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Interview
dimanche 20 juin 2021 14:10

Tim Dup en interview : "La musique se nourrit de l'ivresse, des rencontres et du soleil"

A l'heure du déconfinement, Tim Dup nous emmène dans un voyage bucolique entre l'Italie et la Corse sur son troisième album "La course folle". Un disque imprévu né durant le confinement qui a demandé au jeune artiste beaucoup de lâcher prise. Rencontre et discussion à la terrasse d'un café parisien.
Crédits photo : Pochette de l'album
Propos recueillis par Yohann Ruelle.

Je ne vois pas mieux qu'une terrasse pour parler de cet album, comme dans la chanson "La légèreté" !
Je ne vais pas te mentir : on l'a enregistrée en studio. (Sourire) En rajoutant plein d'ambiance par dessus, qu'on avait été piquer dans des bars et des restos avant tout ça. C'était l'idée : redonner cette atmosphère de vie, de bruit, de gens qui marchent, de rue, un côté retrouvailles.

« J'avais envie de tendre les bras à l'été »
"La légèreté" aurait pu être le nom du disque tant on sent cette envie de retrouver une joie de vivre. En le créant, tu te disais que tu allais apporter du baume au coeur à ceux qui l'écouteraient ?
Quand tu fais des disques, l'idée maitresse qui s'en dégage se dessine souvent à la fin du processus. Je n'ai pas cherché à tout prix à ce qu'il soit plus solaire et inscrit dans une certaine légèreté. Ce n'était pas un calcul mais force est de constater que ça me manquait ! Tu fais des chansons qui traduisent un état dans lequel tu es, le monde dans lequel on vit. Je pense qu'être artiste, c'est ça : tirer des impressions de ce qu'il y a autour. Il se trouve qu'autour, il n'y avait pas grand chose. Mais peut-être par fantasme, par frustration ou par désir de retrouver une joie de vivre, j'ai fait un disque où je tends les bras vers le soleil, l'été et un certain lâcher prise. Les premières chansons, "L'univers est une aventure" et "Osaka", sont nées pendant le confinement, que j'ai vécu assez paisiblement. Au bout du troisième on en a ras-le-bol, mais dans le premier il y avait quelque chose d'un peu inédit où tu te reprends du silence, un peu d'immobilité et donc forcément de recul, de distance. Moi j'étais avec des copains, c'était assez doux, il y avait une forme d'apaisement et de tendresse, comme une pelote qui s'est déroulée sur une gourmandise, ce côté italien...

Tu étais où pendant le premier confinement ?
J'étais dans un vignoble que tiennent des copains. Très dangereux. (Rires) La musique s'est nourrie d'ivresse sur ce disque, pas forcément lié à l'alcoolémie ! Même dans ma création, j'ai senti beaucoup de liens avec le travail d'un vigneron. Par ce côté inscrit dans la nature du travail d'artisan, avec un savoir-faire, une technique, une approche, qui demande de maîtriser un peu ton fond. J'ai le sentiment que sur ce troisième album, à forcer d'avoir travaillé dans le milieu de la musique et fait des disques, je me suis trouvé. Comme des cuvées, tu gagnes petit à petit en cohérence, en homogénéité, en évidence, tu te perfectionnes sur ce que tu sais faire, ce qui te plais. Tu as un peu plus confiance dans ce que tu fais. Et en même temps, il y a quand même cette part d'imprévisibilité avec le climat, la météo, tu ne sais pas si tu vas te prendre de la grêle ou du soleil rasant. Quand tu es artiste, tu ne maîtrises pas tous les éléments non plus. D'où vient une chanson ? C'est un croisement d'inspiration, d'écoute, de curiosité. C'était assez intéressant ce parallèle-là à vivre. Après j'ai été confiné chez des amis dans la forêt des Landes. J'ai vécu cette période comme un petit prince, on peut le dire !

