
De nombreuses associations militent pour que les langues traditionnelles des régions françaises subsistent. Quelques écoles, privées comme publiques, enseignent encore des langues que l'on peut dire "mortes" comme le breton, le catalan, et le basque. Certains diront qu'elles n'intéressent plus personne, d'autant qu'elles ne sont pas d'une très grande utilité. Seulement, ce débat qui mobilise plus de personnes qu'on ne le pense, se lit aujourd'hui dans les charts. Et oui : les français sont tombés sous le charme d'artistes et de disques qui remettent au goût du jour ces langues du passé qui sont donc loin d'être dépassées. Il n'y a pas que les langues régionales qui sont à l'heure actuelle dignes représentantes de la tradition : le latin connait un regain d'intérêts, en témoigne le succès que remportent les Prêtres et la compilation Credo. Tous ces projets musicaux rendent compte d'un nouvel engouement du public pour la culture traditionnelle, très largement associée à la ruralité.
Les régions de France en chanson : la Bretagne et la Corse tirent leur épingle du jeu
Comme chacun sait, la France a comme particularité d'être constituée de régions avec des différences marquées, associées à une culture traditionnelle forte. Ces différences d'une région à l'autre s'expliquent par une formation géographique très tardive de la France telle qu'on la connait aujourd'hui. Par exemple, la Bretagne a pendant très longtemps été sous la couronne anglaise, et très largement influencée par la culture celtique. Ce qu'il en reste aujourd’hui, c'est notamment l'album de Nolwenn Leroy, "Bretonne", n°1 du Top Albums pendant sept semaines en début d'année, et déjà écoulé à 500 000 exemplaires en seulement six mois. « La Bretagne, c’est mon histoire que je chante. Il y a quelque chose de très personnel » s'expliquait la chanteuse dans une interview accordée en décembre dernier. C'est bel et bien en chantant des titres en breton que l'artiste triomphe actuellement : "Tri martolod" et "Karantez vro".
Découvrez le premier clip des Marins d'Iroise, "Santiano" :
Il n'y a pas que la Bretagne qui séduit le public français : la Corse s'en sort également très bien. Amaury Vassili a fait le choix de la langue originelle de l'Ile de Beauté pour sa prestation à l'Eurovision le 14 mai dernier. C'est le titre "Sognu" qui devait permettre au chanteur de l'emporter, ce qui n'a finalement pas été le cas.
Toutefois, à la différence de Nolwenn Leroy, Amaury Vassili n'est pas originaire de la région qu'il promeut. Qu'importe, le public tombe sous son charme. Un succès qui donne des idées à la chanteuse Jenifer, elle-aussi gagnante de la "Star Academy" comme la "Bretonne" : « Je comprends le corse. J'aime toujours autant écouter ou chanter sur mes vieux albums des Muvrini, Chjami, Canta u Populu Corsu, Petru Guelfucci, etc. Sur scène, avec plaisir, mais pour un album entier, je manque encore un peu de bouteille pour rivaliser avec ces noms qui portent et honorent la langue corse. Un jour, sans doute… Je le souhaite de tout mon cœur ».
Les chants traditionnels d’Église : un succès qui ne se dément pas
La culture française est en partie constituée de cet héritage régional. Au cœur de vie quotidienne des hommes, une religion qui a marqué la culture française. Là encore, la musique en tient pour beaucoup et les chants religieux sont encore forts célèbres de nos jours. C'est en langue latine qu'ils sont traditionnellement chantés, même si certains artistes se permettent quelques excès. Comme pour les chants régionaux, les chants religieux rencontrent un très grand succès en France. C'est le cas pour Les Prêtres qui ont écoulé quelques 800 000 copies de leur premier opus intitulé "Spiritus Dei". En 2010, ils ont passé pas moins de 10 semaines en pole position du Top Albums. Les trois prêtres allient régulièrement la langue vulgaire à la langue sacrée, tout comme ils allient des chants traditionnels à des chansons de variété. Le résultat est bluffant pour certains, carrément ringard pour d'autres. Quoi qu'il en soit, ces trois clercs n'ont pas fini de faire parler d'eux, en témoigne le succès que rencontre leur second opus, "Gloria", déjà écoulé à près de 150 000 exemplaires en seulement quelques semaines. Une carrière qui fait rêver Max Guazzini, l'ex Président du directoire du Groupe NRJ. Vous pensiez que les chants grégoriens rimaient avec austérité ? Détrompez-vous, le premier album du chœur "Scola Regina" a charmé plusieurs milliers d'auditeurs (Top Albums 17).
Découvrez le premier clip du projet "Credo", "Veni Creator" :
Intitulé "Credo", ce projet réunit 46 chants appartenant à notre culture ancestrale et religieuse sur un double-album. Credo revisite des standards grégoriens et de la langue latine sous la direction de Max Guazzini et Philippe Nikolov. C'est un véritable voyage liturgique et initiatique par le biais des chants qui ont rythmé pendant des siècles tous les offices de l’Église catholique romaine : le "Te Deum", le "Salve Regina", le "Dies Irae", le "De Profundis", le "Magnificat", le "Stabat Mater", le "Gloria (De Angelis)". Les historiens nous ont appris que le chant médiéval grégorien est né des traditions orales appartenant à des communautés existantes sous l’ancien Empire Romain antique. Il s’est répandu en Occident dans la 2eme moitié du premier millénaire avant de trouver avec l’Empereur Charlemagne une courroie de distribution majeure pour sa diffusion. Un rapide cours d'histoire qui permet de se rendre compte de l'impact de la culture religieuse sur les ventes de disques.
La ruralité : un nouvel engouement
Qu'en penser ? Les français sont donc attachés à la culture traditionnelle. Ils sont attachés à leur région et redécouvrent des chants populaires très largement associés à la ruralité. En effet, ni la Bretagne, ni la Corse ne font partie des régions les plus peuplées. Il suffit de regarder les derniers clips de Nolwenn Leroy pour s'en convaincre... Idem pour les chants religieux. On imagine mal Les Prêtres chanter les offices dans les rues de Paris. Leur clip "Il est né le divine enfant" (2010) a été tourné dans une bourgade, tandis que leur dernière vidéo "Glorificamus Te" a été tournée dans des contrées loin de toute urbanité.
Visionnez le clip "La jument de Michao" de Nolwenn Leroy :
La chanteuse Luce a bien cerné cette association. C'est en tout cas ce que nous avons perçu dans ses propos tenues dans une interview accordée le mois dernier : « Je viens de là. Ce n'est pas une attitude, c'est pleinement et malgré moi. Je viens de Montpellier. Mes parents sont agriculteurs : la terre, le chien le vin... C'est tout à fait moi. Je suis une fille assez nature. Mais quand j'ai quelque chose à dire, je ne passe pas par quatre chemins. Je suis franche. On le ressent dans ma manière de chanter qui est assez franche aussi. Si je veux chanter, je ne vais pas utiliser un vibrato ou je ne sais quoi.