Polydor France
Souvenez-vous ! En 2009, Agnes squattait les ondes radio avec "Release Me", petit bijou pop qui avait soufflé un vent de fraîcheur dans les classements européens et atteint la 7ème place du Top Singles français. Propulsée sur tous les plateaux de télévision, la gagnante de l'émission "Idol" n'est depuis jamais parvenue à réitérer ce coup d'éclat, malgré une poignée de succès comme "On and On" et "Sometimes I Forget", qui avait bénéficié d'un remix pour la France. Si la lumière du feu des projecteurs s'est affaiblie, Agnes n'a peut-être jamais autant brillé que depuis qu'elle a acquis son indépendance. Ses projets "Veritas" (2012) et "Magic Still Exists" (2021) l'ont éloignée de la pop traditionnelle pour la métamorphoser en reine des clubs avec un son dance beaucoup plus pointu et assumé. Il suffit d'écouter "24 Hours"
et son implacable force disco pour se laisser convaincre qu'un tel talent brut n'aurait jamais dû disparaitre des radars.
Wake up, c'est la Fashion Week !
À 37 ans et après de longs mois de travail en studio aux côtés des mêmes « perles » qui l'ont aidée à confectionner "Magic Still Exists" (le tandem Vargas & Lagola, derrière les tubes d'Avicii ou David Guetta, Hanna Wilson...), Agnes orchestre un retour rétro-futuriste savoureux avec "Beautiful Madness", 6ème opus disponible depuis le 23 janvier. L'arrivée du producteur Frans Bryngel a créé une architecture sonore davantage tournée vers une house music nous téléportant au coeur des années 90. Injustement trop courte (1min50), la chanson-titre "Beautiful Madness" embrasse la culture du voguing et la scène ballroom - nées à New York dans des clubs fréquentés par des homosexuels et transgenres afro-américains - à la perfection. Avec son phrasé très distinctif et directif, c'est la bande-son rêvée d'un défilé de haute couture ! Pour peu, on pourrait presque entendre le crépitement des flashs des photographes.
Un écrin luxueux dans laquelle la chanteuse excelle sur "Balenciaga Covered Eyes", tout en crescendo et montées d'adrénaline, une vraie bombe à retardement, "Trigger" ou le lancinant "Sign It". « Laisser les paroles prendre le dessus m'a ouvert de nouveaux mondes et permis d'explorer d'autres formes de chansons. J'ai adoré creuser le sens des mots, et cela m'a donné la liberté d'expérimenter ma voix comme jamais auparavant » assure la diva.
On ne peut que regretter que l'écoute du disque soit parasité par six interludes inutiles qui n'apportent, à de très rares exceptions, aucune plus-value aux morceaux qu'ils introduisent - contrairement aux introductions de "Magic Still Exists". L'album d'Agnes aurait véritablement gagné à être resserré sur ses 9 titres phares car c'est une garantie, il n'y a aucun skip ! Sur "Beautiful Madness", musique dansante et accessible ne veut pas dire superficialité. Chaque piste dispose de plusieurs couches et sous-couches à découvrir à chaque nouvelle écoute, comme ce discours sur la force de rêver qui surgit entre deux beats en plein coeur de "Milk" ou les paroles de "Ego", cachant derrière son énergie synth-pop un regard sur le lâcher prise et le contrôle. Entre la soul presque gospel de "Lovesongs" et les divagations tameimpalesques de "Uterus & Universe", Agnes marche à sa propre cadence. Et nous, on applaudit - front row évidemment.