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Interview
samedi 17 avril 2021 12:28

London Grammar en interview : "J'avais des combats à mener sur cet album"

London Grammar vient embellir le printemps avec son nouvel album, le formidable "Californian Soil". En interview pour Pure Charts, la chanteuse Hannah Reid se confie sur la conception du disque et sa nouvelle position de leader du groupe. Rencontre avec une artiste passionnante et libre !
Crédits photo : Alex Wapesi
Propos recueillis par Théau Berthelot.

Comment est né l'album "Californian Soil" ?
J'ai commencé à travailler dessus il y a plus de trois ans, à l'été 2017. Evidemment, on a dû repousser cet album d'un an. Il est né à la suite d'expérimentations et d'une certaine vulnérabilité émotionnelle que je ressentais. Je ne me sentais pas très bien à cette époque, je n'avais pas beaucoup d'énergie. Je n'étais pas sûre de pouvoir faire un nouvel album. Alors, j'ai juste mis toutes ces émotions dans des chansons et l'album a commencé à se dessiner de cette façon.

« J'ai trouvé cette période inspirante »
La crise sanitaire vous a-t-elle inspirés artistiquement ?
Cet album était fini bien avant le début de la pandémie. Mais j'ai trouvé cette époque assez intéressante et inspirante pour des chansons de notre prochain album. Pour moi oui en tous cas, j'ai été capable d'écrire des choses pendant la pandémie, ce qui est une bonne chose !

Vous sortez votre nouvel album dans ce contexte de crise sanitaire, c'est quelque chose de difficile j'imagine ! 
Ça l'est un peu ! L'une des raisons pour lesquelles on a décidé de le repousser, c'est parce que je pense que c'est un album qui est fait pour être écouté en live et ça ne nous paraissait pas juste de sortir ça au beau milieu du confinement [l'album aurait dû sortir le 12 février alors que l'Angleterre était à nouveau confinée, ndlr]. Ce qui est cool, c'est que je pense que les chansons sont toujours aussi pertinentes. En sortant du confinement, j'espère que les fans vont pouvoir se connecter tout de même à ces chansons.



L'album sort huit mois après le premier single, "Baby It's You". C'est risqué aujourd'hui de prendre son temps, dans une industrie où tout va de plus en plus vite ?
Tu sais, tout dépend du type d'artiste dont on parle. Si tu es une mégastar comme Taylor Swift, tu peux faire ce que tu veux. Tu peux sortir un album sans prévenir et sans vraiment t'inquiéter du résultat final. Pour un groupe comme le nôtre, notre musique touche les gens doucement mais sûrement. Du coup, c'est mieux de faire les choses plus lentement. Tu donnes aux chansons plus le temps de respirer et les gens ont plus le temps et plus la chance de pouvoir les découvrir et se les approprier.

« La pochette me représente comme vulnérable et forte »
Pour la première fois, Hannah, vous apparaissez toute seule sur la pochette. Pourquoi ?
Thématiquement, ça dit quelque chose sur l'album. Ça me représente à la fois comme une personne vulnérable et prête à prendre le pouvoir. Et aussi, le fait d'être dans un groupe avec deux autres personnes, ça a tendance à limiter tes options créatives. Si tu imagines cette pochette avec Dan et Dot [Daniel Rothman et Dominic "Dot" Major, les deux autres membres du groupe, ndlr], ils seront peut-être en train de flotter dans l'eau... On a vraiment essayé toutes les combinaisons possibles pour que l'on soit tous les trois sur la photo. Mais cette fois, on s'est dit que si l'on voulait dire quelque chose de façon artistique, c'était mieux que je sois toute seule sur la pochette. C'était la meilleure option, plutôt que d'essayer d'inclure Dan et Dot et que ça ne marche pas.

Quelle a été leur réaction ?
En vérité, je pense qu'ils étaient soulagés (rires). Je pense que, des fois, Dan et Dot ont senti que je n'assumais pas assez d'être le visage ou le leader du groupe. Ils étaient plus qu'heureux de ne pas participer à ce photoshoot.

Vous êtes également sans vos deux collègues dans les derniers clips !
C'était une envie similaire ! Avec nos clips, on essayait d'avoir de bonnes idées dans lesquelles tout le monde devait être impliqué. On n'en tire pas souvent les meilleures idées et les meilleurs résultats car tu as souvent besoin d'un protagoniste. Encore une fois, les garçons étaient contents de se retirer un peu, pour le bien de l'art, peut-on dire. Concernant le côté musical, je voulais vraiment montrer une facette différente de ma personnalité. Aussi, j'ai fait beaucoup d'expériences au niveau de la production, contrairement au deuxième album.

London Grammar est identifié comme un groupe aux yeux du public, vous n'avez pas peur de dérouter en faisant ce choix ?
C'est marrant car on me pose beaucoup cette question en ce moment. Quand je regarde des groupes comme Coldplay ou The 1975, Chris Martin ou Matty Healy sont souvent seuls dans leurs clips. Et on n'en parle pas souvent. En le faisant, j'ai l'impression que ça fait plus parler, et je trouve ça assez intéressant.

