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Interview
dimanche 11 avril 2021 13:50

La Femme en interview : "Cet album est une véritable oeuvre en tant que telle"

La Femme revient secouer la pop avec "Paradigmes", un troisième album généreux et éclectique qui navigue entre électro, country et pop. Interview avec Sacha Got, l'un des deux leaders de la joyeuse formation, qui nous explique les influences derrière ce disque mais aussi l'impact du groupe sur la scène française.
Crédits photo : Oriane Robaldo
Propos recueillis par Théau Berthelot.

Dans quel état d'esprit êtes-vous pour la sortie de ce nouvel album ?
On est nerveux. C'est assez stressant en cette période vu qu'on fait un peu toutes les promos, toutes les téloches, on n'a pas vraiment de recul. On n'est pas là à se dire qu'on va profiter de cette sortie et regarder ça d'un point de vue extérieur, on est plus dans le lard, en train de tout faire. On n'a pas du tout de recul mais on est contents qu'il sorte cet album, parce que ça faisait longtemps qu'il était dans les tuyaux. C'est quand même super que ça sorte après toutes ces années, c'est presque miraculeux.

« C'est presque miraculeux que l'album sorte ! »
Cinq années ont passé depuis le précédent album "Mystère" : pourquoi avoir pris autant de temps ?
On a pas mal tourné. Après avoir avoir fini la tournée, on a pris un petit break pendant quelques mois et on s'est remis dessus. Mais le temps de le finir, c'était très long de faire la sélection des chansons, de faire la production... On a été très pointilleux et exigeants sur la production et comme on a tout fait nous-mêmes, ça a été très laborieux. Et après, le coronavirus est arrivé. On devait le sortir l'année dernière et du coup, tout a été redécalé d'un an.

Vous aviez évoqué "une série d'EP à thèmes" en lançant le single "L'hawaïenne" courant 2019. Que sont-ils devenus ?
On les a un peu mis de côté. C'est vrai qu'on avait ce projet-là mais on a préféré le mettre de côté pour travailler sur un album classique de 15 titres. Mais on a toujours ça de côté et on espère sortir tout ça un jour...

Des morceaux prévus pour les EPs sont-ils présents dans ce nouvel album ?
Oui, il y a par exemple "Lâcher de chevaux", qui est un morceau western. On voulait faire un EP western/country et on a toute une série de chansons dans ce style. Celui-là est passé sur l'album, mais c'était une chanson caractéristique de ces EPs à thèmes. Il y avait "Le sang de mon prochain" qui devait peut-être figurer dans "Nymphes et succubes", "Va" dans un EP plus turc-oriental. On a un peu choisi les meilleurs morceaux de ces EPs pour les mettre dans l'album car on voulait vraiment faire un panel de chaque chanson pour que chacune soit dans un style particulier. Du coup, là, on retrouve vraiment tout le panel de styles sur lesquels on travaille.

Regardez le clip de "Paradigme" de La Femme :


« "Paradigmes" ? Ça fait intelligent ! »
Ce nouvel album s'appelle "Paradigmes". Qu'aimez-vous dans ces "Paradigmes" ?
Ça fait intelligent (rires). Il y a un côté mystérieux, dadaïste aussi. Le mot sonnait déjà bizarre, même en ne connaissant pas la définition. Quand on l'a regardée, on trouvait ça hyper profond et intelligent. On s'est dit que ça allait nous rendre plus intelligents d'appeler l'album comme ça !

Dès le premier single "Paradigme", vous avez mis en avant d'imposants cuivres. Il y avait une envie de faire quelque chose d'encore plus ambitieux que sur les deux précédents albums ?
Oui je pense... Aussi, on avait peut-être un peu plus de moyens donc on a pu se permettre de faire enregistrer des musiciens additionnels, comme les cuivres, et on a fait passer beaucoup de musiciens en studio. Il y a beaucoup de monde qui est venu et on les a fait tester plein de choses, ce qui fait qu'il est plus riche musicalement dans ce sens-là.

Vous avez de nombreuses influences mais sur cet album, j'ai l'impression que ce sont les années 70 qui vous ont le plus inspirés. Est-ce exact ?
Je pense qu'on peut entendre des références de chaque décennie, des années 30 aux années 90. Mais c'est vrai qu'il y a une prédominance des années 70 car c'est l'âge d'or de la production de studio. C'est à cette période-là qu'ils ont commencé à aller très loin dans les arrangements et les prods, et c'est ce qu'on aime produire aussi. Il y a des ballades aussi qui sont très années 70 dans le style, mais on peut entendre aussi le côté rap des années 90, comme dans "Le sang de mon prochain".

Il y a aussi une grosse identité visuelle, notamment à travers les premiers clips. Qu'avez-vous voulu raconter à travers ces vidéos ?
On voulait illustrer les chansons et le mood qui s'en dégage. On a décidé de tous les connecter dans un grand film qu'on pourra regarder de A à Z, où tout sera connecté via une émission de télé à la Polac ou Ardisson où tout le monde boit et fume. On a un peu fait une caricature de ces émissions et de cette période-là, qui nous inspire beaucoup. On l'a fait à notre sauce.