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« Rien n'était prévu »
On sait que la vie d'artiste peut être très intense. Ça t'a permis de retrouver, aussi ?
Il y a une temporalité étrange dans le métier qu'on fait. Tu enchaînes des phases bouillonnantes et très remplies sur des phases de silence et d'immobilité. La différence ici, c'est que l'arrêt était subi. Autant à la fin d'une tournée, tu sais que tu vas recharger les batteries pendant quelques mois et vivre de nouvelles expériences faites de rencontres et de voyages pour trouver de l'inspiration, la sève qui fera une chanson. Autant ce coup-ci, je venais de sortir mon deuxième disque et je venais de commencer la tournée. Je n'avais absolument pas prévu de prendre du repos. Ce troisième album n'était pas du tout dans mes plans et finalement, c'est peut-être pour ça que j'ai autant lâché prise. Rien n'était prévu. Ce n'était pas une obligation, il n'y avait pas de pression et il est né... comme ça. Ça a été une révélation de réussir à écrire à partir de pas grand chose. On connote souvent la légèreté à une part de flegme. Ça ne veut pas dire que tu es moins sérieux et que tu vas être moins exigeant, mais c'est lié au lâcher prise je crois. Peut-être qu'il me fallait deux disques pour arriver à cet état.

Tu penses qu'il sera figé dans le temps comme un "disque de confinement", lié à cette période particulière ?
Peut-être. Et pourtant, il n'en parle pas du tout. Je suis assez peu "en réaction" dans la vie. Il était hors de question de parler de pandémie dans un disque. C'est l'enfer ! Il transpire presque le monde d'avant, celui du dernier mois où on se disait qu'il fallait en profiter au cas où ça nous tombe dessus...

C'est drôle parce que tu décrivais la fin de monde dans ton album "Qu'en restera-t-il ?", et un mois après sa sortie, la crise sanitaire éclatait.
C'est sûr que quand tu écoutes le titre "Songes", tu te poses des questions. (Rires) En même temps, ce n'est pas être oracle de dire qu'on vit dans un monde complexe, instable et imprévisible qui amène des doutes. C'est peut-être ça la réponse à "Qu'en restera-t-il ?", finalement : de l'ivresse, du partage, des rencontres, du soleil. Je suis super content du timing dans lequel ce disque sort. Et je me suis battu pour qu'il sorte avant cet été. Faire des disques ça prend du temps, il faut mobiliser toutes tes équipes et comme ce n'était pas prévu dans les tuyaux, il a fallu un peu batailler mais je suis content d'y être arrivé parce que je voulais absolument que les gens partent en vacances avec. C'est un disque d'été.

Ecoutez "Juste pour te plaire" :


« La notion du temps me fascine »
L'album est effectivement très solaire et j'ai l'impression que tu as puisé dans beaucoup de souvenirs. Tu es quelqu'un de nostalgique par nature ?
Je ne suis pas nostalgique dans le sens où je ne regarde pas le passé avec amertume. Il y a quelque chose dans les souvenirs qui est assez mélancolique par essence. C'est très lié à cette idée de "Mélancolie heureuse" encore [nom de son premier album, ndlr]. J'aime me remémorer les bons moments passés, les jolies choses, ces images de vacances et ces instants durant l'enfance qui sont très doux et liés à une tendresse. Comme sur "Dolce ricordo", par exemple. J'aime cette image de l'Italie très carte postale, qu'on associe souvent à la Toscane des années 60 comme dans les vieux films de nos parents et grand-parents, filmés en Super 8. La notion du temps me plaît, me fascine et m'inspire énormément.

Il faut dire qu'on court sans arrêt après, au quotidien...
Exactement ! C'est la donnée qui régit entièrement nos vies. Regarde : je suis venu en Velib et j'ai pédalé à toute vitesse parce que j'étais ric-rac sur l'horaire. (Sourire) Je réfléchis déjà à ce que je vais faire ce week-end, comment va s'organiser mon agenda sur la semaine prochaine. Et quand on arrive à des âges symboliques, on pense à l'avenir, aux projets qu'on pourrait avoir.

