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samedi 08 octobre 2022 15:15

Charlie Winston en interview : "Vianney m'a aidé à communiquer des émotions très simples"

Par Yohann RUELLE | Journaliste
Branché en permanence sur ses playlists, il sait aussi bien parler du dernier album de Kim Petras que du set de techno underground berlinois qu'il a regardé hier soir sur TikTok. Sa collection de peluches et figurines témoigne de son amour pour les grandes icônes de la pop culture.
Charlie Winston est le plus frenchy des artistes anglais et il le prouve avec son nouvel album "As I Am", réalisé par Vianney. De leur rencontre aux séances de psychanalyse qui ont façonné ses nouvelles chansons, le musicien dévoile l'envers du décor de ce chapitre musical en interview pour Purecharts.
Crédits photo : Tôt ou Tard
Propos recueillis par Yohann Ruelle.

Ton cinquième album s'intitule "As I Am". C'est presque une façon de te représenter au public. Qui est le Charlie en face de moi ?
J'ai changé. Je me posais beaucoup de questions et pour trouver les réponses, j'ai dû devenir comme observateur de moi-même. J'ai passé du temps à analyser mon comportement, les habitudes que j'ai depuis l'enfance et l'adolescence. Je suis quelqu'un qui est en train de me libérer des coutumes qui ne marchaient pas pour moi pour créer une vie plus en adéquation avec qui je suis.

J'ai consulté une psy deux fois par semaine
C'est presque une psychanalyse...
Oui ! Pendant le Covid, j'ai consulté une PSY deux fois par semaine. Au début, c'était pour trouver un remède à mes désordres psychosomatiques. Ça a complètement changé ma vie parce qu'avant, lorsque j'étais en tournée, j'avais des douleurs chroniques. Maintenant, je peux le gérer.

La musique t'a aidé à surmonter tes problèmes de santé ?
Jouer de la musique n'a jamais été difficile. (Sourire) La seule différence maintenant, c'est que j'ai réalisé que le plus important était ma relation avec les gens, bien plus que ma propre relation avec la musique. Et encore plus depuis le Covid. Si personne n'est là, je ne vais pas beaucoup jouer en réalité. J'ai besoin d'un but pour faire une musique. Quand j'ai commencé à écrire les chansons, j'avais déjà l'album en tête. C'est mon travail, après tout... (Il s'interrompt et grimace) Ça fait bizarre de le dire comme ça. (Rires) Je ne veux pas dire que je ne prends pas de plaisir, c'est juste que ça me donne une source de motivation supplémentaire. Moi je suis un compositeur, un écrivain. La musique est une facilité pour exprimer ce que j'ai au fond de moi. Mais je tiens à la partager : je n'aime pas être mon propre public. Quand je me retrouve seul dans ma chambre avec une guitare, ce n'est pas la même chose. Surtout pour les chansons que j'ai déjà écrites ! Mes chansons sont comme une poésie : une fois terminées, elles ne m'appartiennent plus. Elle sont à tout le monde.

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Ce nouvel album, très lumineux, très communicatif, a été écrit durant le confinement, lorsqu'il n'y avait plus de scène, plus de concerts. C'était comment ?
C'était super. J'ai adoré !

J'ai adoré écrire pendant le confinement
Vraiment, tu as aimé ça ?
Oh oui, c'était parfait. Parce qu'il n'y avait pas de distractions et que j'ai pu me concentrer vraiment sur les choses que je voulais dire, des choses que j'ai gardé enfouies pendant longtemps. J'ai fait un énorme travail sur moi-même et les chansons de mon album en sont le résultat. Les écrire m'a d'une certaine façon permis d'actualiser l'enfant qui est en moi, que j'avais un peu mis de côté en étant papa. On ne cesse jamais de grandir et de se découvrir, et je crois que c'est très important, quand on est artiste, de conserver son âme d'enfant, cette sensation d'émerveillement.

Tu penses à tes enfants quand tu écris des chansons ? A la manière dont ils vont les percevoir ?
Pas vraiment. (Sourire) Mais ils jouent un rôle puisque pour cet album, l'un de mes fils a fait les choeurs. Je cherchais une couleur à apporter sur un titre appelé "We Can Make It Better" et je voulais partager cette aventure avec lui, alors je l'ai invité. Mon père chante aussi. Je voulais parler des générations, de la notion de transmission. C'est une belle fierté ! Malheureusement, le morceau n'a pas fini sur le disque. Peut-être que le public la découvrira plus tard...

