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Interview
dimanche 26 janvier 2020 12:33

Suzane en interview : "Etre 'la sensation du début 2020', c'est une reconnaissance"

C'est la sensation française de ce début d'année. Suzane fait les présentations sur "Toï Toï", un premier album percutant dans lequel elle évoque aussi bien l'écologie que l'homophobie sur des sonorités électroniques. Rencontre avec l'une des étoiles montantes de la pop française.
Crédits photo : Pierre et Florent
Propos recueillis par Théau Berthelot.

Comment as-tu vécu cette année 2019 ?
Elle était très intense et pleine de surprises. J'ai sorti mes premiers titres il y a quelque temps, mais je ne m'attendais pas à ce que "L'insatisfait" prenne autant. La vraie surprise a été d'exister autant sur scène cette année-là. Je ne m'attendais pas du tout à être autant programmée, que le programmateurs me fassent confiance, mais c'était quelque chose de très enrichissant de faire ces chansons devant des milliers de personnes. Ça me permet aujourd'hui d'avoir un public qui attend cet album.

« Le travail que j'ai fait paie aujourd'hui »
Il s'est passé quasiment deux ans entre la sortie de ta première chanson et la sortie de l'album "Toï Toï", c'est important de prendre son temps ?
Je n'avais pas envie de me presser et d'être dans une urgence où j'aurais pu me perdre. Je voulais prendre le temps d'écrire mes chansons, de sortir un premier EP en avril pour faire découvrir mes chansons et mon univers. Je sors d'un restaurant à la base, j'écrivais mes chansons chez moi ou derrière mon comptoir. Il m'a fallu la rencontre avec Chad [Boccara, son manager, ndlr] , les premiers clips... C'est tout un chemin. On a l'impression que deux ans c'est long mais tout est allé assez vite pour moi, j'ai pu aller assez rapidement sur scène et sortir plusieurs clips.

C'est plutôt risqué aujourd'hui de prendre ce temps !
C'est vrai qu'aujourd'hui, on est à une époque où il faut que tout aille vite, il faut toujours être dans le résultat. Les artistes se sentent un peu pressés entre deux albums où il faut toujours avoir du contenu. Personnellement, je ne me sens pas angoissée face à cela. Pour moi, tout ce qui compte c'est le résultat, c'est de se dire que ces chansons, je peux les défendre sur scène et je me sens à l'aise avec ça. C'était très important pour moi, au lieu de me mettre un couteau sous la gorge en se disant qu'il fallait sortir quelque chose rapidement parce qu'il y avait un engouement. Si les gens veulent vraiment écouter cet album, je me disais qu'ils l'attendraient et qu'ils seraient au rendez-vous au bon moment.

Regardez le clip de Suzane "L'insatisfait" :


« C'est le public qui m'a amené aux médias »
Tu ressens une pression autour de ton premier album ?
Oui, je pense qu'on a toujours un peu le trac. Cet album, ce sont des moments de vie. Tout à coup, il ne m'appartient plus, il va être livré aux gens et ce sont les gens qui vont le faire vivre. En même temps, j'ai une impatience folle : ça fait longtemps que je travaille sur cet album et que je chante certaines des chansons en live. C'était frustrant de dire aux gens d'attendre encore un peu avant la sortie de l'album. Mon vrai plaisir est d'enfin livrer ces chansons à ceux qui les attendent.

On te vend comme la sensation de ce début d'année, ce titre est-il dur à porter ?
Je ne sais pas si c'est dur à porter car ça reste très plaisant, au moment où je sors un album. Je trouve cool qu'il y ait un engouement des médias à ce moment-là, pour ne pas être seule au moment de la sortie. Après le terme de "sensation du début 2020", c'est un titre lourd à porter mais c'est une reconnaissance de mon travail. Je ne suis pas arrivée d'un coup en 2020, j'ai pris le temps de sortir les choses, de travailler, de faire énormément de scènes. J'ai l'impression que ce travail paie aujourd'hui.

Pourquoi avoir appelé ton album "Toï Toï" ?
C'est une expression allemande qui veut dire "Bonne chance" et qui est très utilisée dans les arts de la scène. On me l'a dit pour la première fois durant ma première scène, ce mot est resté et m'a accompagné dans des moments de gros trac cette année. Ce "Toï Toï" m'a aidé à des moments où je me produisais devant 20.000 personnes aux Vieilles Charrues ou sur des grosses scènes. C'était une évidence de mettre ce nom à l'affiche.

« Je me suis nourrie de mon expérience de serveuse »
En l'appelant "Toï Toï", c'est aussi une façon de dire bonne chance à l'album ?
Oui, c'est une façon de souhaiter bonne chance à ces chansons et à ce disque, pour qu'il ait une belle vie. Je l'ai fait avec beaucoup de sincérité. J'espère que ces chansons vont voyager.