« Peut-être qu'à un moment, je tenterais autre chose »
C'est dur de vivre dans le moment présent.
Souvent tu ne conscientises pas. Quand tu vis dans le moment présent, tu es justement absent de toute réflexion sur le temps qui s'écoule ou de recul sur l'instant que tu es en train de vivre. On sait que ce temps-là il est compté, parce qu'on a une vie qui nous est donné et qu'elle est unique. La réponse c'est : qu'est-ce qu'on fait dedans ? Cette finitude me donne vachement de force et de préciosité dans ce que j'engage au quotidien. Elle permet de trouver un état d'équilibre. Si tu sens que tu es déséquilibré, il faut toujours essayer de renverser ça. Je sens que pour le moment, je suis très heureux dans ce métier. J'aime faire de la musique, j'aime faire des disques. Mais peut-être qu'à un moment, je tenterais autre chose. Je trouverais d'autres médiums d'expression. J'ai cette voix qui me rappelle que je fais ça sérieusement depuis que j'ai 20 piges et que je me suis construit avec ça. J'aimerais bien me construire par d'autres choses aussi. A la base, après mon deuxième album et le cycle de tournée qui aurait dû avoir lieu, deux années bien intenses, je pensais arrêter pendant quelques temps pour voyager, faire d'autres activités et en fait, la vie a fait que ce troisième album est arrivé. (Sourire) C'est à la fois terrible et merveilleux ce sentiment de ne pas pouvoir tout contrôler.



Qui entend-on en ouverture de l'album ?
C'est mon grand-père corse ! Il parle dans les premières secondes de la chanson "A ciel ouvert", très hors-format. Il n'y a pas de refrain, juste une montée qui s'éteint avant une envolée de cordes. Il cite une phrase que sa mère avait l'habitude de lui dire quand il était jeune : "Tu sais, mon fils, plante des fleurs. Les autres les cueilleront pour toi". C'est une citation qu'on entendait déjà dans le documentaire "Qu'en restera-t-il ?", réalisé par Hugo Pillard. J'aime bien l'idée de tracer des lignes entre mes projets et mes oeuvres, de laisser quelque chose d'articulé. S'il y a des gens qui découvrent ma musique par ce disque-là, j'aimerais beaucoup que ça leur permette d'écouter les autres. Il y a une vraie continuité, je pense, dans ces sentiments paradoxes de la mélancolie heureuse, et cette idée de nuances, entre ombres et lumières. Je ne suis pas très radical comme mec. (Rires)

On dénombre cinq collaborations sur "La course folle". Jusqu'ici, tu n'avais enregistré qu'un seul duo avec Gaël Faye. Il y a eu un déclic ?
En réalité Flore du groupe L'Impératrice avait chanté sur un morceau mais c'était plus un clin d'oeil. Si j'analyse, c'est lié à cette envie de faire un disque très vivant, de refaire de la musique avec des gens et pas tout seul dans ma piaule en confinement. Les collaborations permettent de sortir de sa zone de confort et celles-ci se font faites très naturellement. Ce sont avant tout des rencontres : Alexandre Tharaud, on s'est connu sur le disque en hommage à Barbara. On était devenu bien copains et ça faisait longtemps que je voulais l'associer à un disque. Avec Thomas Enhco, on s'est croisé par hasard pendant le deuxième confinement sur une promo France Culture, ça a matché direct...

« Les voix de femmes sont très cinéma »
Et avec la comédienne Anaïs Demoustier ? Tu l'as convaincue de passer derrière le micro !
C'est la première fois qu'on l'entend réellement chanter. Elle m'a contacté sur Instagram à une période où, en plus, je voulais me déconnecter des réseaux sociaux pendant plusieurs mois. J'avais dû faire une publication parce que je venais faire un morceau avec Synapson et là j'ai découvert qu'elle m'avait envoyé un message privé. Elle m'a confié que ça la botterait bien de faire de la chanson et ça a donné "L'avventura". C'est la dernière chanson qui est née et il me paraissait évident que cette histoire était faite pour être chantée avec quelqu'un. On a essayé sur son piano et c'était dingue. On l'a enregistrée direct.

