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Interview
samedi 12 septembre 2020 12:54

Yelle en interview : "On s'est dit qu'on avait une fragilité et qu'on pouvait l'assumer"

De retour avec l'album "L'ère du Verseau", Yelle se confie à Pure Charts sur le côté sombre de ce projet, la liberté du duo, le deuil qui les a frappé, leurs concerts, leur relation compliquée avec la France, les textes à double sens ou encore l'importance du sexe. Interview sans filtre avec Julie !
Crédits photo : Marcin Kempski
Propos recueillis par Julien Gonçalves.

Entre "Complètement fou" et "L'ère du Verseau", tu as sorti plusieurs singles, "Ici & Maintenant", "Interpassion", "Roméo" et "OMG!!!", comme si Yelle se cherchait un peu. Ça vous a servi à occuper l'actualité pour mieux revenir ?
Ils servaient surtout à se faire plaisir et à expérimenter une autre manière de faire. Sortir un titre sans que ça annonce un EP ou un album, on trouvait qu'il y avait une certaine liberté là-dedans, de ne pas être dans un truc cadré. Il n'y avait pas forcément de lien esthétiquement ou musicalement entre les morceaux, on aimait bien se laisser aller, de finir un titre et de se dire : "Tiens et si on faisait un clip dans le salon !" (Rires) Ça nous a aussi permis de repartir en tournée, avec une formule différente, et d'avoir quelque chose de nouveau à proposer aux gens. Et aussi de se laisser le temps d'être prêt pour revenir avec un album. On n'avait pas envie de revenir tout de suite avec ce format-là.

« C'est hyper dur de se dire : "Je n'ai rien à raconter" »
"L'ère du Verseau" arrive six ans après le précédent. Vous ne vous mettez jamais de pression sur le fait de trop attendre entre deux disques ?
Nous, non. On ne s'est jamais mis dans cet état d'esprit. On le fait quand on a envie de le faire. Mais c'est parfois compliqué d'assumer ou d'accepter qu'on n'a pas envie ou qu'on n'est pas prêt. C'est hyper dur de se dire : "Je n'ai rien à raconter, ça ne vient pas". On se demande si ça reviendra, et ça peut être inquiétant. En vieillissant, on a accepté que ça puisse prendre plus de temps.

Pourquoi avoir baptisé ce nouvel album "L'ère du Verseau", qui est assez intriguant ?
J'aime bien l'astrologie mais je ne suis pas une férue, je ne savais pas ce que c'était. On nous a introduit à cette idée. C'est un médecin qui fait de la médecine chinoise. On nous a dit qu'en tant qu'artistes on avait de la chance de pouvoir faire passer des messages. Et que dans quelques années, on serait dans l'ère du Verseau, quelque chose de plus doux, avec l'Homme qui revient au centre de la société. Qu'on quittait l'ère du Poisson, très guerrière, très violente, et qu'on allait aller vers une ère pleine d'espoir, dans la communication, avec les technologies au service de l'Homme, et sur un rapport plus égalitaire, fraternel, humaniste. Des valeurs très fortes qu'on a envie de défendre, particulièrement en ce moment.

C'est un beau message...
Oui, c'est aussi le message que les hippies avaient dans les années 70. "Un monde meilleur va arriver". On avait entendu parler de ça depuis un moment, mais on a pris la décision de l'appeler comme ça pendant le confinement. On avait d'autres idées, mais ça a fait sens à ce moment-là.

Regardez le clip "J'veux un chien" de Yelle :



Ce nouvel album, on peut le voir comme l'opposé de "Complètement fou". De la pochette, qui est très sombre, aux textes plus intimes. C'était conscient ?
Ça ne s'est pas construit comme ça mais on s'en est rendu compte à la fin. On avait envie d'aller dans quelque chose de plus sombre, plus mélancolique parce que c'est ce qui nous ressemble le plus, maintenant. Mais on ne voulait pas faire quelque chose en opposition à "Complètement fou". C'est peut-être aussi un truc d'âge, de vouloir comprendre le fonctionnement des choses. Et aussi d'assumer certaines facettes plus souterraines, qu'on ne voulait pas trop montrer. Là, on était prêts ! Et puis, c'est intéressant aussi de le traverser, pour aller vers quelque chose de plus positif.