Comment as-tu fait la rencontre de Vianney, qui est le réalisateur de l'album ?
Je l'ai rencontré ici, dans ces locaux ! Au début de l'année 2020, j'ai raconté des labels différents dont Tôt ou tard. Vincent Frèrebeau, le directeur, a entendu une chanson, c'était "Limbo". Il était très intéressé d'en écouter davantage. Pendant cinq mois, je lui ai donc envoyé plusieurs morceaux. A la fin de l'année, j'en avais 20. Et au moment où j'ai signé le contrat, il m'a proposé de rencontrer Vianney pour une possibilité de travailler sur une ou deux chansons. J'ai dit "ok, pourquoi pas". Seulement, je pensais que Vincent lui avait envoyé simplement quelques titres... C'est ce qu'il m'avait dit. Mais quand on s'est vu en studio avec Vianney, j'ai commencé à lui parler d'autres chansons, en lui disant : "Je sais que tu n'as pas entendu les autres". Et là il me répond : "Mais si ! J'ai tout entendu ! J'ai passé toute l'année à écouter tes chansons, j'adore". Il était fan des morceaux. Donc c'était évident de continuer avec lui parce qu'il était très investi.

Vianney a été très investi
J'ai l'impression que vous étiez fait pour travailler ensemble !
Complètement. L'humilité, c'est quelque chose qu'on partage. Entre nous, il n'y a pas eu de problèmes de communication. Depuis le début, on s'est accordé mutuellement notre confiance. Chacun n'hésite pas à dire les choses qu'il aime... ou ce qu'il aime pas ! Sans animosité. Et ce n'est pas un problème parce qu'on est humains, à la fin. Parfois, ça peut être difficile avec les artistes de parler en toute honnêteté mais entre Vianney et moi, c'était très facile. Vianney est quelqu'un de très respectueux. J'ai pris plaisir à chaque fois qu'on a travaillé ensemble. Le seul bémol, c'est son planning ! Il était hyper occupé lorsqu'il a sorti "Beau-papa" et son album, puis il a eu un bébé, il a tourné "The Voice". On avait trois jours ensemble puis il s'écoulait sept mois, trois jours, sept mois... Son agenda était complètement fou ! Moi j'avais beaucoup plus de temps. (Rires) D'habitude quand je fais un album, en deux mois tout est bouclé.



Qu'a-t-il apporté à ta musique ?
Il a apporté à ma musique un élément de simplicité. Un autre style de production aussi, c'était vraiment ça que je voulais sur cet album. Avant, j'avais toujours peur de ne pas réussir à créer un nouveau son. Mais ça, je m'en fiche maintenant : le plus important pour moi, c'est la qualité des chansons. Et ça, Vianney l'a parfaitement compris. Il s'en fout de paraître plus moderne, il fait de la musique pour l'art. Il a à coeur de transmettre l'âme de la musique et c'est la raison pour laquelle j'ai voulu travailler avec lui. Je savais qu'il réussirait à communiquer des émotions d'une façon très simple. Moi, je peux être compliqué parfois. Je réfléchis trop. (Sourire) Lui agit à l'instinct.

On ne demanderait pas à Adele de chanter en français !
Vous partagez le duo "Shifting Paradigms''. Pourquoi ne pas l'avoir tenté en français ?
J'ai écrit le morceau en anglais et ce n'était pas si évident d'en faire un duo. En fait, c'est arrivé lorsqu'on a présenté notre travail sur l'album au label. Celle-ci n'était pas encore enregistrée alors pour la faire découvrir à Vincent, on l'a jouée avec nos guitares, comme ça, de manière spontanée. Vianney faisait les choeurs. Et Vincent nous a dit : "C'est parfait ! Ne changez rien". Il n'y a même pas eu de conversation autour de la traduction des paroles. Vianney les connaissait déjà. Et en plus, elles sont très personnelles. "Shifting Paradigms'' ça veut dire voir les choses d'une autre perspective. Que lui chante en anglais, c'est déjà un changement de perspective. (Sourire) Et puis je l'avais déjà fait dans le passé, sur la chanson "Dusty Men" de Saule. On avait dû retravailler le morceau pour qu'il y ait assez de mots en français, pour les quotas radio. Mais c'était difficile de le faire sans dénaturer l'énergie de la chanson, tout ça pour atteindre un pourcentage. Même si j'ai beaucoup de succès ici en France, je reste un artiste britannique. J'ai toujours écrit mes chansons en anglais. C'est moi ! On ne demanderait pas à Adele ou Ed Sheeran de chanter en français... [ndlr : il se trouve qu'Ed Sheeran vient justement de sortir une chanson en français avec Vianney].

