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samedi 23 mars 2024 12:16

Emma Daumas en interview : "Je ne suis pas à la recherche du tube mais du partage"

Par Théau BERTHELOT | Journaliste
Passionné par la musique autant que le cinéma, la littérature et le journalisme, il est incollable sur la scène rock indépendante et se prend de passion pour les dessous de l'industrie musicale et de l'organisation des concerts et festivals, où vous ne manquerez pas de le croiser.
Emma Daumas est en mode nostalgique : elle fête actuellement le 20ème anniversaire de son tube "Tu seras". En interview pour Purecharts, la chanteuse replonge dans ses souvenirs, évoque la nouvelle version de son hit et donne son avis sur la nouvelle promo de la "Star Academy".
Crédits photo : Capture d'écran Purecharts
Propos recueillis par Théau Berthelot.

Tu fêtes les 20 ans de "Tu seras" : quel regard portes-tu sur ces 20 ans ?
Wow, 20 ans qui se sont écoulés ! C'est incroyable, c'est hallucinant. A la fois, je les ai pas vu passer et j'ai l'impression d'avoir vécu mille vies dans ma carrière d'artiste. J'ai fait plein de choses et je porte un regard très reconnaissant sur tout ce qui est venu sur mon chemin depuis ces 20 ans, depuis la "Star Academy" jusqu'à aujourd'hui. J'ai exploré de nombreux territoires, que ce soit la musique, l'écriture, la littérature, la performance, et aujourd'hui, je me sens une artiste, une femme et une mère accomplie.

« Je porte un regard très reconnaissant sur ma carrière »
Que voulais-tu exprimer à travers cette nouvelle version ?
C'était important pour moi de ne pas travailler cette nouvelle version par le prisme de la nostalgie. Je ne suis pas un être très nostalgique, je suis toujours en force de propositions créatives. Par contre, j'avais très envie de faire un rituel de passage pour les 20 ans de "Tu seras", qui représente un peu mes 20 ans de carrière. L'idée, c'était vraiment de la faire telle que je suis aujourd'hui. Et aussi, essayer de l'adapter à l'ère du temps. C'est une chanson qui a 20 ans mais qui, dans son texte, n'a clairement pas vieilli et est intemporel. C'est vrai que son habillage pouvait évoluer et c'est ce qu'on a essayé de faire : un pied dans l'origine, avec ces grosses guitares pop-rock, et un pied dans la modernité avec une rythmique plus urbaine, des synthés plus 80's.

Est-ce facile de revisiter une chanson qui a 20 ans ?
On s'est posés beaucoup de questions et c'est au moment où on a arrêté de s'en poser que l'évidence est venue. On s'est retrouvés en studio avec Johan Ledoux, le compositeur de la chanson avec qui j'avais travaillé il y a 20 ans sur la première version. On s'est demandés ce qu'on avait envie d'en faire en 20224, maintenant qu'on avait grandi et mûri. Il y a aussi quelque chose de très joli : Victor, le fils de Johan, avait deux ans à l'époque de "Tu seras", maintenant, il a 22 ans et il a travaillé avec nous sur la prod'. Il y avait là une histoire de la transmission, quelque chose de très simple, de très sain et de naturel.

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« Je ne voulais pas faire une nouvelle version nostalgique de "Tu seras" »
Qu'en est-il de ce nouveau clip ?
J'ai travaillé avec Seb Houis, un réalisateur avec qui j'avais déjà travaillé sur deux clips de "L'art des naufrages". J'aimais beaucoup l'empreinte très cinématographique de Seb. C'est vraiment quelqu'un qui avec qui je peux raconter des histoires, je suis allée le voir en lui disant "Les gens m'ont découverte il y a 20 ans avec cette chanson. J'ai quand même beaucoup grandi, beaucoup évolué depuis". Et j'avais envie qu'on raconte cette histoire de cheminement, qui est dans l'intime et le solitaire, qu'on a symbolisé par l'ascension du Ment Ventoux, qui est la montagne en Provence chez moi, donc ancrée dans mes terres. Et aussi un côté sur un plateau où je chante, où je suis un peu plus dans la lumière et en représentation, ce qui sont les deux facettes de ma personnalité. Avec Seb, on est partis que tous les deux et on a fait ça vraiment de façon très très simple et artisanale, juste avec nos univers et ce qu'on est aujourd'hui. Pour la fin, j'avais envie de faire quelque chose de symbolique : oui, ce cheminement est solitaire mais je ne suis pas seule. J'ai des liens très solides autour de moi et je ne serais pas la femme et l'artiste que je suis sans ces liens. Et c'est pour ça qu'à la fin, je suis entourée de mes vrais proches.