Il y a également deux autres duos, l'un avec Aurélie Saada, "Montecalvario", l'autre avec Saane, "Osaka". C'est très féminin comme sensibilité. Comment tu l'expliques ?
Les voix de femmes sont très cinématographiques, elles amènent tout de suite dans une histoire. Aurélie elle a ce truc assez dolce vita, très nouvelle vague, le côté Fellini. Je lui ai envoyé la chanson et elle a tout de suite apporté ce grain de sensualité qu'il fallait. Saane c'est une bonne amie à moi qui commence tout juste à lancer son projet que j'aime beaucoup. J'avais un texte en japonais et je lui ai demandé de faire des harmonies par dessus. Elle a fait 50 pistes, j'ai quasiment tout gardé !

Découvrez "Montecalvario", le duo entre Tim Dup et Aurélie Saada :



Puisque tu parles de cinéma, ça te plairait de travailler sur la bande originale d'un film ?
C'est marrant que tu me poses la question parce que je viens justement de faire ma première musique de film. Une opportunité qui m'est tombée dessus pendant le confinement, comme quoi. On m'a commandé une chanson et même si ce n'est pas une BO, il y a quand même ce rapport de la musique à l'image. Ça me plairait vachement d'explorer cette dimension. Et puis Damien Tronchot, avec qui je réalise le disque, était mixeur pour le cinéma avant. Ce n'est pas un hasard si, depuis le premier EP, les morceaux contiennent beaucoup de sons d'ambiance. Ça installe dans un espace auditif qui permet de se projeter. Tu peux entendre la mer sur "Dolce Ricordo", d'ailleurs. Ce n'est pas gainsbourien mais c'est assez sea, sex and sun !

Comment envisages-tu ta tournée, avec les contraintes actuelles ?
Cet été j'ai deux concerts, sinon tout a été annulé ou reporté à la rentrée. Je crois que je ne suis pas mécontent parce que ça laisse aux gens tout un été pour s'approprier le disque, en parler, le faire vivre. Je vais arriver sur une tournée qui, a priori, sera constituée de personnes qui auront eu envie de me voir et de m'écouter. C'est chouette. Et puis on a tellement monté, démonté et remonté des tournées que prendre de la distance, ça ne fait pas de mal. C'est con mais avoir quelques mois supplémentaires, en ce moment, ça permis de réfléchir à la configuration que tu veux avoir sur scène, combien de musiciens, s'il y aura des lumières, de la vidéo. Ça laisse le temps de préparer les choses et c'est très bien.

« La façon de créer la musique a changé »
On a beaucoup parlé du monde d'après. Est-ce que tu penses qu'il y aura des changements concrets pour l'industrie de la musique ?
En tout cas, il y a de vrais enjeux qui ont été mis en lumière. Sur le streaming par exemple, le nombre d'écoutes n'a jamais été aussi élevé. Ça offre une vraie liberté de temporalité de création, car tu peux sortir des choses à n'importe quel moment. A contrario, ça pousse à une consommation de la musique détachée, où tu pioches un morceau par-ci par-là. Moi j'aime bien le format album pour sa cohérence et son homogénéité. L'autre problème, alors que le poids des radios baisse et que le volume de ventes physiques chute, concerne la rémunération des artistes. Il est évident que le modèle n'est plus adapté et tourne au ridicule. La façon de créer la musique a changé avec l'avènement des réseaux sociaux. Aujourd'hui, la stratégie des maisons de disques est d'aller chercher des influenceurs pour capitaliser sur leur popularité. Je n'ai aucun problème avec ça, en revanche ça digitalise beaucoup le rapport à la consommation de la musique. Il y aura toujours des gens pour aller aux concerts mais c'est une période qui complexifie tout ça. Il va falloir qu'on rassure les gens sur le plan sanitaire, en espérant qu'un jour, on puisse de nouveau s'agglutiner avec des bières dans des salles qui puent. (Rires) Je suis assez optimiste : les gens aiment la culture. On le voit depuis la réouverture des salles, les cinémas sont blindés, les billetteries cartonnent. Les gens ont besoin d'émotions.
Yohann RUELLE
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