« En perdant mon père, j'ai eu l'impression de grandir d'un coup »
C'est vrai que c'est un album plus sombre, mais aussi plus humain. Tu as vécu un drame personnel et familial ces dernières années, penses-tu que ça a jeté une ombre sur la couleur de cet album ?
Complètement. C'est évidemment ce deuil qui a provoqué une prise de conscience. En perdant mon père, j'ai eu l'impression de grandir d'un coup, d'être projetée dans l'âge adulte. Avant, j'avais l'impression d'être une ado attardée qui faisait tout le temps la débile. Tout pouvait arriver, j'étais pas naïve mais j'avais un côté très optimiste, genre "ça va aller". Et d'un coup là, ça a été le retour, les pieds sur Terre. C'est aussi ça la vie, la réalité de la vie, la violence des choses. On a été profondément marqué par ce deuil. Je dis "on" car évidemment Jean-François (GrandMarnier, son petit ami et autre membre de Yelle, ndlr) a été aussi touché de plein fouet par le deuil de mon père. A partir de là, on s'est dit qu'on avait une fragilité et qu'on pouvait la montrer, l'assumer. Tout s'est mis en place comme un puzzle.

L'album est également dansant. Il commence d'ailleurs avec "Emancipense", où tu inventes encore un mot !
(Rires) Oui, on aime bien inventer des mots comme sur "Interpassion" ou "Unillusion". On aime bien jouer avec les mots et raconter des choses avec. Ce titre est né du fait qu'on se met des blocages, on s'empêche de faire des choses car souvent on a peur de comment on va être vu par les autres. "Emancipense", c'est vraiment : "Exprime toi, vas-y, sors ce que tu as à dire !". Et si tu n'arrives pas à le faire avec les mots, tu peux danser ! Le corps c'est un outil extraordinaire pour exprimer ses émotions.

« On a toujours imaginé nos concerts comme des espaces de liberté »
J'aime beaucoup la dernière phrase de la chanson : "Est-ce que, toi, t'as la chance d'être toi quand tu danses ?". C'est fort car vos concerts sont de vrais espaces de liberté.
Exactement ! On a toujours imaginé nos concerts comme des espaces de liberté, des moments à part où les gens peuvent vivre des choses fortes, ne pas être dans le jugement d'eux-mêmes et des autres. On a eu beaucoup de témoignages de gens qui ont fait leur coming-out, leur transition ou qui ont rencontré la personne de leur vie grâce à notre musique ou à nos concerts. Ce sont des histoires incroyables ! C'est formidable de pouvoir offrir un endroit d'épanouissement pour les gens.

Regardez "Je t'aime encore", le clip de Yelle :



L'économie de Yelle, et des artistes de manière plus générale, reposant aussi sur les concerts, comment vis-tu la situation ?
Je suis toujours très optimiste mais là peut-être un petit peu moins que d'habitude. Comment on va réussir à prendre le contre-pied de la situation ? On a toujours réussi à se réinventer, je ne suis pas très inquiète de proposer des choses différentes. Si on nous dit que les salles peuvent rouvrir, on part en résidence début octobre donc on aura un live qui sera prêt pour la tournée, si on peut la faire en mode debout. Si ce n'est pas possible, je sais qu'on est capable de proposer quelque chose de complètement différent, de surprendre les gens avec peut-être quelque chose qui, sur le papier, ne nous ressemble pas vraiment. Comme un live acoustique, assis. On a tout un répertoire maintenant qui peut s'adapter à ça, amener une autre couleur, que les gens n'ont jamais vu chez nous. Ce qui ne nous empêchera pas de nous retrouver six mois plus tard pour danser.

Tu prends ça comme un challenge ?
Oui, complètement. On n'a pas voulu repousser l'album car, pour moi, il devait exister à ce moment-là. Il est complètement lié à un état. Je n'ai pas envie de le sortir dans deux ans, ça n'aura plus de sens. Même au niveau du son, c'est le son qu'on a maintenant. On fait de la musique temporelle, nous. On n'a pas envie d'être un groupe qu'on peut écouter dans 30 ans, sans se demander à quelle date c'est sorti. On a fait de la musique des années 2005, et ça me plait de le faire de cette manière-là.