« On a été très pointilleux et exigeants »
On pourra le voir quand ce film ?
Je peux pas encore te dire de date exacte mais ce sera pour après l'été. On est sur le montage donc ça sera pour septembre ou octobre, je pense.

J'ai lu que pour cet album, vous avez pioché dans certains titres que vous avez écrit il y a des années. Comment arrive-t-on à rendre cohérent, sur un album, des titres écrits à plusieurs années d'intervalles ?
La cohérence, il n'y en n'a pas vraiment ! Je pense que ce qui est cohérent, c'est, par exemple, des suites d'accord que l'on retrouve ou des voix qui se ressemblent dans les arrangements... Mais depuis un moment, on part dans pas mal de styles. A la fin, tu peux peut-être trouver une cohérence car c'est très éclectique et qu'il y en a pour tous les goûts. Les chansons ont été écrites entre 2012 et 2018, la plus ancienne étant "Le sang de mon prochain". C'est juste qu'on compose tout le temps mais à un moment on se pose autour d'une table et on fait une sélection, on choisit les morceaux qui nous paraissent les plus pertinents, les plus originaux...

C'est cohérent dans le sens où les morceaux s'imbriquent bien dans la continuité alors qu'ils ont été écrits à des années d'écart...
Oui c'est vraiment ça ! De toute façon, on reste dans une continuité. Il y a des innovations mais aussi des choses qu'on retrouve dans les albums précédents.

Vous les avez beaucoup retouchés ?
Ils étaient le plus souvent à l'état de maquettes. Ce sont des idées qu'on a mais qu'on ne termine pas. Là, par exemple pour "Le sang de mon prochain", il n'y avait que le début de la chanson mais pas la fin. On bossait sur l'album en 2018 et à un moment, on s'est mis à réécouter de vieilles maquettes, à redépoussiérer certains trucs comme ça pour le fun, en faisant une pause dans nos morceaux. On est retombés sur celui-là et on s'est dit "Putain, c'est vrai qu'il était bon !". On a décidé de le déterrer et de rebosser dessus alors que ça faisait six ans qu'on ne l'avait pas retouché. On a repris les sessions Garage Band et on les a mis sur Pro Tools et à partir de là, on a fini le morceau.



« La cohérence, il n'y en n'a pas vraiment »
Au final, on peut dire que cet album est une sorte de compilation des thèmes et des influences de La Femme ?
Carrément ! C'est vraiment ça, une compilation pour tous les goûts et les couleurs. Il n'y a pas de concept album, on ne s'est pas dit qu'on allait en studio pour enregistrer un album de A à Z. On ne travaille jamais comme ça. Nous, c'est vraiment de manière très décousue, sur des périodes et des endroits très différents. C'est vraiment un truc de "backpacker", on fait ça à droite à gauche. On a notre disque dur, notre Pro Tools et on enregistre les choses par ci par là.

Mis à part le bien-nommé "Foutre le bordel" et "Foreigner", j'ai l'impression que l'album est plus posé, moins dans une volonté de faire des titres pour "faire des pogos". C'était voulu ?
C'est venu assez naturellement... Avant, on faisait plus de trucs rapides et j'ai tendance à préférer les trucs plus lents. Je sais pas ce qui s'est passé, il y a eu une réaction chimique dans mon cerveau (sourire). Maintenant, je préfère les trucs lents. On aime bien les deux, mais c'est vrai qu'on adore les ballades aussi.

Il y a beaucoup de voix féminines sur le disque, encore plus que sur les deux albums précédents. Comment choisissez-vous ces voix ?
Je dirais pas qu'il y a plus de voix sur cet album que sur les précédents, je crois que c'est à peu près pareil. On fait venir plein de gens en studio. On aime bien faire venir de nouvelles personnes, de nouvelles chanteuses, on essaie un peu leurs voix sur pleins de trucs et quand c'est bien, on la garde. Des fois, on se rend compte que chaque voix est appropriée pour une certaine chanson.

« Clara Luciani, c'était fun de la retrouver »
Clara Luciani, qui avait déjà travaillé avec vous dans le passé, assure les choeurs de "Paradigme". C'était comment de la retrouver ?
C'était cool, franchement ! Ça faisait longtemps qu'on ne l'avait pas vue, maintenant qu'elle trace sa route et qu'elle fait son chemin. C'était fun qu'elle vienne en studio pour la petite histoire. C'était vachement sympa, c'était une bonne session et on a bien rigolé ce jour-là.

