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Interview
samedi 13 mai 2017 14:00

Thomas Azier en interview : "Je ne sais pas si je ressortirai d'album"

Deux ans après "Hylas", Thomas Azier dévoile une nouvelle facette de lui-même avec l'album "Rouge", à la dimension plus intime. Mélodiste hors-pair, chanteur à voix, véhiculeur d'émotions... Qui est vraiment cet artiste polymorphe ? Rencontre fascinante.
Crédits photo : Patricia Khan / Mercury
Il y a une énorme différence de style entre ton premier album "Hylas", aux ambiances pop-électroniques froides, et ce nouveau disque "Rouge", constitué de morceaux dépouillés plus chaleureux. C'est presque un nouveau départ pour toi...
Je dirais plutôt que c'est une continuation. J'aime les artistes qui tentent de proposer quelque chose de différent à chaque album. Quel intérêt, sinon ? Ce serait barbant. Il y a déjà beaucoup d'artistes barbants...

« L'impact des mots est important »
Cette évolution est naturelle ?
Pour moi, c'est juste... moi. J'ai du mal à comprendre pourquoi on trouve ça si différent car "Hylas" reposait aussi sur les chansons. Tu pourrais les jouer sur n'importe quel instrument, elles tiendraient la route. Mais j'avais été très loin dans la production, parce que je vivais dans cet endroit très... extrême, c'était un ancien entrepôt désaffecté, j'étais très seul. Celui-ci a été enregistré entre Berlin, Amsterdam et la France. J'ai pas mal baroudé ! Chacun d'entre nous est en constante évolution. Et moi en tant qu'auditeur, ce que j'aime chez un artiste, c'est justement sa capacité à se renouveler. Les choses sont beaucoup trop "noir et blanc" aujourd'hui. Avec les réseaux sociaux, c'est "J'adore" ou "Je déteste" ! Moi je voulais un album qui vient des tripes, qui sent la sueur et le sang dans la mélodie, les harmonies, les émotions... Pas de connerie, pas de truc hipster, pas un truc biaisé par un filtre Instagram : que du sincère, du vrai dans les paroles. L'impact des mots est important. La production, elle, est juste là pour donner un peu de sel ! A l'heure où les artistes sortent constamment de nouveaux morceaux, ce qui donne à la musique ce côté très suffocant, j'avais envie de privilégier la qualité à la quantité.

Aucune pression vis-à-vis des attentes du public, alors ?
Non, honnêtement je m'en fiche. C'est un disque qui n'est pas facile à apprivoiser, il faut un peu de temps avant de rentrer pleinement dedans... mais avec un peu de chance, les gens prendront le temps de le découvrir. C'était le cas sur "Hylas", et le public l'a fait donc j'ai bon espoir. Et s'il ne le fait pas, ce n'est pas grave ! D'autres gens aimeront... Seul le temps sera juge. Dans cinq ans, peut-être que je me dirais "Mais c'était quoi ça ?" mais en attendant, je suis fier du résultat. (Sourire)

Comment es-tu entré en contact avec Dan Levy (la moitié de The Do), qui a réalisé l'intégralité de l'album à tes côtés ?
Je recherchais un copilote. Pour "Hylas", comme je t'ai dit, j'étais souvent seul mais cette fois je voulais complètement laisser de côté le travail de production. Je voulais vraiment me focaliser sur la voix, en faire un instrument à part entière. Mais j'avais aussi envie de trouver quelqu'un qui ressente la musique de la même façon que moi. Dan est un grand passionné, il veut le même niveau d'exigence. Et il est très bon quand il s'agit de prendre du recul. Il me répétait souvent : « Non Thomas, pas besoin de surcharger la production, c'est très bien comme ça ». Il m'a beaucoup appris ! Mais même si tu ne l'entends pas à la première écoute, les chansons sont très produites, très modernes. On leur a donné cette patte acoustique.

Découvrez le clip "Gold" :



« Cet album reflète ma vie »
Tu avais mis 5 ans à composer "Hylas". Comment est né cet album-ci ?
J'ai commencé à me pencher très sérieusement sur l'écriture des morceaux à partir du moment où j'ai acheté mon piano, un vestige des années 20 que j'ai dégoté en Allemagne. J'ai énormément écrit, avec l'aide de mon frère. C'est un bourreau de travail : nuits, jours... Il ne s'arrête jamais. On avait surtout à coeur de travailler en profondeur les textes. On pouvait passer des semaines sur une seule phrase ! Je pense que ça s'entend à l'écoute de l'album : c'est précis et minutieux. Je pourrais en parler des heures... Disons simplement qu'en lisant attentivement les paroles, tu en découvriras beaucoup sur moi. (Sourire) C'est le reflet de ma vie, ma façon de trouver un sens au monde chaotique dans lequel on vit. Je crois que je deviendrais fou si je n'utilisais pas la musique comme une thérapie.

Pourquoi avoir choisi d'appeler ce disque "Rouge" ?
Si je devais donner une couleur à ma voix, ce serait le rouge. Parce que le rouge symbolise tellement de choses ! C'est la couleur du sang, la couleur de la colère, de la passion, de l'amour... Et parce que le "fil rouge" de l'album, c'est justement ma voix. J'ai construit tout l'album autour de cet instrument. C'est une belle métaphore. Avec l'expérience, je suis devenu beaucoup plus à l'aise derrière un micro. Je sais où sont mes points forts et mes faiblesses. "Hylas" ressemblait plus à un cri du coeur.

