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Interview
mardi 02 octobre 2012 15:00
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Dany Brillant : "Je suis très loin du formatage, de ce qui se fait aujourd'hui"

Les albums de reprises et les best of se multiplient ces derniers temps, mais Dany Brillant propose en cette rentrée un projet un peu différent. Sur "Viens à St Germain", le crooner français a en effet décidé de réenregistrer tous ses plus grands succès pour célébrer ses 20 ans de carrière. Un projet original dont il explique l'objectif à Pure Charts dans un entretien qui est aussi l'occasion de revenir sur son image, les gens qui lui prédisent depuis 20 ans une carrière courte ou encore la politique et la seule chanson engagée de ce best of.
Crédits photo : DR
Propos recueillis par Charles Decant.

On va commencer par le bilan, puisque cet album arrive après 20 ans de carrière, et votre deuxième best of après un premier paru en 2001...
En fait c'était ma maison de disques qui l'avait sorti sans que je sois concerné mais celui-ci, c'est mon premier best of. J'ai tout travaillé dessus, la pochette, les titres. Je n'ai pas voulu le faire avant parce que je voulais continuer à écrire des chansons, à faire de nouvelles choses - d'ailleurs je continue ! Mais je trouvais que 20 ans, ça se fêtait. Lorsque j'ai démarré, il y a peu de gens qui pensaient que ça durerait. Ils me prédisaient un an, deux ans avant d'être dévoré par mon tube, comme la plupart des stars des années 80.

« J'ai lu des trucs très méchants dans la presse »
En préparant l'interview, je lisais une critique parue sur ce fameux best of de 2001 qui indiquait que, après quatre albums studio, il allait vous « cataloguer dans les chanteurs du passé ». On vous en a fait beaucoup, des prédictions de ce type ?
Quand j'ai commencé en 1992, c'était mon premier disque et mon premier tube. Un succès phénoménal donc c'est vrai que, par tradition, on pense qu'on ne pourra pas tenir le coup. Donc j'ai lu beaucoup de trucs dans la presse, que je ne passerais pas l'année, qu'il valait mieux que j'ouvre un restaurant... Des trucs très méchants. Et puis en fait j'ai enchaîné dix albums et 20 ans après, je suis toujours là. Ce best of, c'est aussi un petit démenti à tous ces gens qui n'ont pas cru en moi, mais aussi en ce style musical qu'on n'entend pas beaucoup mais qui a son public. Les gens aiment le jazz, les gens aiment les crooners, les gens aiment la musique latine, la danse à deux... Et ce sont toutes ces valeurs que je défends depuis 20 ans.

A côté de toutes ces prédictions, de ces avis sur votre carrière, quel regard vous portez vous-même sur ces 20 dernières années ?
En fait, ce qu'on m'a reproché à mes débuts, c'est-à-dire ma trop grande différence, mon look - parce que j'avais un code vestimentaire assez spécial -, ma façon d'enregistrer en direct avec les musiciens, de prendre des guitaristes manouches, des grands orchestres de jazz... On m'a dit que ça ne passerait pas en radio, ou chez les Inrocks... Et finalement, je me demande si ce n'est pas tout ce qu'on m'a reproché qui a fait que j'ai tenu. Ce qu'on te reproche, il faut le cultiver. Je suis l'exemple-même d'un chanteur qui n'a fait que ce qu'il a voulu, en se moquant tout à fait de ne pas correspondre à des formats, des tests, des audimats... J'ai été le plus libre possible. Peut-être que le public aimait chez moi cette indépendance. Parce que je suis très loin du formatage, de ce qui se fait aujourd'hui. Les radios appellent les gens au téléphone pour savoir quels disques elles passent.

« Je suis très loin du formatage, de ce qui se fait aujourd'hui »
Oui, la radio a bien changé à ce niveau-là...
Oui, à mon époque, c'étaient des grands programmateurs comme Monique Le Marcy qui ne réagissaient qu'au coup de coeur et après, les gens la suivaient parce qu'on savait qu'elle avait une oreille. Et elle n'a jamais fait de tests, de formats... Son manager, c'était son coeur. Moi j'ai continué à écrire comme ça, mon manager, c'est mon coeur et c'est lui qui me dit ce que je dois faire ou pas. Et comme je me moquais un peu de ne pas faire partie d'une certaine caste musicale...