« On s'est senti parfois un peu incompris dans notre propre pays »
Le titre "Je t'aime encore" est une déclaration d’amour à la France, où tu évoques la relation compliquée entre le groupe et son pays. C'est né d'une frustration, de se dire que Yelle n'a pas ici le succès qu'il mérite ?
C'est plutôt un constat de se dire qu'on a toujours eu une relation particulière à la France, alors qu'on a décidé de chanter en français dès le départ. On s'est senti parfois un peu incompris dans notre propre pays, comme ça peut être le cas dans un couple. Il y a des hauts et des bas, mais ça n'empêche pas d'être dans une relation solide, qui dure. Notre histoire avec la France elle est comme ça, le cul entre deux chaises, du mainstream au super indé, elle est multiple. C'est aussi sa force. Je ne me suis jamais dit : "Je n'ai pas le succès mérité". Je suis très contente d'avoir ce que j'ai. J'ai la chance de faire mon métier de la manière dont j'ai envie de le faire, de voyager avec ma musique aussi. Parfois, on s'est raté, on a marché à côté sans trop se comprendre, mais c'est comme ça.

Il y a aussi un double sens dans le texte en écho à la lassitude dans le couple. Vu que Jean-François et toi êtes un couple, ça vous arrive parfois de ressentir cette lassitude entre vous, artistiquement ?
Bien sûr ! Il y a des moments où on ne se comprend plus, où on a des discussions parce qu'on a envie de faire les choses d'une manière différente. Avec le temps, on a appris à ne pas forcer, à attendre le bon moment où cette fusion va être possible. On ne s'est pas forcé sur cet album, ça s'est fait de façon spontanée, sans heurts, on a expérimenté en tant que couple des nouvelles façons de travailler, d'enregistrer les voix, par exemple avec une personne extérieure. C'est bénéfique. D'un coup, ça apaise aussi, parce que parfois ça peut être tendu quand tu as une idée en tête, que tu entends un truc mais que l'autre n'entend pas la même chose. Alors, qu'est-ce qu'on choisit finalement ? Et puis, le passage en studio, c'est quelque chose qui m'angoisse pas mal parce que j'ai envie que ce soit vite bien, alors que parfois ça prend juste du temps.

Découvrez "Karaté", le clip de Yelle :



C'est difficile de ne pas se répéter ?
On ne s'est pas encore dit en créant : "Tiens, ça on l'a déjà fait". C'est sans doute bon signe ! Peut-être que des gens entendent des choses, des répétitions ou dans des manières de faire. Mais après, ça, c'est notre patte, c'est ma voix. Ceci dit, ma voix elle change, là elle descend plus dans les graves. On apporte encore une couleur différente avec cet album. Et peut-être que ça pourra changer dans les années à venir. On reste curieux, soudés et à l'origine des choses, tous les deux. Et peut-être qu'on laissera encore plus de place aux autres dans le futur.

C'est vrai que même dans "Je t'aime encore", il y a de l'auto-tune, ta façon de poser est différente. Parfois, avec le texte et le flow, ça a pu me faire penser à Booba...
Ah oui ? (Sourire) C'est vrai... Je suis aussi nourrie de ce que je peux entendre. C'est possible, même si c'est inconscient, d'entendre quelque chose, d'aimer ce que fait tel ou tel artiste, et finalement ça s'inscrit et ça ressort d'une autre manière, mêlé à ce que tu es aussi.

« Je n'ai aucun regret sur ce que j'ai pu faire dans le passé »
Tu chantes "Quand je m'exporte, j'explique rien, j'ai pas besoin de m'expliquer" dans cette chanson. Ça t'embête parfois de devoir expliquer tes textes aux journalistes français, comme "Karaté" dont je n'ai pas compris le sens, alors qu'à l'international c'est plus facile, vu qu'ils ne comprennent pas la langue ?
(Sourire) Oui mais pas vraiment. Cette phrase, c'est plutôt de dire : comment ça se fait que j'ai la chance en tant que Française qui chante en français de tourner autant à l'étranger ? On me demande souvent d'expliquer ça en interview, et je ne l'explique pas. J'ai essayé, j'ai creusé, mais je ne sais pas. (Rires) J'ai plein de petites idées. On a certainement comblé un manque, les gens se sont mis à écouter plus de musique française et on était là, on proposait quelque chose de très différent aussi, et notre live nous a aidés aussi à nous développer. Après, sur le sens des paroles, on aime bien laisser la possibilité d'avoir d'une double lecture. C'est marrant que tu me dises ça sur "Karaté", car Jean-François m'a envoyé un texto ce matin en me disant : "J'étais avec la comptable, elle adore l'album mais elle n'a pas compris "Karaté", je lui ai expliqué !" (Rires)