Regardez le clip "Californian Soil" :


« J'ai l'impression d'être davantage le leader du groupe »
Cette mise en avant explique pourquoi vous dites avoir voulu vous affirmer plus en tant qu'artiste féminine et leader du groupe. Quel a été le déclencheur de cette prise de conscience ?
Il y a deux raisons. La première, qui arrive à beaucoup de groupes, c'est qu'on est devenus tellement démocratiques qu'on commençait à tourner en rond en studio. Et je ne pense pas qu'on puisse être capable de faire de bonnes choses qui puissent plaire à tout le monde en même temps. J'ai commencé à dire aux garçons que je voulais faire quelque chose qui relève d'une vraie déclaration. Sur cet album, j'ai l'impression d'être davantage le leader du groupe. Peut-être que sur le prochain, si on fait quelque chose de plus dansant, alors ce sera plus Dot. Là, j'ai senti que c'était mon moment. Et la deuxième raison, c'est que je sentais que j'avais des combats à mener dans ma carrière. Et je ne pense pas que les hommes dans ma position ont déjà eu à vivre ça. Ma propre expérience dans l'industrie a été douce-amère à cause de ça. Je pense que le fait d'être toute seule sur la pochette de mon album et dans les clips signifie vraiment quelque chose. Ça prouve que j'ai une histoire à raconter, mais qu'elle ne va pas desservir Dan et Dot pour autant. C'est mon expérience.

Au vu de cette prise de pouvoir, j'ai l'impression que cet album sonne comme un nouveau départ pour vous...
Je pense qu'il y a une tendance aujourd'hui dans la musique de faire un premier gros album et de disparaître ensuite. J'ai senti qu'on ne faisait pas les choses de la bonne façon et que l'on risquait de disparaître. Sur cet album, j'ai eu le sentiment qu'il fallait que l'on prenne un virage. Nos fans sont toujours là et je pense que c'était bien qu'on le fasse maintenant.

L'album a deux facettes musicales. Une qui est très électronique et, au contraire, une autre qui est très orchestrale, presque cinématographique. Pourquoi cette dualité ?
Tu soulèves un point intéressant car j'ai l'impression qu'on a toujours eu cette dualité, cette facette électronique d'un côté, et une autre plus émouvante. Mais pour cet album, tout est plus évident et assumé : les titres dansants sont vraiment plus dansants et les morceaux plus émouvants le sont également.

« C'est important de sortir de sa zone de confort »
On ressent un côté électronique plus prononcé que sur les précédents, du coup !
Je n'ai pas l'impression que c'était un choix voulu, c'est arrivé assez naturellement, ce qui est souvent le cas au milieu d'un processus de création. Certaines chansons ont commencé à sonner mieux en y ajoutant des éléments électroniques et dansants. Ce n'était vraiment pas une décision voulue !

Votre collaboration avec Flume sur "Let You Know" a-t-elle pu aiguiller cette direction ?
Je ne pense pas que nos collaborations influencent nos choix sur les albums mais je pense que Flume, en tant qu'artiste, est quelqu'un de très influent en règle générale. J'adore de nombreux artistes et je sais que Dan et Dot adorent Flume. Peut-être que ça nous a influencés un peu plus que prévu. Cette collaboration était géniale et j'espère qu'on pourra en refaire une plus tard.

Vous assumez encore plus votre côté pop, notamment sur le morceau "How Does It Feel ?". Comment est-il né ?
Il est né vers la fin de l'enregistrement. C'est la seule session d'écriture que j'ai faite... J'essaie de ne pas écrire de chansons en dehors de mon travail avec le groupe, mais je pense que c'est important, parfois, de sortir de sa zone de confort. J'ai écrit cette chanson avec Steve Mac, qui est un des plus gros compositeurs pop dans le monde [on lui doit "Shape of You" d'Ed Sheeran, ndlr]. On a écrit ce titre que j'adore ! J'étais très nerveuse à l'idée de faire cette session et finalement, j'ai été étonnement très surprise de la tournure positive qu'a pris cet exercice, qui a donné naissance à la chanson.



« On garde toujours ce côté aérien dans notre musique »
On ressent un côté un peu aérien, planant sur ces titres. Ce côté aérien, c'est ce qui fait le son London Grammar, son ADN ?
Je pense que ça l'est ! Ça me fait plaisir que tu en parles car je pense que, peu importe ce que l'on fait, que ce soit une chanson pop ou quelque chose de plus sobre et émouvant, l'émotion combinée à cette atmosphère assez planante et aérienne rappelle beaucoup aux gens qui nous sommes. On a toujours ce côté aérien et j'espère que ce sera toujours le cas à l'avenir.

