Alice Backham
« On a chaise longue, all day long, on a chaise longue... ». La ritournelle francophile de Wet Leg a fait sensation au printemps 2022, faisant du duo originaire de l'Île de Wight l'un des nouveaux groupes de rock les plus en vue de sa génération. 300 concerts plus tard, dont bon nombre en première partie de la tournée des stades de Harry Styles, revoilà nos jambes mouillées préférées avec l'étape difficile du deuxième album. Avec un changement radical au programme : les deux rockeuses troquent leur univers décalé pour une imagerie volontairement cauchemardesque, entre maison hantée à la Amityville et ver de terre géant. C'est d'ailleurs Rhian Teasdale qui assure seule la promotion, là où sa comparse Hester Chambers dit vouloir se mettre en retrait, victime d'anxiété sociale. Cela se ressent sur la pochette où si Hester reste de dos, Rhian, accroupie et totalement métamorphosée, affiche un sourire inquiétant à la Aphex Twin.
Chez Wet Leg, l'union fait la force
Pourtant, derrière cette pochette peu reluisante se cache l'un des grands disques de l'année. Comme le "Romance" de Fontaines D.C. l'an dernier. Croyez-en l'adage : ne jugez pas un livre à sa couverture. Bien qu'excellent, le premier album était quelque peu vampirisé par ces titres phares ("Chaise Longue", "Wet Dream", "Ur Mum") au détriment du reste. Le résultat est largement différent à l'écoute de ce "Moisturizer" ("crème hydratante" en français), bien plus cohérent et maîtrisé, démarrant tambour battant pour ne jamais lâcher son auditeur. Entre ligne de basse obsédante et riff de guitare percutant, l'énorme "CPR", et sa ritournelle « Is it love or suicide ? », donne le ton d'un disque qui cherche à réinventer une formule qui avait fait mouche il y a trois ans.
Il y a toujours l'esprit pince-sans-rire du duo, agrémenté de nombreux textes évoquant l'amour sous toutes ses formes, quelques clins d'oeil très érotiques ("Pillow Talk") et le sexisme sur le malicieux "mangetout", nouveau clin d'oeil francophile aux sonorités très Pavement. « Je trouvais ça drôle de raconter une histoire où je donnerais un paquet de pois mangetout à un homme un peu insistant pour lui dire subtilement de déguerpir. Parfois, l'humour est le meilleur moyen de faire un passer un message » atteste Rhian Teasdale à nos confrères du magazine Plugged.
Un deuxième album fascinant et maîtrisé de bout en bout
Si les électriques "Catch These Fists", "Don't Speak" ou "Jennifer's Body" devraient être de futurs incontournables live, Wet Leg sait aussi toucher dans des moments plus calmes ("Davina Mccall", "11:21", "Pokemon") où Rhian nous conte son histoire d'amour qu'elle croque à pleines dents. « Je me sens simplement très amoureuse, cela explique pourquoi beaucoup de chansons sont portées par ce thème sur l'album. (...) Cela peut sembler un peu léger, voire cosmique de le dire ainsi, mais mes textes expriment mes sentiments du moment » poursuit-elle pour Le Monde. Relation amoureuse également consumée avec un public de plus en plus nombreux à fondre pour l'univers en constante mutation du désormais quintet. En effet, à contrario du "Wet Leg" inaugural, "Moisturizer" n'a pas été enregistré en duo mais en groupe. Une énergie collective qui se ressent pleinement à l'écoute de "Liquidize" ou "Pond Song", formant un disque plus groovy, plus musclé et surtout plus abouti.