Dès le début, vous vous en moquiez ?
Comme je me suis fait un peu assaisonner, j'ai décidé de m'en foutre. Au début, oui, j'aurais bien aimé avoir un petit vernis, une petite reconnaissance. Mais comme je ne l'ai pas eue, j'ai continué ma route. J'avais la reconnaissance de mon public, que j'ai essayé de faire grandir au fur et à mesure, et j'ai commencé des petites salles, le Bataclan, puis l'Olympia, puis le Palais des Sports, puis Bercy, maintenant je fais des Zenith... J'ai réussi à faire grandir le public autour de la scène.

Et avec la télévision aussi...
Oui, j'ai eu beaucoup de chance. Parce qu'il y avait quelques animateurs qui m'ont permis d'accéder au public. Parce que si on ne se fait pas connaître... Un chanteur, ça doit être connu à tout prix ! Vous pouvez être underground mais c'est plus difficile. Il faut trois-quatre décennies pour se faire connaître. En revanche, quand vous passez à la télé, vous avez accès à des millions de gens. Des gens comme Michel Drucker, comme Laurent Ruquier, Patrick Sébastien, m'ont toujours soutenu, m'ont invité à chaque sortie d'album. Ca m'a permis d'avertir le public que je sortais un album, même si je n'étais pas programmé sur toutes les radios. Je m'en suis sorti comme ça. Par la télé.

« Il y a certains titres sur lesquels je n'aimais pas ma voix »
Un best of sur lequel on retravaille toutes ses chansons, c'est très inhabituel ! Ca vous est apparu évident tout de suite ?
Pour moi, oui. Aujourd'hui, avec la technologie qu'on a, tout le monde peut se faire des compils. J'ai fait une dizaine d'albums donc ils peuvent prendre deux chansons par album et ils se font leur compil sur CD ou iPod. Donc je ne voyais pas du tout l'intérêt de faire une compil avec mes anciens titres. En revanche, comme il y en a certains que j'avais mal digérés parce que je trouvais qu'ils n'étaient pas poussés au max de leur efficacité, ou alors je n'aimais pas ma voix - parce qu'il faut écouter mes disques de l'époque, je n'avais pas la même voix qu'aujourd'hui ! -, ou les orchestrations manquaient un peu de tonus... Donc j'ai choisi 20 chansons, et je les ai réorchestrées.

Et qu'en a pensé votre maison de disques ?
Elle n'était pas très chaleureuse parce que, par expérience, on m'a dit - et ça, c'est vrai ! - que quand un chanteur retravaille ses tubes, il ne retrouve pas la même magie que sur l'original. C'est compliqué de retrouver ce petit je-ne-sais-quoi qui fait le tube et qui nous échappe un peu. Donc j'ai compris, mais j'ai fait deux-trois essais, je leur ai fait écouter et ils m'ont donné le OK. En tout cas, de mon côté, j'ai trouvé que c'était logique de proposer quelque chose d'un peu nouveau. J'ai fait des reprises de moi-même, en quelque sorte.

Les albums de reprises inondent justement le marché. Quel regard vous portez aujourd'hui sur l'état de ce marché ?
On est dans une période de crise donc les gens ont peut-être envie d'aller vers des choses connues. Ils ne sont peut-être pas très réceptifs à la découverte. Cela dit, je pense que quand quelqu'un sort un gros tube, tout le monde y est sensible. Mais peut-être qu'on a envie de redécouvrir ses traditions, ses racines, de réécouter des choses qu'on a un peu oubliées. Et puis face à un avenir un peu incertain, le passé est rassurant, on le maîtrise. Pas le futur. Mais c'est une période. Ca passera. Il y a toujours eu des périodes dans l'histoire où on était dans le vintage. Dans les années 50, la plupart des chanteurs de jazz rechantaient des chansons des années 30 à Broadway.