Quels messages veux-tu faire passer au public avec ton premier album ?
J'ai remarqué inconsciemment que mon oeil et ma plume s'arrêtaient très souvent sur des thèmes sociétaux, je mets pas mal l'humain au centre de mes chansons car je regarde beaucoup ce qui m'entoure. Si j'ai écrit sur des thèmes comme ceux-là, c'est parce que dans la vie de tous les jours, il m'arrive de ressentir une colère par rapport au harcèlement, d'être chamboulée par le réchauffement climatique. L'écriture est un moyen de me libérer de mes angoisses, et ça finit souvent en chansons que l'on peut définir comme "engagées" car je me sens très concernée par ce qu'il se passe à notre époque.

Regardez le clip de Suzane, "Il est où le SAV ?" :



Ton album évoque des thématiques modernes comme l'addiction au smartphone, le harcèlement, l'homophobie, l'écologie ou l'acceptation de soi. C'était important pour toi d'en parler ?
Ce sont des thèmes qui me touchent personnellement. J'ai tendance à me dire que quelqu'un qui va écouter une chanson et se sentir concerné va se sentir un peu moins seul. Si j'arrive à faire ça, j'ai un peu gagné. Quelqu'un qui va écouter "P'tit gars" et se reconnaître dans le texte ou la situation, le fait qu'il y ait une chanson qui existe là-dessus peut nous soigner ou nous aider à avancer dans la vie. J'espère qu'en écoutant certaines de mes chansons, les gens pourront se dire qu'elles les accompagnent dans leur vie.

Tu t'es inspirée de ton passé de serveuse pour tes textes ?
Quand j'ai commencé à écrire, j'étais dans une situation incroyable pour regarder les gens, pour entendre, malgré moi, des discussions. Je me suis beaucoup nourrie de ça. Maintenant, je ne suis plus serveuse mais j'ai toujours la curiosité de regarder ce qu'il se passe autour de moi, le petit détail que personne n'a vu. J'essaie d'être toujours curieuse.

« Avec "Il est où le SAV ?", on a rendu le dégoûtant esthétique »
Tu portes un soin particulier aux clips : c'est la meilleure façon d'exprimer ce que tu chantes ?
Aujourd'hui, j'ai impression que c'est très dur de ne pas penser au visuel quand on fait de la musique. Je viens de la danse, qui est quelque chose de très visuel, avec des placements, de l'alignement... On peut vraiment montrer un univers quand on montre un visuel. J'ai l'impression que les gens me comprennent mieux quand ils voient le clip : on a vraiment le visuel, l'acting, la personne. Ça forme un tout que l'on n'a pas forcément en écoutant juste la chanson en streaming.

Le clip très engagé de "Il est où le SAV ?" a beaucoup fait parler...
On a tourné ça à côté de Dakar, dans une décharge qui s'appelle Mbeubeuss. C'est le tournage qui m'a le plus chamboulée parce que je me doutais que ne serait pas confort. En arrivant, on a vu des ossements d'animaux morts partout, des milliers de mouches qui volaient, des familles entières qui travaillent dans cette décharge parce que le déchet a une valeur, des enfants qui ne vont pas à l'école car ils ramassent des déchets... J'ai commencé à écrire cette chanson en Chine, dans un gros smog grisâtre à Shanghai. Elle m'a malheureusement faite voyager dans des endroits qui m'ont fait constater que la planète était un peu cassée. C'était très important de ne pas tourner ça sur fond vert parce que malheureusement il y a des décors naturels un peu partout. J'aime ce côté très réaliste des choses. Dans l'image, on est plus esthétique et poétique mais dans ce clip-là, on a voulu montrer cette réalité, même si on a un peu rendu le dégoûtant esthétique.

Tu as déjà fait des concerts à l'international au Japon ou en Chine, tu vises l'international aussi avec cet album ?
J'aimerais. C'est vrai qu'à la base, je ne pensais pas que ces chansons seraient écoutées, encore moins que je les ferais sur scène dans mon pays. Je ne pensais pas qu'elles allaient m'emmener d'autant plus en Chine, en Mongolie, en Pologne ou en Allemagne. J'espère que ça va continuer ! Même si j'écris en français, je me suis rendu compte que, par exemple, le public chinois arrivait quand même à comprendre mes textes via la gestuelle et l'énergie. Il n'y a pas de barrière de la langue. J'espère que ça pourra se reproduire avec plein d'autres publics étrangers.

Regardez le clip de Suzane "La flemme" :



Tu es nommée aux Victoires de la Musique : qu'est-ce que ça te fait ?
C'est un volcan à l'intérieur. Quand je l'ai appris, je suis restée bloquée, c'était une vraie surprise. Il y a aussi le trac qui arrive tout de suite après, de se dire que je vais atterrir sur le plateau des Victoires de la Musique, que j'ai toujours regardé à la télé, et tout à coup je me retrouve dans la boîte. J'ai envie de faire une belle performance, surtout. Pour moi, je suis déjà gagnante, de me dire que je fais partie des nommées et je suis gagnante de pouvoir m'exprimer sur le plateau des Victoires.