Tu te sens plus mature ?
Ah non, pas du tout. (Rires) C'est probablement l'inverse même ! Je me lâche un peu plus depuis que je vis en France... (En français) C'est la "joie de vivre" !

Sur ce nouvel album, tu dédicaces une chanson à Berlin, que tu as donc quitté. C'est un titre de rupture ?
Non ! Au contraire, c'est davantage une ode à cette ville que j'aime tant. J'ai de fantastiques souvenirs là-bas. Quand j'y suis arrivé, j'ai découvert tellement d'énergie, tellement de liberté ! J'étais amoureux. Et je le suis toujours.

« Mes chansons sont féminines »
Tu me disais il y a deux ans que Berlin était une ville à la fois « fascinante et toxique »...
Exactement. C'est ce que tu ressens quand tu vis là-bas. Mais quand tu pars pour un autre pays, tu te rends compte que c'est le paradis.

Décrirais-tu ton album comme un voyage rêvé au coeur de Paris ? Il se dégage quelque chose de très romantique dans les morceaux.
Non, je le vois plus comme une combinaison des trois villes où je l'ai enregistré, Paris, Amsterdam et Berlin. Mais je comprends que tu penses à ce côté romantique car les chansons sont très douces. En fait, je les décrirais plutôt comme féminines en réaction à ce qu'il se passe autour de nous. On vit dans un monde si brutal que la noirceur est devenue banale. Plus rien ne nous choque. Un attentat ? On est bouleversés. Une deuxième attaque ? On est touchés. Une troisième ? On s'en fiche. Regarde, après l'attentat à Stockholm, est-ce qu'on a vu des drapeaux suédois envahir les réseaux sociaux comme ça avait été le cas après le 13 novembre ? Non. Mais tout n'est pas blanc ou noir, il y a tellement de nuances entre. C'est de ça que j'ai envie de parler, et c'est pour ça que j'ai fait un album nuancé en prenant soin aux détails. En montrant ma vulnérabilité.

Pourquoi as-tu choisi de présenter le titre "Talk to Me" en premier ?
L'intuition ! Quand j'ai dû me décider pour le single, Kim Kardashian venait de se faire dérober ses bijoux. C'était étalé partout dans la presse à côté des enfants syriens morts à cause de la guerre. Dans ma tête je me disais : bordel mais qu'est-ce qu'il se passe ? On a de sérieux problèmes de communication. Dans la vie de tous les jours, c'est pareil. On se parle en permanence sur Facebook ou Twitter avec nos téléphones mais on ne communique pas vraiment. Il y a plus de discussion, c'est "Hey, ça va?", "Ouais et toi ?". Donc je dis : « Talk to me, tell me how you really feel. Tell me what is fake and what is real ». Et au delà de cette thématique, "Talk to Me" reflète assez bien l'album dans son ensemble et montre de quoi je suis capable.

Découvrez le clip "Talk to Me" :



Avec l'avènement du streaming, le format album n'est-il pas mort ?
Il est de moins en moins pertinent, ça c'est vrai. Cet album est en quelque sorte un au revoir, pas à la musique mais à cette façon de créer. Du moins, c'était enrichissant de le concevoir comme si c'était le dernier. Pour moi, il n'y a rien de plus beau que de mettre tout ton coeur dans 10 chansons qui s'imbriquent à la perfection pour raconter une histoire, comme un livre. Mais je ne sais pas si je serai capable de le refaire. Mon prochain projet, je l'ai déjà en tête et ce sera différent. Vous allez être surpris !

« Le monde sombre dans le chaos »
Tu pourrais écrire un texte sur la politique ? Avec ce qu'il se passe aux Etats-Unis avec Trump, le Brexit, la montée de l'extrême-droite en France... J'imagine que tu te sens forcément concerné.
Bien sûr. Ça fait longtemps que ça gronde, on ne peut pas le nier... Mais maintenant, ça explose à la surface. Quand j'étais jeune, je croyais profondément en l'Europe. Je voulais représenter la musique européenne. Pas britannique, pas américaine, même si je viens d'un pays fortement influencé par la musique anglo-saxonne. Moi je viens de la campagne, j'allais à l'école en vélo en passant à travers les champs et les vaches ! Mais quand je suis arrivé à Berlin, j'ai réalisé que l'Europe n'était que des lois sur du papier. Ce qu'il y a de vraiment européen, c'est l'ouverture des peuples. Des gens qui, comme toi, comme d'autres, se sont par exemple intéressés à la musique très germanique d'un Néerlandais, des gens qui échangent, voyagent. C'est ça la véritable Europe. Mais tout le monde ne le réalise pas. Les politiciens s'en contrefichent, du coup les gens sont de plus en plus communautaires et renfermés sur eux-mêmes... C'est triste. Ce mode de vie finira de toute façon par mourir, comme l'empire romain, comme Babylone. On sait que ça ne marche pas ! Tout le monde panique parce qu'on sent bien qu'on arrive à la fin d'un cycle. Le monde va devenir de plus en chaotique jusqu'à ce qu'on passe à la suite. Je ne sais pas ce qu'il va se passer, mais ça sent la fin.

Tu penses que la musique a le pouvoir d'unir les peuples ?
Evidemment. Ça a toujours été comme ça ! La musique est révolutionnaire, c'est une arme. Mais personnellement, je ne me considère pas comme un artiste politique. Je préfère faire passer des émotions que des messages.

Yohann RUELLE
Toute l'actualité de Thomas Azier sur son site internet et sa page Facebook.
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