1000 euros la place pour Céline Dion : la tarification dynamique est-elle légale ? Un expert nous répond
La billetterie pour les concerts de Céline Dion à Paris La Défense Arena crispe les fans, confrontés à une tarification dynamique du prix des places lors de la prévente organisée mercredi par Visa. Avec des tickets facturés plus de 1000 euros, cette pratique commerciale est-elle légale en France et en Europe ?

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C'est une mauvaise surprise dont les fans de Céline Dion, soumis à la pression de réussir à obtenir une place pour l'un de ses 16 concerts événements à Paris La Défense Arena, se seraient bien passés. Dans cette semaine qui prend des allures de parcours du combattant, la prévente organisée par Visa ce mercredi 8 avril s'est attirée les foudres des potentiels acheteurs. La raison ? La flambée des prix de certains billets dit Premium pendant la vente, qui ont pu atteindre plus de 1000 euros entre la sélection sur plan et le paiement. « Le prix change tout seul et fait un beau x2 quand on passe à l'étape de validation du panier. C'est un scandale » s'indigne un internaute, dont le panier comprenant deux billets à 211,50 euros l'unité est passé à 850 euros au moment de passer à la caisse, vidéo à l'appui. « Jamais vu une escroquerie comme ça », « C'est tellement honteux », « C'est légal ça ? », « Je croyais que c'était interdit en France », « La pire organisation possible pour une artiste de ce standing » s'étranglent les fans déçus.

Que dit le droit européen ?

Cette pratique commerciale appelée la tarification dynamique, ou dynamic pricing en anglais, existe déjà à l'étranger, comme la reformation d'Oasis ou la dernière tournée de Lady Gaga le montrent. En France, c'est la première fois qu'elle concerne un spectacle d'une telle ampleur. Il faut dire que plus de 9 millions de personnes se sont inscrites dans l'espoir d'assister au grand retour de Céline Dion sur scène ! À événement exceptionnel, dispositif exceptionnel donc. Mais est-ce vraiment légal ?

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Au regard du droit européen, la réponse est oui. En novembre 2024, la Commission européenne a clarifié sa position en répondant à la question de deux citoyens italiens : « La tarification dynamique n'est pas illégale au regard du droit de la consommation de l'UE ». En revanche, la tarification dynamique pratiquée « par des entreprises en position dominante » peut être visée par l'article 102 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE) « si elle constitue une pratique de prix excessifs ». Encore faut-il que ce qualificatif s'applique au cas de la vente de Céline Dion par exemple, car ce caractère excessif « dépend du rapport entre les coûts et les bénéfices de l'entreprise dominante, et non de ses mécanismes de tarification ». En clair, ce sont les frais de production du spectacle qui entrent en ligne de compte, et non le prix facturé aux spectateurs.

En revanche, le droit de la consommation de l'UE impose aux professionnels « d'informer correctement les consommateurs sur les prix et de s'abstenir de toute pratique trompeuse ». « Par exemple, attirer les consommateurs en annonçant des prix inférieurs à ceux réellement pratiqués, ou augmenter le prix lors de la finalisation d'une réservation, peut constituer une pratique interdite par la directive 2005/29/CE relative aux pratiques commerciales déloyales » est-il précisé. La hausse drastique des prix pratiquée par AXS pendant la vente - sans doute calquée sur le système de vente en vigueur aux Etats-Unis - pourrait donc être juridiquement contestable.

Une "pratique commerciale trompeuse" ?

En France, la législation s'aligne sur la politique européenne. « Contrairement à une idée reçue tenace, la tarification dynamique des billets de concert n'est pas formellement interdite en France. Aucun texte n'établit de prohibition générale ciblant spécifiquement la variation des prix de la billetterie selon l'offre et la demande » nous explique un juriste en droit du numérique. Toutefois, le manque de transparence d'AXS sur cette pratique commerciale pourrait lui coûter cher : « Le droit français est extrêmement strict sur l'information précontractuelle. Les articles L112-1 et L112-3 du Code de la consommation exigent que le professionnel informe clairement le consommateur sur le prix et, si celui-ci n'est pas calculable à l'avance, sur son mode de calcul. Or, dans le cas de la prévente VISA pour Céline Dion, aucune mention de cette tarification dynamique n'était présente dans les e-mails promotionnels ou sur la page d'accueil ». La mention de la phrase « AXS se réserve le droit de modifier ses prix à tout moment » dans les Conditions Générales de Vente (CGV) « ne suffit pas », selon cet expert, « à informer clairement et intelligiblement l'acheteur que le prix va fluctuer en temps réel pendant sa session d'achat ».

Ainsi, l'omission, la dissimulation ou la présentation ambiguë d'une information substantielle peut être qualifiée de pratique commerciale trompeuse selon l'article L121-2 du Code de la consommation. Autre fait qui ne joue pas en faveur d'AXS : aucune des autres ventes (prévente artiste ou prévente Paris La Défense Arena) n'a dupliqué ce système, qui « renforce le sentiment de tromperie ». « Son opacité pourrait lui valoir des sanctions de la Répression des fraudes si des plaintes se présentent » conclut notre juriste.

Par Yohann RUELLE | Journaliste
Branché en permanence sur ses playlists, il sait aussi bien parler du dernier album de Kim Petras que du set de techno underground berlinois qu'il a regardé hier soir sur TikTok. Sa collection de peluches et figurines témoigne de son amour pour les grandes icônes de la pop culture.
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