Je ne suis pas le seul alors !
C'est rigolo, il y a plein de gens qui ne comprennent pas cette chanson, mais je ne sais même pas si on avait un but précis en l'écrivant. En vrai, ce qu'on aimait c'est la manière dont les mots, les syllabes, se collaient et se répondaient entre eux. Et après, on s'est dit que ça pouvait coller quand tu es derrière ton écran et que tu balances de la merde sur les gens en commentaire ou sur les réseaux sociaux. Est-ce que tu aurais la même violence en étant en face de la personne ? Je ne crois pas, ou alors il faut être très très en colère et il faut aller consulter. (Rires) On peut discuter, sans pour autant être d'accord, et que ça se passe bien.

Ecoutez "Vue d'en face" de Yelle :



Quand tu écoutes les premiers sons ou que tu regardes les premiers clips de Yelle, quel regard tu portes sur vos débuts ?
C'était très différent, c'est sûr ! Je suis super fière, alors qu'on commençait, d'avoir eu le courage de faire ce qu'on avait envie de faire, d'aller à fond dans des choses. On nous faisait sentir qu'il fallait faire les choses d'une certaine façon mais on avait nos propres envies. On voulait que ce soit coloré, qu'il y ait telle personne... On ne s'est jamais empêché de rien. Je n'ai aucun regret sur ce que j'ai pu faire dans le passé, je referais exactement tout de la même manière. J'avais l'impression d'être vraiment ancrée dans mon époque. C'est une évolution assez simple finalement.

« La sexualité est ultra importante dans la vie d'un couple »
A l'époque, vous avez eu peur de vous enfermer dans une image potache après "Parle à ma main" avec Michael Youn ou les paroles très crues de "Je veux te voir" ?
Je ne crois pas. On a toujours eu envie de dire les choses d'une manière assez simple, directe. On s'est toujours dit que tant qu'on était en accord avec nous-mêmes, on aurait pas ce sentiment d'être catalogué. On a toujours eu la chance de pouvoir faire le grand écart entre le mainstream et l'indé. C'est peut-être aussi le fait de vivre en Bretagne, d'être un peu à part, hors d'un microcosme. Là, on s'est débrouillé, on a fait notre truc dans notre coin, à notre manière, je ne crois pas qu'on se soit laissé influencer par un certain style ou une certaine forme. On a fait et après, les gens le prennent ou pas, mais ce n'est pas très grave.

De "Je veux te voir" à "J'veux un chien", le sexe est super présent dans les chanson de Yelle. Ça vient d'où ?
Je pense que la sexualité est ultra importante dans la vie d'un couple. Et c'est important dans la vie de chaque personne, tout court. Le plaisir, dans la sexualité ou dans la bouffe ou autre, prendre du plaisir, c'est primordial. Quand on fait un concert, ce qu'on se dit avant de monter sur scène c'est "donner du plaisir aux gens et prendre du plaisir". C'est de cet ordre-là la vie pour moi. Qu'est-ce que tu peux apporter et procurer aux autres ? Et qu'est-ce que toi ça te procure comme plaisir ? Ça passe aussi par le sexe. C'est un moyen d'expression, de communication, c'est vraiment un truc de chimie, ça peut fonctionner ou pas du tout. On a envie d'en parler dans nos textes parce que ça fait partie de notre vie. J'en parle souvent avec mes amis, sur sa place dans la société, les sexualités multiples aussi, ce que tu peux expérimenter, ce qui peut te faire peur, te combler. C'est un sujet formidable tout simplement. Il faut évidemment en parler dans les chansons !


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Julien GONCALVES
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