Sur la chanson "Exile'', tu parles justement de ton statut d'artiste connu en France mais boudé au Royaume-Uni. Ça t'a longtemps pesé ?
Ce titre parle d'un exil sur trois niveaux. Le premier c'est géographiquement : je dois beaucoup voyager parce que je vis ici en France avec ma femme, qui est française, et mes enfants, qui parlent français et anglais. Depuis cinq ans, ma vie est devenue très française ! Et moi j'ai envie de m'intégrer à la culture française parce que je n'ai pas envie d'être un simple expatrié. La deuxième lecture concerne ma musique, qui a rencontré le succès ici en France sans véritable explication. Tout le monde me demande pourquoi mais je ne sais pas. (Rires) C'est juste comme ça ! Cette interrogation a toujours été là. Donc c'est l'exil de ma musique, sans que ce soit de mon fait. Le troisième niveau, c'est un truc plus universel : ça parle des traumatismes de mon enfance et comment je peux réussir à m'en défaire, à les exiler au loin, dans mon esprit. Cette chanson est très introspective et contemplative, à l'image du clip où l'on me voit dans l'eau, en train de réfléchir. Pour moi, cet album "As I Am" est comme un miroir. Là où me sens à la maison, ce n'est ni en Angleterre ni en France. C'est lorsque je me sens libre, serein avec moi-même... ce que je racontais déjà dans "Like a Hobo", sans en avoir vraiment conscience. J'étais encore trop conditionné.




J'ai payé le prix d'être un garçon gentil
À 44 ans, as-tu fait la paix avec ton passé ?
Je ne suis pas sûr qu'on puisse "faire la paix" avec son passé. La seule façon de le faire, c'est de comprendre. C'est comme si tu étais en couple et que tu avais un secret. Ton ou ta petite amie sent bien que quelque chose te tracasse mais tu ne peux pas lui dire, et ça crée une distance, un problème entre vous. Mais quand tu lui partages ton histoire, à ce moment-là il ou elle peut mieux comprendre qui tu es. La paix vient avec la quête de vérité et sa compréhension. Sans elle, tu fais des choix inconsciemment. Pour moi, ces choix inconscients étaient d'être un garçon gentil, très dévoué, qui essaie de faire plaisir à tout le monde. Et j'en ai payé le prix. Mais ça, c'est un truc beaucoup plus profond. (Rires) C'était très important pour moi de faire preuve de vulnérabilité sur cet album. D'être le plus authentique possible. Et ça c'est une évolution dans ma musique car à mes débuts, j'avais plutôt l'habitude d'écrire des chansons neutres, qui parlent de quelqu'un d'autre. Aujourd'hui, ma musique est de plus en plus personnelle.

Il y a une autre collaboration avec un artiste français dans l'album, c'est "Don't Worry About
Me", co-écrite avec le trompettiste Ibrahim Maalouf. Pourquoi la culture française t'attire autant ?

Je me dois de te préciser qu'il est franco-libanais. (Rires)

Je vais là où le vent me mène
C'est vrai !
J'espère ne pas abîmer des egos en disant cela mais en fait, j'aime tout le monde. Même si l'on est polonais, américain, japonais, anglais, français... On est humains. Même si on a des cultures et des langues différentes, on vit, on mange, on dort, on meurt tous. Les collaborations, je ne les calcule pas vraiment, ce sont les hasards des rencontres. Quand on me demande quelle serait ma collaboration rêvée, je réponds toujours pareil : je n'en ai pas ! Je vais là où le vent me mène.

Tout à l'heure tu me disais que t'arrivais pas à expliquer ta popularité en France. Mais j'ai une théorie à ce sujet : je crois que tu incarnes assez bien cet esprit de liberté si chère à notre nation qu'on l'a inscrite dans notre devise. Cette insouciance et cette légèreté, comme avec "Like a Hobo".
Je pense que tu as raison. Tout à l'heure dans une autre interview, je discutais des différences entre le Royaume-Uni et la France. Là-bas, nous avons beaucoup à exprimer mais nous le faisons très peu à travers la fête. Ici, tout est question de célébration. De champagne ! Par exemple quand je suis arrivé en France, il m'a fallu longtemps avant de comprendre que lorsqu'on t'invite pour le déjeuner, ça signifie toute la journée. (Rires) C'est intéressant ce que tu dis parce qu'en Angleterre, nous ne sommes pas connus pour notre gastronomie ou notre mode de vie comme la France, mais nous le sommes pour la musique parce que nous exprimons toutes nos pensées intérieures dans notre art. C'est la raison pour laquelle la musique rock est très puissante au Royaume-Uni : nous aimons nous jeter dans la boue. Les Français n'aiment pas trop ça. (Rires) Ici, tout est dans la joie de vivre et je pense que j'arrive à transmettre ma joie de vivre.
Pour en savoir plus, visitez charliewinston.com et sa page Facebook.

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