Vous parlez pas mal de l'Amérique, comme dans "Nouvelle-Orléans", "Cool Colorado" et "Pasadena" mais il y a aussi un côté cinématographique sur "Lâcher de chevaux". Qu'est-ce qui vous fascine là-dedans ?
Il y a un côté Ennio Morricone mais quand tu y penses, c'était un Italien qui faisait des westerns tournés en Espagne avec de la musique qui n'est même pas de la country... Les westerns spaghettis ne sont pas américains et nous, on a un peu la même démarche. On fait des trucs où on s'inspire des Etats-Unis mais sans être des Américains. Je pense qu'il y a cette influence-là parce qu'on a pas mal voyagé là-bas, on y a pas mal tourné, on a rencontré des musiciens et c'est un terrain très fertile pour la musique. Mais au final, tu peux retrouver plein d'autres styles dans notre musique, des trucs turcs, des influences orientales ou germaniques... Il y a vraiment plein de choses ! Ça s'est retrouvé là un peu par la force des choses. Il y avait pas mal de morceaux qui parlaient des Etats-Unis mais ce n'était pas spécialement voulu, c'était juste comme ça et parce qu'on a bossé pas mal sur l'album là-bas. Je pense que c'est un bon pays pour la musique.

Le fait de chanter en anglais et en espagnol, c'est une façon de vous ouvrir encore plus à l'international ?
Carrément, mais quand on fait ça ce n'est pas dans un but de marcher, on fait plus ça d'un point de vue artistique. On aime bien tester des choses dans toutes les langues. Ce n'est pas sorti, mais il y a des choses qui existent en italien, on veut faire des choses en chinois, en grec. Chaque langue a sa poésie et c'est pour cela qu'on s'ouvre à ça. Il y aussi le fait qu'avant, tout le monde chantait en anglais et maintenant tout le monde rechante en français et c'est cool de tester des trucs qui sont ni l'un ni l'autre pour s'aventurer ailleurs.

Regardez le clip de "Cool Colorado" par La Femme :


« On est très populaires au Mexique »
Vous qui tournez beaucoup à l'étranger, c'est quoi le pays, à part la France, où vous rencontrez le plus de succès ?
Je pense que c'est le Mexique. Sur les statistiques, c'est le deuxième pays où on est le plus écouté et on y fait de gros concerts à chaque fois. Il y a une grosse scène là-bas et c'est assez surprenant. La première fois qu'on y est allé, on était vraiment surpris car il y avait beaucoup de monde et un vrai engouement. Là-bas, il se passe vraiment quelque chose.

La Femme s'est formé en 2010. Quel bilan faites-vous de cette décennie ?
C'était costaud et très intense ! Après, avec le covid, un peu moins depuis un ou deux ans. Ça fait bizarre quand ça se calme, alors qu'on a vécu des choses aussi intenses. Mais bon, je pense aussi que c'est la vingtaine qui fait ça. Pour tout le monde, il y a quelque chose d'intense dans ces 10 années de ta vie et après tu évolues. Tu sais, ça reste dur de prendre du recul. On a tout vécu à 200 à l'heure et on a foncé dans le tas. Maintenant, avec cette période, ce n'est plus pareil car on a plus le temps de réfléchir et de prendre du recul.

« Ces 10 années ont été intenses, on a tout vécu à 100 à l'heure »
Vous avez conscience d'avoir lancé une nouvelle vague de groupes pop français grâce à votre succès ?
On est conscients d'avoir contribué à avoir remis au goût du jour le fait de chanter en français et d'utiliser des synthés. On n'a pas inventé ça, ça se faisait avant, mais c'est juste que ce n'était plus à la mode et nous, on l'a justement remis à la mode. On a fait des passerelles mais quand tu écoutes notre musique, elle reste très inspirée du passé. Après, on mélange des trucs du passé qu'on aime pour faire quelque chose d'hybride. Mais quand on a démarré, tout le monde chantait en anglais et faisait du rock à guitare. C'était la fin de la scène Gibus, des baby rockeurs et on est un peu arrivés à la fin de ce moment-là.

On vous connaît pour vos tournées très longues. Comment on se sent quand on sort un album en pleine pandémie et qu'on ne peut pas le défendre immédiatement sur scène ?
On l'a accepté, vu que c'est la pandémie. Notre album est une oeuvre en tant que telle, c'est vraiment le principal de notre travail. On a passé beaucoup de temps dans la production et on bataille beaucoup sur l'enregistrement. Et comme on a travaillé énormément sur les vidéos, c'est pour cela que c'est une oeuvre en tant que telle et que tu peux l'écouter comme ça.

On peut espérer ne pas attendre cinq ans avant le quatrième album ?
(Il rit) J'espère aussi ! Mais écoute, tu sais des fois ce n'est pas juste de notre volonté. C'est aussi à cause des forces supérieures auxquelles on est pliés. Aussi, on met beaucoup de temps à sortir un album, mais je pense qu'il est de bonne qualité et très travaillé. Si on sortait des albums plus souvent, ils seraient peut-être moins travaillés. Tu ne construis pas la Sagrada Família en deux ans !
Théau BERTHELOT
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