Crédits photo : Mathieu Boizard / Pure Charts
Samedi dernier, il assurait la première partie du concert de Superbus au Trianon. Mais c'est en son nom propre que Marvin Jouno se donnait en spectacle ce jeudi soir à la Maroquinerie. Bien connus des oreilles curieuses, les lieux ne sont pas très vastes et il faut descendre un escalier parsemé d'affiches de groupes déjà venus se produire sur scène pour accéder à la petite salle. Dans cet écrin intime et chaleureux, tout est propice à l'intimité. Et c'est tant mieux car le premier album de cet artiste de 32 ans, "Intérieur nuit", est intrinsèquement personnel.
Des mots qui captivent
Après une première partie poétique assurée par la jeune Laura Cahen, c'est dissimulé sous une capuche et entouré de quatre musiciens, sur une instrumentale très cinématographique, que Marvin Jouno fait son apparition peu après 21 heures. Le septième art tient une place prépondérante dans son univers : avant de prendre la plume pour s'épancher sur du papier, ce grand gaillard au regard perçant a exercé la profession de chef décorateur. A sa sortie l'hiver dernier, son premier album a d'ailleurs été présenté à travers un court-métrage de 45 minutes. On n'est donc pas surpris de retrouver derrière sa silhouette un écran où sont projetés divers formes géométriques, bouts de textes et images fugaces, comme des bribes de souvenirs, tandis qu'il rend hommage à ses origines bretonnes sur "Exode 81" ou imagine la suite des aventures de Cléo et Antoine, les héros de "Cléo de 5 à 7" d'Agnès Varda, sur "Antoine de 7 à 9". Ciselés, à vif, les mots de Marvin captivent, surtout lorsqu'il les déclame avec autant d'intensité de ce timbre profond et désabusé.
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Un artiste qui se transcende
Le contraste est saisissant entre la timidité qu'il affiche entre deux chansons, s'exprimant avec maladresse et humour sur sa joie de chanter devant un public qui a choisi de venir l'applaudir, et l'aura magnétique qu'il dégage lorsque les arrangements électro-pop de "Si le vous vous plaît" ou "Dans l'étang" s'entrechoquent. Quand il chante, la gestuelle est habitée, impressionnante, calquée sur les percussions. Mais plus les minutes défilent, plus les humeurs changent. Emprunté à Etienne Daho, le précurseur qui a « ouvert le chemin » aux artistes pop français, "Le grand sommeil" devient une ballade poignante au piano où chacun retient son souffle, tandis que "Love Later" offre un grand moment d'hystérie collective invitant à danser sur des beats saturés, réarrangés pour réchauffer les corps. Généreux, Marvin Jouno réserve même la primeur d'un inédit composé durant l'été, "Cinq heures", avant de fondre en coulisses au bout d'une heure et quart.
Le rappel se fera sur deux titres : le brûlant "Quitte à me quitter", le premier morceau qui a véritablement révélé son talent, et "Panorama". Un morceau de rupture et d'adieu déchirant, sublimé par un piano dramatique, qui arrache des ultimes frissons et insuffle l'intuition que Marvin Jouno rend décidément ses lettres de noblesses à la pop française. Bonne nouvelle : une réédition de l'album "Intérieur nuit" est prévue pour début 2017 !
Regardez le clip "Quitte à me quitter" de Marvin Jouno :