« Je ne voulais pas toucher à "Suzette" ou "Quand je vois tes yeux" »
Il y a quelques titres très retravaillés, d'autres moins...
Il y a des chansons auxquelles je ne voulais pas toucher comme "Suzette" ou "Quand je vois tes yeux". Les gens ont envie de réécouter les originaux. Mais pour avoir un angle différent j'ai demandé à des remixeurs club de les traiter. Toutes les autres chansons, j'ai tout réorchestré. Et puis c'est surtout l'aspect vocal qui me gênait, j'avais une voix d'adolescent, très aigüe. C'est plus elle qui a déclenché le processus que les arrangements. Et ça permet aussi de faire un panorama de dix albums, une sorte de synthèse avec un son unitaire.

J'avoue avoir découvert un titre en écoutant le best of, un titre qui tranche un peu avec le reste des thèmes. Vous chantez principalement l'amour mais sur "Laissez-nous passer", vous parlez politique en vous intéressant à la jeunesse !
Je ne suis pas un chanteur journaliste. Je sais qu'il y a un chanteur dont c'est la spécialité de dénoncer dans ses chansons les problèmes sociaux, politiques, raciaux. Moi, ce n'est pas mon emploi. Je suis un crooner, je dois chanter la joie de vivre... Enfin non, je ne dois pas, j'aime ça, j'aime dire aux gens que la vie est belle, même si on en doute. Mais parfois, il y a des causes qui me paraissent importantes et qui m'inspirent, et notamment la place de la jeunesse.

« On ne laisse pas la place aux jeunes, c'est très anxiogène pour moi »
C'est à dire ?
Je trouve qu'on ne laisse pas la place aux jeunes. Avant, on était dans la lutte des classes, maintenant on est dans la lutte des places. Les gens qui ont les places les gardent très longtemps ! Les jeunes ont beau faire des études pendant 10-15 ans, ils arrivent et il n'y a pas de place pour eux et c'est déprimant. Et ça me touche. Après, c'est un problème social, voire politique, mais au dela de ça c'est un problème philosophique. Comment on dit à des jeunes d'étudier, de se concentrer, pour ne pas leur donner après l'espace pour s'épanouir ? C'est très anxiogène pour moi, peut-être parce que j'ai une fille qui a 18 ans. Mais j'avais envie d'en parler. Je le fais sur un rythme ensoleillé parce que c'est toujours pareil, je pense qu'un message passe mieux si on le cache avec un voile. Il y a donc plusieurs lectures. Et puis ça change des messages sociaux qui sont dits sur du rap ou du rock, qui sont des musiques plus sociales.

Cette chanson, enregistrée il y a trois ans, s'inscrit dans l'actualité. Le mois dernier, Mouloud Achour a justement appelé les jeunes à quitter la France face à une élite vieillissante qui décide d'à peu près tout. Ce à quoi Jean-Marie Le Pen a répondu que Mouloud Achour pourrait conseiller à ses copains de ne pas venir... Même si vous n'êtes pas un chanteur engagé, quand vous entendez ça...
Tout ce qui est racisme, tout ça, je suis évidemment effaré que ça existe encore aujourd'hui ! Vous savez, je suis né en Tunisie, je suis venu en France à l'âge de 1 an pour des problèmes politiques, donc je suis très sensible à tout ostracisme, toutes ces thèses fascistes, néo-racistes et néo-nazies qui sont en train de se développer, même dans les pays musulmans où il peut y avoir un fascisme à l'envers. Mais, si vous voulez, j'ai mes convictions politiques etc, mais j'ai surtout envie de chanter des chansons qui apportent la joie aux gens. La réalité est assez compliquée comme ça, assez insoutenable pour retrouver ces mêmes préoccupations dans le spectacle, qui est censé être une forme d'évasion. Ce n'est pas mon emploi. Je suis un fan de Sinatra, de Dean Martin, voire de Gainsbourg, qui n'ont jamais chanté que l'amour. C'est un sujet intemporel, universel, et les gens ont envie de se connecter émotionnellement avec la musique.

« Juger des artistes qui veulent devenir célèbres ? C'est contre-nature pour moi »
Vous disiez tout à l'heure que la télé vous avait énormément aidé et on a l'impression que c'est encore plus le cas aujourd'hui que jamais pour les artistes. Ils se bousculent en tant que jurés ou même candidats dans des émissions comme "Danse avec les stars". Juré de "Nouvelle Star", qui revient sur D8, ça vous aurait plu ?
Je ne pense pas non, parce que je n'ai aucune propension à juger les gens...