« Je suis déjà gagnante, je fais partie du podium »
Tu recherchais la reconnaissance des médias ?
Je ne pense pas, mais c'est toujours cool d'avoir l'appui des médias parce que ça emmène les gens à découvrir le projet. Je me suis toujours dit que le public est le patron parce que c'est lui qui nous adopte ou pas. J'ai eu la chance de vite monter sur scène et que la rencontre avec les gens se faisait réellement : ils comprenaient mon projet, mes paroles, mes danses, ma voix. Il y a un effet de bouche-à-oreille qui est aussi en train de se produire au niveau médiatique. C'est le public qui m'a amené aux médias.

Penses-tu gagner ?
Je ne sais pas. Il y a certains jours où j'ai du mal à oser écrire un discours et d'autres où je me dis que je vais peut-être gagner. C'est toujours un peu déstabilisant, mais je suis déjà gagnante dans le sens où je suis sur un très beau podium entre Hoshi et Aloïse Sauvage, qui sont deux artistes superbes.

Comme Clara Luciani, c'est avec de nombreux concerts que tu t'es révélée au public : tu penses que c'est le meilleur moyen de se faire connaître ?
Je ne sais pas si c'est le meilleur moyen, chaque artiste a une façon différente de se faire connaître. Angèle est née sur Instagram, moi je suis née sur scène cette année. A chaque fois que je me demande pourquoi je veux faire ce métier, je me rends compte que c'était surtout pour monter sur scène. Je suis très fière que cette histoire se soit écrite de cette façon, en faisant beaucoup de concerts, en allant à la rencontre des gens. Je suis toujours dans le travail d'aller encore plus loin, de chercher plus.

Le succès d'artistes comme Christine and the Queens qui ont bousculé les genres et cassé les codes t'ont-ils rassuré pour te lancer ?
Bien sûr ! Des personnes comme Stromae ou Christine ont permis à toute une nouvelle génération d'artistes d'arriver avec des choses un peu plus singulières car on s'assume plus. J'avais plusieurs choses à imposer : mes textes, ma combinaison, ma danse et ma voix qui est un peu différente de celles qu'on entend actuellement. Ce sont des personnes qui fonctionnent aussi beaucoup sur la pluridisciplinarité. Stromae est très branché théâtre, par exemple. Leur art est nourri par beaucoup de choses et pour nous, ce sont des artistes qui ont ouvert des portes.

Regardez le clip de "Suzane" :


Comme Vianney ou Jain, tu te produis seule sur scène : pourquoi avoir fait ce choix ?
Je suis toujours montée sur scène dans un contexte où j'étais alignée avec d'autres nanas qui avaient le même chignon, le même rouge à lèvres... Quand je me suis dit que j'allais écrire mes propres chansons, le projet a démarré seul. Même si aujourd'hui je suis beaucoup entourée, c'était logique d'être seule sur scène afin de me sentir très libre. C'est risqué parce que je suis sans filet, mais j'ai le luxe de pouvoir improviser ou d'envoyer telle chanson à tel moment, c'était vraiment essentiel. Pour la tournée qui arrive, je pense que je resterais seule car c'est une musique que j'ai faite seule chez moi. C'est de l'électro, donc je ne vois pas trop le fait d'avoir une batterie acoustique avec moi. J'aime bien aussi le fait d'avoir le contrôle là-dessus, de pouvoir envoyer la musique à tel moment, de pouvoir la faire durer aussi longtemps que possible. Peut-être que sur le deuxième album, il y aura une autre direction.

« Mon costume, c'est une manière d'être moi-même »
Quel est le choix derrière ta tenue de scène ?
C'était une façon d'être à l'aise, il me fallait une pièce unique. Ce n'est pas qu'une question d'identification. Je me suis demandé comment m'habiller pour un premier rencard avec le public. Cette combinaison m'est venue en tête grâce à trois personnages qui ont marqué ma vie. Elvis Presley, parce qu'il y avait des photos de lui partout dans le diner où je travaillais en tant que serveuse et je voulais faire la même chose. Bruce Lee, que je regardais beaucoup avec mon père qui est fan de films d'art martiaux. Et Louis XIV, que j'ai étudié en histoire de la danse. A la fin, cette combinaison, c'est moi, c'est ma bulle. C'est un personnage mais ce n'est pas une manière de me cacher, plutôt une manière d'être encore plus moi-même. Quand on me voit dans ma combinaison, c'est que j'ai assez d'assurance d'être moi.

Que peux-t-on te souhaiter pour 2020 ?
Toï Toï (sourire). Un gros Toï Toï pour la suite parce que c'est vrai qu'il se passe beaucoup de belles choses dans ma vie : les Victoires de la Musique, des dates à Paris complètes... Je me revois encore écrire ma chanson "Suzane" où je dis "Tu rêves de l'Olympia" et ça y est, je vais en faire un, le rêve devient réalité.
Théau BERTHELOT
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