qui tombe sur mon visage... C'est juste le fait d'être dehors, d'être en connexion avec la nature. Le monde nous demande beaucoup de choses mais pas la nature. Elle ne fait que donner et nous, on a juste à s'asseoir et à exister, et c'est tout. C'est quelque chose de rare à expérimenter aujourd'hui. Et j'aime ça ! Il y a à la fois une gentillesse mais aussi une cruauté, c'est très complexe. Et je suis très inspirée par elle, c'est tout ce que je peux dire. Parce qu'elle me donne tant de choses, je veux lui rendre en retour.

Tu évoques aussi les inégalités hommes-femmes, l'idée d'empouvoirement, la communauté LGBTQ+... Dans la chanson "Exist for Love", tu parles d'une "guerre entre les hommes les femmes"... Qu'entends-tu par là ?
Ce que je veux dire, c'est qu'il y a une guerre entre le masculin et le féminin. Ça parle des hommes qui ont honte d'avoir un côté féminin et des femmes qui ont honte de leur côté masculin. Si je le dis plus directement, le masculin et le féminin peuvent fonctionner comme le chasseur et la proie. Parfois, selon les situations, l'homme est la proie, et parfois c'est la femme. Mais je pense que nous sommes tous en guerre contre tous les prédateurs dans ce monde et ça me brise le coeur que ce soit toujours quelque chose dont on doit parler aujourd'hui. Mais on fait cela pour la sécurité des femmes ou des personnes trans ou gay dans la rue ; ou pour toutes les personnes sensibles qui ne correspondent pas aux stéréotypes machistes, ce qui est horrible car ils passent leur vie à faire semblant d'être quelqu'un d'autre. Je n'ose même pas imaginer cette bataille intérieure au quotidien que peuvent ressentir ces personnes-là, de prétendre chaque jour que tu es quelqu'un d'autre que la personne que tu es en réalité. C'est triste car c'est de l'énergie gâchée qui pourrait être dépensée dans d'autres choses, comme vivre une vie plus heureuse.

Regardez le clip "Giving In To The Love" :


La chanson "Giving In To The Love" a un texte très fort où tu sembles parler de ton rapport à l'industrie musicale : est-ce exact ?
C'est UNE relation mais ce n'est pas nécessairement MA relation avec quelqu'un ou à quelque chose. Mais je pense que si on écoute la chanson, ça peut être compris comme ma relation avec l'industrie. Mais ça peut être aussi celle de toutes les personnes, celle des gens avec leur image corporelle... Ça peut être relié à tant de relations qui ne sont pas positives pour les gens.

En tant que femme, est-ce facile de progresser dans l'industrie musicale, qui est souvent vue comme quelque chose de masculin ?
Je n'y ai jamais vraiment pensé car j'ai toujours été une tête de mule. Ça remonte à mon enfance car on m'a appris, et j'ai appris aussi par moi-même, que je n'ai pas besoin d'écouter les avis des autres, d'entendre ce qu'on attend de moi. Je peux juste être qui je suis vraiment, faire ce qui me fait me sentir bien et c'est ça être une artiste. C'est assez facile parce que je suis ma propre cheffe, même si parfois les gens essaient de te duper et de te persuader que ce n'est pas le cas. C'est tellement important de s'en rappeler, surtout dans des situations où j'ai dû utiliser ma voix pour dire que je voulais faire telle chose et pas une autre. Je veux faire ci et ça, de la façon dont je l'entends, et surtout être créditée pour mon travail. Je pense que quand on est une femme, les gens ne pensent pas que tu écris tes propres chansons. C'est comme cet article sur ce mec [Damon Albarn, ndlr] qui a dit que Taylor Swift n'écrivait pas ses chansons. Tu l'as lu ? [J'acquiesce] C'est quoi ça ? Comment peut-il dire ça ? C'est vraiment bizarre de dire ça, surtout la concernant car tout le monde sait que Taylor Swift écrit ses propres chansons. C'est vraiment absurde et ça montre qu'un homme peut attaquer une auteure-compositrice aussi connue et puissante... Et dans un sens, c'est amusant car c'est quelque chose de vain. Ça a toujours été facile pour moi de ne pas m'en soucier mais je suis très mauvaise pour écouter ce que les gens disent. Je n'ai jamais fait ce que quelqu'un pense que je devrais faire.