Vous dites que votre manager, c'est votre coeur, vous pourriez juger comme ça !
Oui, mais je ne pourrais pas donner de conseils, je ne vois pas qui me donnerait le droit de dire à des gens "Toi tu vas faire ce métier, toi non". J'ai trop galéré dans des cabarets pour ça, pour avoir ce droit de vie ou de mort sur quelqu'un à chaque émission. C'est contre-nature pour moi. Je pourrais donner des conseils, du genre "cultive ta différence"... On me l'a proposé mais j'ai trop d'humilité, trop de respect... Je connais ce métier et c'est tellement fragile, tellement déprimant parfois, même quand on a du succès, que de jouer avec l'émotionnel de jeunes qui veulent faire ce métier...

Si vous étiez un jeune artiste aujourd'hui, vous essayeriez de vous lancer étant donné l'état du marché ? Et votre fille de 18 ans, justement, peut-être qu'elle vous a déjà dit qu'elle voulait devenir chanteuse. Qu'est-ce que vous lui diriez ?
Non, elle ne me l'a pas dit, heureusement, je suis bien content, même si je lui ai proposé un duo une fois. Mais aujourd'hui, je ne saurais pas comment m'y prendre. Aujourd'hui, il n'y a plus de cabaret, je pense que je suis le dernier chanteur à être passé par là, j'ai rodé mon style, testé des chansons devant le public... Le cabaret, aujourd'hui, c'est ce type d'émissions, comme "Nouvelle Star". Je pense que je passerais par là, mais pas forcément pour réussir tout de suite. J'irais pour me montrer, pour essayer des choses. Après, je pense qu'il faudrait dix ans de parcours, de galère, de petits galas pour se faire. Mais je n'espérerais pas de ces émissions le succès immédiat. Je les prendrais comme une vitrine, parce qu'il n'y en a pas d'autres aujourd'hui, pour montrer ma tronche au public, voir si ce que je fais lui plait. Le seul problème de ce genre d'émissions, c'est qu'on y chante des reprises. Or je pense qu'un artiste veut être connu pour ce qu'il sait faire d'original.

Et si on vous proposait de participer à "Danse avec les stars" ?
On me l'a proposé. J'ai fait un disque de danse de couples donc je connais bien ça. Je ne suis pas un super danseur mais je connais les rudiments. Chaque fois qu'on me l'a proposé, j'avais un truc. L'an dernier, j'avais une pièce à Paris, "Mes meilleurs copains". Là, on me l'a proposé mais je suis en tournée avec cette même pièce. L'année prochaine, si je suis libre, je pourrais le faire ! Mais je ne sais pas si j'aurais la patience de passer des semaines à faire des pas, tout ça. Il y a un vrai problème de patience. Mais je trouve le concept très beau, ça a permis au public de découvrir la danse à deux. Et j'en suis très content. Mes danseurs, pendant très longtemps, ont été Fauve et Maxime, et je suis content qu'ils soient reconnus par le grand public et pas juste mon public.
la Redaction
Pour en savoir plus, visitez danybrillant.com.
Ecoutez et/ou téléchargez la discographie de Dany Brillant sur Pure Charts !
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Johnny B.
le 02/10/2012, 16:41
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Un parcours atypique... il a eu de la chance de s'être lancé au début des années 1990, car même s'il était déjà hors-mode, je ne sais pas s'il aurait eu la même chance de nos jours...
Invité
le 02/10/2012, 18:30
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Je ne supporte pas ce qu'il fait!
Mais je respecte l'artiste qui musicalement a effectivement été à contre-courant de toutes les tendances, et qui connait depuis 20 ans un grand succès. Ca il faut le faire chapeau.
Par contre dans tout ce qui est marketing, promo, il est à fond dans le système "matraquage", et ça y est pour quelque chose dans son succès. Mais ce n'est pas foncièrement une mauvaise critique
Invité
le 03/10/2012, 08:21
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interview intéressante, sincère et sans langue de bois visiblement...
Je ne suis pas client de sa musique, mais je respecte ses choix artistiques qui plaisent a beaucoup de monde, il n'a pas vendu des millions de disques par le simple fruit du hasard. 20 ans de carrière sur un marché qui se dégrade jour après jour, cela force le respect.
Ce n'est pas parce que je n'aime pas ça, que je dois en dégouter les autres...

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