Aujourd'hui, quand tu regardes l'ancien clip de "Tu seras", tu en penses quoi ?
Les images d'il y a 20 ans, je les ai revues à certaines occasions. Je ne me suis jamais trop attardée dessus, sauf depuis que je suis en train de travailler sur cet anniversaire. Que ce soit le clip ou toutes les émissions d'époque, on avait gardé beaucoup d'images et ça m'a donné de grandes émotions. Je réalise à quel point une carrière d'artiste, c'est vraiment pas linéaire. Ce qui est un point de ralliement, c'est ma relation avec mon public. Tous les jours, depuis 20 ans, j'ai des gens qui m'en parlent pour dire à quel point elle a compté pour eux. C'est cette chanson qui fait ce point de contact avec les gens. A la fois, j'ai grandi et évolué, mais il y a toujours cet essentiel, qui est ce partage avec les gens.

« Tout ce qui était branché nous rejetait »
Aujourd'hui, tu travailles sur un nouvel album ?
Bien sûr ! Je ne suis pas quelqu'un qui cultive la nostalgie. J'essaie toujours de fabriquer de nouvelles matières et de me servir de cette impulsion qu'on est en train de créer avec "Tu seras" pour revenir avec un nouvel album de chansons inédites. Il est en pleine écriture. Musicalement, j'ai l'impression d'avoir beaucoup navigué dans mes influences, mais aujourd'hui, il y a une colonne vertébrale dans mes propositions. Je suis quelqu'un pour qui le texte est très important, plutôt affilié à la chanson française, mais j'aime aussi avoir une musique pop car c'est quelque chose qui se partage. Et il y a ce décorum qui nous permet de piocher dans pleins d'influences différentes. Ce nouvel album, ça va être à la fois synthétiser cet univers-là et me réadresser aux gens en parlant de thématiques sociétales, de faire un petit état des lieux du monde.



« Mon Graal, ce n'est pas de faire un tube qui va avoir une grosse ampleur »
Tu navigues davantage en indépendant, ça te permet d'être artistiquement plus libre ?
J'ai créé à peu près tous les outils nécessaires à l'autonomie artistique la plus totale. Ce qui est, effectivement, une grande liberté parce que ça me permet de créer les objets les plus authentiques. On passe moins par des cadres et des codes, des choses qui formatent les artistes. Ça me permet une évolution et une plus grande marge de manoeuvre. Pour moi, c'est une étape très importante. Après, ce n'est pas un long fleuve tranquille parce que ça me donne beaucoup de responsabilités car on gère énormément de choses que les artistes n'ont pas à gérer d'habitude. Ça prend aussi énormément de temps... J'aimerai bien trouver un nouvel équilibre.

Tu es toujours à la recherche du tube aujourd'hui ?
La recherche d'un tube, non, et ça n'a jamais été ma quête. Par contre, la recherche d'un partage avec le public... Je considère que les artistes ont une mission, qu'on pourrait considérer comme assez futile mais je trouve pas du tout : on a la chance et la possibilité de fabriquer, grâce à notre sensibilité, des objets qui vont parler des émotions, des sentiments ou des gens. Tout le monde n'a pas la possibilité d'écrire sur ce qu'il ressent, de parler de ces choses impalpables que sont les questions existentielles et les émotions. Quand on arrive à le faire en musique, il y a quelque chose d'important, c'est de se détacher de sa propre expérience pour en faire quelque chose d'universel. Et c'est cette universalité que j'essaie d'atteindre en me servant de mon expérience et de ma sensibilité. Mon Graal, c'est de toucher les gens par ce que je raconte, pas forcément de faire un tube qui va avoir une grosse ampleur commerciale ou médiatique. Même si parfois, l'un s'accompagne de l'autre et dans ces cas-là c'est génial !