« Je suis ma propre cheffe, je n'écoute pas l'avis des autres »
Il y a aussi certains de tes morceaux les plus radiophoniques sur l'album comme "A Temporary High", "The Innocent" ou "Cure for Me". Il y avait aussi une envie de toucher un plus grand public ?
Pas vraiment. C'est vraiment une coïncidence. Tu fais juste ce que la chanson te demande de faire (rires). Je pense que les gens peuvent penser à la pop quand ils entendent certains sons. Mais c'est plus une idée de mélanger les genres et de jouer avec des sonorités qui viennent d'endroits variés pour les mixer dans mon son à moi. Il y a beaucoup de techno, de country, d'ambiance western, de folk, des percussions inspirées par les natifs indiens... C'est juste un melting pot de tout, car toute ma musique a toujours été comme ça, en mixant ces différents genres. C'est vraiment la chose qui m'amuse le plus : je n'ai pas qu'une seule humeur. Pour moi, la musique qui est dans ma tête n'a pas à avoir de genre puisqu'elle m'appartient.

Tu parlais de Taylor Swift tout à l'heure. Tu te verrais remplir des grandes salles, voire des stades, comme elle ?
Oh non. (Elle prend une pause) Pourquoi je ferais ça ? C'est le pire rêve à avoir ! Ça rend les gens malheureux. Nous n'avons tous qu'une seule vie et c'est quelque chose de dévastateur de voir ta vie affectée par le fait que tu n'es pas autorisée d'être un humain. Et j'adore être un humain, comme j'adore la nature, c'est ce que je préfère dans ma vie... [Entre alors Pomme dans la pièce]. Oh Pomme ! Qu'est-ce que je disais ? Plus tu es connu, moins on t'autorise à être humain, donc je ne comprendrais jamais pourquoi ce serait le rêve de quelqu'un d'autre. Parce que c'est quelque chose de très écrasant et on le voit dans notre métier. C'est celui où il y a le plus de suicide, de dépression, de drogues... C'est clairement trop pour certains personnes. C'est pour ça que je ne rêve pas de ça. Je sais que je peux vivre de ça, je me sens si chanceuse, j'ai de superbes fans que je reconnais, j'en connais beaucoup, c'est comme une famille. Et pourtant, je peux me promener dans pleins d'endroits comme un être humain normal. Et j'adore ça !

Regardez le clip "Cure for Me" :


« Remplir des stades, c'est le pire rêve à avoir »
Dans la dernière partie du disque, tu vas chercher d'autres sonorités, plus orientales et plus solaires, qu'on ne te connaissait pas vraiment. C'est le cas dans "Artemis" ou "Blood in the Wine"...
Je suis très inspirée par beaucoup de musiques anciennes. "Blood In The Wine" est inspirée par Ennio Morricone et toute l'ambiance western, ce qui est assez nouveau pour moi. J'adore ça maintenant (sourire). Une chanson comme "Exist for Love" est aussi inspirée par les anciennes chansons des classiques Disney, avec un côté très romantique. La plupart de mes préférences dans les mélodies peuvent être considérées comme orientales car j'aime l'ouverture, l'échelle pentatonique... C'est juste une préférence quand j'écris.

Je t'ai vue en concert au festival Pitchfork Paris en 2019 et tu semblais à la fois très timide quand tu parlais au public et au contraire très impliquée et à fond dès que tu interprétais tes chansons. Il y a une sorte de dualité ?
Oui et c'est pour ça que j'ai différents "moods" dans ma musique. Comme ça je peux exprimer et explorer différentes facettes. J'imagine que quand on parle... C'est plus effrayant de parler, mais plus facile de chanter...

Parce que tu connais les paroles...
(Elle rit) Exactement ! Je sens que c'est très différent. Et aussi, plus je deviens énorme en terme de popularité, plus je me sens petite au niveau de la musique. Ça me fait réaliser à quel point je suis petite à côté de la grandeur de la musique.
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