Au niveau des thématiques, vous allez dans une direction sociale pour évoquer l'état des Etats-Unis sur le morceau "America". Comment est venue cette envie d'en parler ?
En vérité, cette chanson n'était pas destinée à parler de politique. J'utilise l'idée du rêve américain pour décrire quelque chose qui m'est arrivée. Quand tu es un artiste, tu absorbes tout ce qui se passe autour de toi. La situation et la tension qui se déroulent en Amérique ont inconsciemment eu une grosse influence et ça m'a poussée à écrire une chanson là dessus. Au moment des élections, j'étais ce genre de personne à rester éveillée pour suivre les résultats des élections (rires).

La chanson "America" est d'ailleurs à double sens !
Oui c'est vrai ! Ça parle de ma propre expérience. A l'époque, je pensais avoir perdu ma santé, comme si je faisais l'expérience de la mort de mon ego. Je n'étais pas sûre de pouvoir encore écrire des chansons et puis j'ai écrit celle-ci. Et ça m'a permis de me remettre en selle. Et j'avais vraiment cette idée que les choses ne sont pas toujours comme on les pense, qu'elles peuvent être différente en surface.

« J'ai longtemps lutté contre mon image »
La mettre en dernière piste de l'album était, j'imagine, quelque chose de significatif.
Ça l'est car "Californian Soil" et "America" ont probablement été les deux premières chansons que nous avons écrite pour ce disque. Ça nous semblait vraiment approprié d'ouvrir et de finir l'album sur ces deux chansons.

Les clips sont magnifiques et toujours très travaillés. L'image est toujours aussi importante pour vous ?
Nous essayons que ça le soit toujours ! En règle générale, une vidéo est toujours très difficile à faire et en ces temps de pandémie, c'est encore plus dur à mettre en oeuvre. Je pense que j'apprends tout juste à savoir ce que j'aime et ce que je n'aime pas, et ça m'a pris 10 ans dans ma carrière ! J'ai longtemps lutté contre mon image car j'ai toujours eu du mal à me voir dans les clips. Mais ça commence à changer !

Ecoutez London Grammar reprendre Christine and the Queens :


« Le succès en France a fait notre carrière »
Vous avez toujours une belle popularité en France, comment vous l'expliquez ?
Le succès que nous avons en France a vraiment fait notre carrière. L'Australie et la France ! Je ne peux pas l'expliquer. Je trouve que le public français est très respectueux. Vous êtes un public qui très fan d'art, notamment d'art ancien et vous chérissez ça (rires). Pour un groupe comme nous, c'est quelque chose de vraiment fantastique. J'ai toujours pensé que l'on peut avoir une longue carrière dans l'industrie tant qu'on a une fanbase solide en France. J'espère que je pourrais toujours venir chanter en France quand je serais très vieille (rires).

Ce qui est assez amusant, c'est que selon les pays, votre plus gros tube n'est pas le même ! En Angleterre, c'est "Strong" alors qu'en France c'est "Wasting My Young Years"...
Oui ! Pour être honnête, en Angleterre, les gens n'ont pas vraiment aimé "Wasting My Young Years"... Ce n'était jamais la chanson favorite de mes amis, et elle n'a pas très bien marché au Royaume-Uni, elle n'était pas jouée si souvent que cela à la radio. Alors qu'en France, c'est devenu notre plus gros succès ! Les Anglais ne se sont pas du tout connectés de la même façon que vous à cette chanson. En Australie, ils préfèrent plus "Strong" ou "Hey Now". C'est inexplicable mais c'est plutôt amusant comme situation.

Autre lien fort avec la France, vous avez récemment repris "Tilted" de Christine and the Queens.
Je suis une grande fan ! J'ai découvert cette chanson il y a quelques années. Je me souviens d'avoir vu Christine and the Queens, à l'époque où elle s'appelait encore comme ça et elle avait encore les cheveux longs, lors de sa première performance britannique chez Jools Holland [célèbre émission télévisée anglaise, ndlr]. Elle a fait cette danse qui était totalement magique. Depuis je la suis et c'est incroyable de voir sa carrière exploser de cette façon car c'est une artiste incroyable. On voulait lui rendre hommage à travers cette reprise.

« Christine and the Queens est une artiste incroyable ! »
Vous aimeriez collaborer avec elle ?
J'adorerais, si elle est ok aussi, mais je pense qu'elle est très très occupée en ce moment (sourire).

Il y a d'autres artistes français que vous adorez ?
J'adore Angèle ! Mon meilleur ami vit à Paris et je me souviens d'avoir parlé d'elle avec lui. Je réfléchis à d'autres artistes... En grandissant, j'adorais aussi Yelle. Elle est française, hein ? (On acquiesce. Elle réfléchit) Et aussi Gesaffelstein !

Au vu de vos nombreuses reprises, de "Nightcall" à "Blinding Lights" en passant par "Devil Inside", vous aimeriez sortir un album de reprises ?
C'est drôle car ma mère m'a dit ça il y a quelques années ! Elle ne comprenait pas pourquoi on ne sortait pas un album de reprises. Quand on est un groupe, on est plus concentré sur l'écriture et sur le fait de prouver ta propre personnalité. Mais je pense qu'à l'avenir, peut-être après le quatrième ou le cinquième album, c'est quelque chose que l'on pourra considérer.
Théau BERTHELOT
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