« J'ai fait des choix qui m'ont amené à me réinventer »
Tu dis dans un post Instagram "J'ai traversé tant d'échecs..." : c'est quelque chose qui t'a touché ?
J'ai une carrière en dent de scies ! J'ai vécu des grands succès, j'ai été au premier plan, j'ai vendu beaucoup de disques... C'étaient des moments où j'étais tout le temps en représentation et où j'étais, quelque part, moins connectée avec ma sensibilité. C'est vrai que j'ai fait des choix qui m'ont amené à ne plus avoir aucun environnement professionnel, à devoir sans arrêt me réinventer, retrouver une équipe et une stabilité. Parfois, il s'est passé des beaux petits miracles, parfois j'ai vécu des drames en perdant des gens très proches qui faisaient vraiment partie de mon entourage. Ce que j'ai essayé de faire, c'est de toujours en faire des forces, que chaque expérience soit une façon de rebondir pour aller un peu plus loin.



« La Star Ac 2023 est un groupe très soudé, comme avec la saison 2 »
Quel regard portes-tu sur la "Star Academy" 2023 ?
Très bienveillant ! Ce sont des gens extrêmement bienveillants, et c'est ce qui a touché tout le public. C'était un très beau groupe, très solidaire et très talentueux avec de vraies personnalités. C'était vraiment un super casting et je pense que c'est un groupe qui restera très soudé pour la vie entière, comme nous le sommes avec la saison 2. Je pense que leur succès est mérité et que Pierre a marqué les gens avec "Ceux qu'on était", tout simplement parce qu'il a écrit une très bonne chanson, un tube, et que toutes les conditions étaient réunies à ce moment-là pour que ça marche. Je pense qu'il a raison : il faut qu'il en profite et qu'il capitalise à fond sur cette super expérience et sur ce qui lui arrive. Maintenant, les candidats sont beaucoup mieux accompagnés que nous. A la fin, on était un peu lâchés dans la nature, et j'ai eu beaucoup de chance d'être récupéré par un super label qui m'a développé et aidé. Mais c'est vrai que toute cette notoriété peut être déstabilisante. Je leur souhaite d'être très bien entourés et d'arriver à faire les bonnes rencontres pour rebondir.

Tu sens que le retour de hype de la "Star Academy" a remis la lumière sur les anciens candidats comme toi, Nolwenn, Jenifer, Olivia Ruiz... ?
Je pense que forcément, ça un impact très positif sur tous les gens qui ont fait la "Star Academy". C'est vrai que l'émission a une aura particulière. On a eu plein d'évolution : au départ, quand je l'ai fait, c'était très à la mode et très mainstream. Donc tout ce qui était un peu branché ou alternatif nous rejetait totalement. Ensuite, on a été les gros has-been pendant des années, puis on est tombés dans le domaine de la nostalgie donc les gens pensaient à nous. En plus, le programme n'existait plus, donc il y avait beaucoup de nostalgie. Maintenant, 20 ans après, on se retrouve dans un domaine un peu plus hype et je pense qu'évidemment, ça rayonne sur nous et c'est assez positif.

« Pierre Garnier doit profiter à fond de cette expérience »
S'il y a une tournée des anciens, tu pourrais en être ?
Je crois pas que je ferais de nouvelle tournée Star Ac' des anciens élèves. Aujourd'hui, j'ai mon répertoire et c'est ça que je défends. Ça fait 20 ans que je défends un répertoire qui est personnel, ce qui n'a d'ailleurs pas été une mince affaire de proposer un univers après avoir été connue via un télé-crochet où on est des interprètes. Il y a un gros challenge derrière. En plus, je suis quelqu'un qui a beaucoup navigué et changé de styles musicaux. J'ai un parcours un peu atypique et c'est plutôt ça que j'ai envie de mettre en avant aujourd'hui.

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